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Football

Italie éliminée - le troisième adieu consécutif au Mondial

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: France Info Sport

Pour la troisième fois de suite, la Squadra Azzurra manque une Coupe du monde. Une catastrophe nationale qui interroge les fondations du football italien.

Italie éliminée - le troisième adieu consécutif au Mondial

«Ne prenez même pas l'avion pour rentrer en Italie.» Ce message, posté sur les réseaux sociaux dans la nuit du 31 mars après la défaite face à la Bosnie-Herzégovine, résume mieux que n'importe quel éditorial l'état émotionnel d'une nation. Trois fois. Trois Coupes du monde consécutives sans la Squadra Azzurra. Ce chiffre, désormais gravé dans le marbre honteux du football transalpin, dépasse l'accident de parcours pour atteindre quelque chose de plus profond : une crise structurelle que les slogans et les promesses de «ricostruzione» ne suffisent plus à masquer.

Comment un pays de foot peut-il rater trois Mondiaux de suite ?

Pour comprendre l'ampleur du séisme, il faut remonter à 2018. À Palerme, lors du barrage aller contre la Suède, l'Italie jouait déjà sa survie. Elle perdait, rentrait bredouille de San Siro lors du match retour, et manquait pour la première fois depuis 1958 la grande messe quadriennale. Le traumatisme semblait suffisant pour provoquer une remise à plat totale. Il n'en fut rien, ou presque.

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En 2022, rebelote. Malgré un titre européen conquis à Wembley à l'été 2021 — une victoire qui avait provisoirement narcotisé la douleur collective —, la Nazionale s'inclinait en barrage contre la Macédoine du Nord. Une nation de deux millions d'habitants éliminait les quadruples champions du monde. Le pays était en état de choc. Roberto Mancini, le sélectionneur triomphant de l'Euro, finissait par claquer la porte pour aller s'exiler en Arabie Saoudite.

Et maintenant la Bosnie-Herzégovine. Trois éliminations en trois barrages, contre trois adversaires que la hiérarchie footballistique mondiale plaçait théoriquement en dessous du niveau espéré de l'Italie. Ce n'est plus une série noire : c'est un système défaillant. Les académies de formation, longtemps fierté du calcio, produisent moins de talents exportables qu'auparavant. La Serie A, dominée financièrement par quelques clubs et saturée de joueurs étrangers, offre peu d'espace aux jeunes Italiens. Le vivier se tarit, et les conséquences se lisent désormais sur la scène internationale.

La réaction du public italien : entre rage froide et résignation amère

Les images diffusées depuis les bars de Rome, Milan ou Naples disent tout. Pas les pleurs explosifs de 2018, ni la stupéfaction médusée de 2022. Cette fois, beaucoup de supporters ont regardé l'écran s'éteindre avec une expression que les Italiens eux-mêmes peinent à nommer. Quelque chose entre la rage et la fatigue. La colère sans surprise est peut-être la forme la plus cruelle de la déception.

Sur les plateaux de télévision, les anciens gloires ont succédé aux anciens gloires. Alessandro Del Piero, silencieux et grave. Luca Toni, visiblement sous le choc. Christian Vieri, moins tempéré, employant un vocabulaire que les chaînes ont partiellement bippé. La Gazzetta dello Sport titrait le lendemain matin en rose — sa couleur habituelle — mais avec des mots noirs : «Vergogna» (Honte). Le Corriere dello Sport allait dans le même sens. Même la presse du nord, souvent plus tempérée sur les questions nationales, abandonnait toute retenue.

Le président de la Fédération italienne de football, Gabriele Gravina, a présenté ses excuses publiques. Formule obligatoire, geste attendu. Le problème, c'est que les excuses sonnent creux quand elles se répètent à l'identique tous les quatre ans. Une partie significative des supporters italiens ne réclame plus des regrets : elle réclame des têtes. Et peut-être plus fondamentalement, un projet.

Peut-on encore croire à une reconstruction sérieuse du football italien ?

La question paraît naïve, et pourtant elle mérite d'être posée sérieusement. L'Italie a les ressources humaines, les infrastructures, la culture tactique pour redevenir une puissance. Aucune fatalité géographique ou démographique n'explique ce naufrage répété. La France, l'Espagne, le Portugal ont tous traversé des déserts puis retrouvé des sommets. La Turquie, longtemps considérée comme un vivier brut peu structuré, envoie régulièrement ses clubs en Ligue des Champions et ses joueurs dans les plus grands championnats européens.

Ce qui manque à l'Italie, selon de nombreux observateurs locaux, c'est précisément ce que le football ibérique a su construire dans les années 2000 : une philosophie de jeu commune, transmise de la formation jusqu'au niveau professionnel. La Nazionale a longtemps vécu sur l'héritage de la catenaccio revisité, de la solidité défensive érigée en identité. Mais une identité sans projection devient un mausolée.

Le nom de Claudio Ranieri circule pour la succession sur le banc, lui qui a accepté récemment de prendre en main la Roma dans une mission de pompier de luxe. D'autres pistes mènent vers des profils plus jeunes, moins marqués par l'ère passée. Mais le vrai enjeu n'est pas le nom du prochain sélectionneur. Il est dans la volonté — ou l'absence de volonté — de la Federazione Italiana Giuoco Calcio de réformer en profondeur le système de formation, les règles de composition des effectifs en Serie A, et la gouvernance globale d'un football qui se regarde encore dans le miroir de ses titres passés.

Quatre étoiles sur le maillot bleu. Deux Euros. Un palmarès qui écrase et, parfois, paralyse. Le poids de l'histoire peut être un moteur ou une prison. Pour l'Italie, il semble avoir fini par fonctionner comme une seconde. En 2026, au Canada, au Mexique et aux États-Unis, la Coupe du monde se déroulera encore sans les Azzurri — à moins que les qualifications directes ne leur offrent une porte de sortie que les barrages leur ont systématiquement claquée au nez. D'ici là, une génération entière de jeunes supporters italiens aura grandi sans jamais voir leur équipe nationale dans un Mondial. Ce n'est pas qu'un problème sportif. C'est une fracture générationnelle avec le football que l'Italie pensait lui appartenir de droit.

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