Des tags acides visant Corinne Diacre ont fleuri à Marseille. La future entraîneuse de l'OM féminin cristallise déjà les tensions dans un club en pleine crise de gouvernance.
« Diacre casse-toi. » Le message est clair, tracé à la bombe sur les murs d'une ville qui n'a jamais été tendre avec ceux qui la déçoivent — ou ceux qu'elle n'a pas choisis. Corinne Diacre, annoncée dans les couloirs de l'Olympique de Marseille pour prendre en main la section féminine du club, n'a pas encore signé que la fronde a déjà commencé. À Marseille, les hostilités ont leurs propres règles : elles précèdent parfois l'arrivée.
Des tags contre Diacre : simple provocation ou signal d'alarme réel ?
Ces inscriptions murales ne sortent pas du néant. Elles s'inscrivent dans un contexte de défiance généralisée envers la direction de l'OM, un club sans président depuis des semaines, suspendu dans un vide institutionnel qui nourrit l'anxiété des supporters. Selon nos informations, plusieurs groupes ultras phocéens suivent de très près les mouvements du club, sections masculine et féminine confondues. La nomination d'une figure aussi clivante que l'ancienne sélectionneuse de l'équipe de France féminine agit comme un révélateur de tensions préexistantes.
Corinne Diacre traîne avec elle un lourd dossier de réputation. Son éviction de la tête des Bleues en mars 2023 après un rapport accablant du CNOSF, les témoignages de joueuses internationales comme Marie-Antoinette Katoto ou Eugénie Le Sommer sur l'ambiance délétère au sein du groupe, puis l'enquête sur des pratiques managériales jugées toxiques — tout cela reste gravé dans les mémoires du football féminin français. À Marseille, une ville qui fonctionne à l'affect, importer pareille controverse représente un risque politique autant que sportif.
Reste que des tags sur un mur ne constituent pas un sondage. La base de supporters de l'OM féminin est encore en construction, le club évoluant en première division féminine sans avoir jamais mobilisé les mêmes foules que son homologue masculin. Ces inscriptions disent davantage sur l'état d'esprit général autour de l'OM que sur un rejet massif et organisé du projet féminin.
Un club sans tête : comment l'OM peut-il recruter dans le flou le plus total ?
Le vrai problème, celui qui donne du grain à moudre aux détracteurs, c'est l'absence criante de cap institutionnel. Pablo Longoria a quitté la présidence, et le successeur se fait attendre. RMC Sport a avancé le nom de Mohamed Bouhafsi, journaliste devenu conseiller dans les hautes sphères du football, comme piste sérieuse pour prendre les rênes du club. À en croire l'entourage du dossier, aucune signature n'est encore intervenue à ce stade. La valse des intermédiaires et les rumeurs qui s'accumulent dessinent le portrait d'un actionnaire — Frank McCourt — qui cherche encore la bonne combinaison pour redonner de la crédibilité à un projet malmené.
Dans ce contexte, valider un recrutement d'envergure pour la section féminine sans que le président soit en place pose question. Qui porte réellement cette décision ? Quelle stratégie globale accompagne l'arrivée de Diacre ? Le football féminin français a connu une croissance spectaculaire ces dernières années — l'Arkema Première Ligue revendique désormais une audience TV en hausse de 34 % sur les deux dernières saisons — et l'OM a clairement l'ambition d'exister dans ce paysage. Mais une ambition sans architecture, ça ressemble vite à une promesse en l'air.
Les recrutements dans le vide institutionnel sont rarement des succès. À en croire plusieurs acteurs du football féminin contactés, la période de transition que traverse l'OM fragilise n'importe quelle prise de poste, quel que soit le profil de l'entraîneur concerné. Diacre, avec son bagage — une qualification pour l'Euro 2022, une Coupe de France à Clermont — mérite au moins un cadre clair pour travailler.
Diacre à Marseille : pari osé ou deuxième chance méritée ?
Impossible d'évoquer Corinne Diacre sans parler du paradoxe qu'elle représente. Sur le plan purement technique, son bilan à la tête des Bleues n'est pas ridicule : neuf ans à la tête de l'équipe de France, une génération talentueuse portée jusqu'en demi-finale de Coupe du Monde 2019, un groupe maintenu dans le top 5 mondial. Elle connaît le haut niveau, elle sait gérer les grandes compétitions. C'est précisément ce profil qui intéresse l'OM, à en croire des sources proches du dossier.
Mais le football féminin a changé. Les joueuses parlent davantage, les syndicats s'organisent, les médias scrutent. Le modèle autoritaire à l'ancienne — celui qu'on reprochait à Diacre — ne passe plus dans des vestiaires où des internationales comme Wendie Renard n'hésitent plus à monter au créneau publiquement. À Marseille, club de caractère s'il en est, il lui faudra composer avec des personnalités, des attentes et une culture qui n'ont rien à voir avec le cadre aseptisé d'une sélection nationale.
Sa gestion relationnelle sera le vrai test. Pas ses schémas tactiques, pas ses choix de composition. Si Diacre parvient à reconstruire une image de manager humaine et fédératrice, l'OM féminin pourrait devenir le tremplin idéal pour sa réhabilitation. Si elle reproduit les erreurs du passé, Marseille sera la dernière scène avant la sortie définitive.
L'histoire, ici, est donc double. Elle parle d'un club en quête d'identité et d'une entraîneuse en quête de rédemption. Les deux pourraient se trouver — ou se manquer spectaculairement. Une chose est certaine : les prochaines semaines à Marseille ne seront pas de tout repos, entre nomination du président, composition du staff et réponse à apporter à une fronde qui, pour l'instant, s'exprime encore sur les murs. Quand elle commencera à s'exprimer dans les tribunes, le ton sera tout autre.