Alors que l'OM cherche un nouveau président, le nom de Mohamed Bouhafsi a circulé. Rachid Zeroual a répondu sans détour.
Il y a des rumeurs qui durent le temps d'un mercato, et d'autres qui s'installent comme une mauvaise passe en milieu de terrain. Depuis quelques jours, un nom circule dans les couloirs du Vélodrome et sur les réseaux qui s'en nourrissent : celui de Mohamed Bouhafsi, journaliste reconnu, figure médiatique du football français, soudainement projeté dans la lumière d'une présidence de l'Olympique de Marseille. Frank McCourt, propriétaire américain du club depuis 2016, serait en quête d'un nouveau visage pour incarner l'institution. Le tout dans un contexte où chaque mouvement à la Canebière est scruté avec l'intensité d'un derby. La réponse de Rachid Zeroual, président actuel de l'OM, n'a pas tardé — et elle était sans ambiguïté.
Zeroual tranche, Bouhafsi reste un symbole d'une quête identitaire
Quand on demande à Rachid Zeroual ce qu'il pense de la rumeur, la réponse est cash, pour reprendre le terme qui circule : non, Mohamed Bouhafsi ne sera pas le prochain président de l'Olympique de Marseille. Pas de circumlocutions, pas de porte entrouverte avec un sourire de façade. Le message est clair. Reste que l'émergence même de ce nom en dit long sur l'état d'esprit qui règne autour du club.
Bouhafsi n'est pas un inconnu dans le paysage footbalistique. Ancien journaliste de RMC Sport, il a construit sa crédibilité sur le terrain des transferts, des coulisses et d'une certaine proximité avec les acteurs du jeu. Sa popularité dépasse largement le cadre journalistique — il incarne pour beaucoup une figure accessible, passionnée, profondément attachée au football dans ce qu'il a de plus humain. C'est précisément pour ça que son nom a résonné à Marseille, ville qui a toujours eu une relation quasi-mystique avec ses dirigeants, de Bernard Tapie à Robert Louis-Dreyfus, en passant par les épisodes plus tourmentés.
Mais entre la popularité et la capacité à diriger un club de l'envergure de l'OM — budget de fonctionnement supérieur à 200 millions d'euros, obligations européennes régulières, pression médiatique et populaire sans équivalent en Ligue 1 —, il y a un gouffre que Zeroual semble avoir voulu rappeler sans le formuler explicitement. La gestion d'un club professionnel de haut niveau ne s'improvise pas, même quand on connaît le football sur le bout des doigts.
Ce qui est frappant dans cet épisode, c'est moins le démenti que la vitesse à laquelle la rumeur a pris corps. En l'espace de quelques heures, Bouhafsi était présidentiable aux yeux d'une partie de la communauté marseillaise en ligne. Cela traduit une réalité : Frank McCourt peine à incarner le projet OM aux yeux des supporters, et l'appétit pour un visage plus familier, plus français, plus proche du vestiaire culturel du club, est immense.
McCourt en quête d'un successeur : les vrais enjeux d'une succession sous tension
Derrière l'anecdote Bouhafsi se cache une question autrement plus structurante : qui pour succéder à Pablo Longoria, qui avait su imposer un style de management à l'espagnole, fondé sur la data et le recrutement malin, avant que les résultats sportifs et les tensions internes ne viennent brouiller le tableau ? Zeroual lui-même, arrivé en cours de route, n'a jamais totalement convaincu qu'il était le profil définitif pour le poste.
McCourt, lui, avance sur une ligne de crête. Depuis son rachat du club en 2016 pour environ 45 millions d'euros — une somme qui paraît aujourd'hui dérisoire au regard de la valorisation actuelle estimée à plus de 500 millions d'euros —, l'homme d'affaires américain a montré qu'il pouvait investir massivement, mais aussi que ses choix de gouvernance restaient parfois obscurs pour les observateurs européens. Son projet « Champions Project » a produit quelques belles heures, notamment ce retour en Ligue des Champions en 2020 après dix ans d'absence, et une finale de Coupe de France en 2023. Mais la régularité manque.
Le profil idéal pour la présidence de l'OM, dans ce contexte, ressemblerait à un animal rare : quelqu'un qui comprend les arcanes du football business européen, capable de dialoguer avec les agents et les clubs vendeurs dans plusieurs langues, tout en portant l'âme du Vélodrome sans se laisser consumer par elle. Tapie l'avait fait, à sa manière flamboyante et incontrôlable. Personne depuis n'a réussi l'équilibre.
- Valorisation estimée de l'OM : plus de 500 millions d'euros en 2024
- Rachat par Frank McCourt en 2016 pour environ 45 millions d'euros
- Budget annuel de fonctionnement : supérieur à 200 millions d'euros
- Dernière présence en Ligue des Champions : saison 2021-2022, après le retour historique de 2020
Le Vélodrome, ce théâtre de 67 000 places qui vibre comme peu d'enceintes en Europe, mérite une direction à sa mesure. La rumeur Bouhafsi, aussi éphémère soit-elle, aura au moins eu le mérite de poser la question à voix haute : l'OM a besoin d'un président qui comprend autant les chiffres que la passion. Zeroual a répondu pour aujourd'hui. Mais la question, elle, reste entière pour demain.