Muet depuis son doublé contre Lyon début mars, Pierre-Emerick Aubameyang traverse une passe difficile. Son entraîneur Habib Beye lui maintient sa confiance publiquement.
Deux buts. C'est le total de Pierre-Emerick Aubameyang depuis le 2 mars, date de son doublé face à l'Olympique Lyonnais lors d'un succès 3-2 qui avait un temps relancé les espoirs marseillais. Depuis, silence. Un attaquant qui ne marque plus est toujours une histoire inconfortable, surtout quand il porte le numéro 9 d'un club aussi passionnel que l'Olympique de Marseille. Mais Habib Beye, lui, a choisi de ne pas lâcher son avant-centre. En conférence de presse ce jeudi, à la veille de recevoir le FC Metz au Vélodrome, le technicien marseillais a pris publiquement la défense de l'international gabonais. Un geste fort, dans un contexte où la pression sur le groupe ne faiblit pas.
Pourquoi Beye choisit de protéger Aubameyang plutôt que de le mettre en cause ?
Habib Beye connaît le métier de l'intérieur. Avant d'entraîner, il a vécu des séquences difficiles en tant que joueur, porté par des coachs qui lui ont fait confiance dans le creux de la vague. Ce que le manager marseillais exprime en prenant la défense d'Aubameyang, c'est moins une naïveté tactique qu'une conviction managériale : un attaquant fragilisé publiquement par son propre entraîneur est un attaquant perdu. Les exemples sont légion dans le football français et européen — de Karim Benzema lâché par Raymond Domenech à Kylian Mbappé régulièrement questionné sur ses performances en club lors de ses premières années. La confiance affichée est une ressource stratégique.
Il y a aussi un contexte institutionnel à prendre en compte. L'OM reconstruit. Depuis l'arrivée de Medhi Benatia à la direction sportive et les ambitions réaffirmées du propriétaire Frank McCourt, le club cherche à instaurer une culture de stabilité après des années de turbulences. Sacrifier un joueur à la moindre baisse de régime irait à rebours de ce projet. Beye, dont la nomination elle-même a surpris une partie de l'écosystème marseillais, a besoin de solidarité interne pour asseoir son autorité. Défendre Aubameyang, c'est aussi affirmer que les décisions sportives se prennent dans le vestiaire, pas sous la pression des tribunes.
La panne d'Aubameyang est-elle un simple coup de mou ou le signe d'un problème structurel ?
Pierre-Emerick Aubameyang a 34 ans. Ce chiffre, à lui seul, ne signifie rien d'absolu — Zlatan Ibrahimovic scorait encore en Serie A à 38 ans, Olivier Giroud a continué à peser dans les grandes échéances bien après avoir dépassé la trentaine. Mais il impose une lecture différente des séquences sans buts. Quand un attaquant de 24 ans traverse trois semaines sans marquer, c'est une mauvaise passe. Quand c'est un attaquant de 34 ans, certains y voient le début d'un déclin.
La réalité est plus nuancée. Depuis son arrivée à l'OM, l'ancien Barcelonais et Arsenaliste a montré des éclats indéniables, capable de porter son équipe sur quelques matches en solitaire. Son doublé contre Lyon illustrait précisément cette capacité à peser dans les moments importants. Mais sa régularité sur une saison entière reste en question, et le système de jeu marseillais, encore en cours de construction sous Beye, ne lui offre pas toujours les conditions idéales pour s'exprimer. Le nombre de frappes cadrées par match, la fréquence à laquelle il touche le ballon dans la surface adverse — ces indicateurs racontent souvent une vérité que le compteur de buts masque ou amplifie selon les périodes.
La vraie question, celle que personne ne pose encore ouvertement mais que tout le monde a en tête, est celle du mercato estival. Le contrat d'Aubameyang, les ambitions de recrutement du club, la capacité financière de l'OM à attirer un profil de remplacement ou complémentaire — tout cela se joue en partie sur ces dernières semaines de saison. Un Aubameyang qui termine fort change considérablement les paramètres de la discussion.
Que représente le match contre Metz pour Aubameyang et pour l'OM ?
Le FC Metz, lanterne rouge de Ligue 1, offre sur le papier les conditions idéales pour qu'un attaquant en manque de confiance retrouve le chemin des filets. Mais le football se joue rarement sur le papier. L'histoire du championnat de France est pavée de faux-pas de favoris contre des équipes condamnées qui n'ont plus rien à perdre — et qui, paradoxalement, jouent leur meilleur football libérées de toute pression.
Pour Aubameyang, ce match contre Metz est un rendez-vous avec lui-même. Marquer serait évidemment le scénario idéal, celui qui validerait la confiance de Beye et relancerait la dynamique offensive marseillaise dans la dernière ligne droite d'une saison encore ouverte à plusieurs niveaux. Mais même au-delà du but, c'est sa manière d'exister dans le jeu, de peser sur la défense adverse, de créer des espaces pour ses partenaires qui sera scrutée par le Vélodrome. Un grand stade n'est jamais tendre avec ceux qui semblent déconnectés du collectif.
Pour l'OM dans son ensemble, l'enjeu dépasse la seule personne de l'attaquant gabonais. Habib Beye construit son identité d'entraîneur match après match, avec la conscience que chaque conférence de presse, chaque choix tactique, chaque geste de management sera analysé à la loupe par un club dont la culture ne laisse jamais grand-chose dans l'ombre. En choisissant de soutenir Aubameyang publiquement, il trace une ligne claire : ici, on gère les moments difficiles ensemble. Il reste à démontrer que cette ligne tient aussi sur le terrain.
Le calendrier de fin de saison sera révélateur. Si Aubameyang retrouve ses sensations dans les prochaines semaines, la fidélité de Beye passera pour du génie managérial. Si la disette se prolonge, les mêmes observateurs y verront une obstination mal placée. C'est précisément cette ambivalence qui rend le management du football d'élite aussi périlleux — et aussi fascinant à observer.