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Football

Le nouveau logo de l'OM enflamme ses supporters

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

L'Olympique de Marseille a dévoilé une nouvelle identité visuelle sous la présidence de Stéphane Richard. La réaction des supporters ne s'est pas fait attendre.

Le nouveau logo de l'OM enflamme ses supporters

Quand un club de football touche à son blason, il joue avec le feu. L'Olympique de Marseille vient d'en faire l'expérience à ses dépens. Quelques heures seulement après la révélation de son nouveau logo, pensé pour accompagner la transition de pouvoir entre Pablo Longoria et Stéphane Richard, la gronde s'est organisée sur les réseaux sociaux, dans les travées virtuelles du Vélodrome numérique, avec une intensité qui dit beaucoup sur le rapport particulier que les Marseillais entretiennent avec leur club — un rapport charnel, presque possessif, que les directions successives ont toujours sous-estimé.

Pourquoi ce logo divise-t-il autant les Marseillais ?

Le design, sobrement modernisé, a visiblement heurté une large partie de la base de supporters. Trop épuré pour les uns, trop éloigné de l'iconographie historique pour les autres, le nouveau signe distinctif de l'OM cristallise une tension bien plus profonde que la simple question esthétique. À Marseille, le maillot, l'écusson, les couleurs ne sont pas des actifs marketing comme ailleurs. Ils sont des marqueurs identitaires d'une ville entière, d'une communauté qui s'est construite autour du club depuis plus d'un siècle.

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Les exemples ne manquent pas, en Europe, de refontes visuelles qui ont mal tourné. En 2016, la Juventus Turin avait opté pour un logo minimaliste très controversé. Leeds United, Cardiff City, l'Atletico Madrid à une époque — chaque tentative de modernisation graphique a suscité des levées de boucliers. Ce qui frappe dans le cas marseillais, c'est la violence symbolique du moment choisi. Stéphane Richard arrive à la présidence dans un contexte d'incertitude sportive et institutionnelle, et son premier message fort au peuple phocéen est une refonte d'identité visuelle. Le signal est maladroit, quoi qu'on pense du logo lui-même.

Sur les plateformes sociales, les hashtags critiques ont rapidement circulé, et plusieurs figures emblématiques de la culture ultras marseillaise ont pris position publiquement contre ce changement. Ce n'est pas anodin. Les groupes de supporters organisés, qui représentent une force de pression réelle à Marseille, ont rarement tort lorsqu'ils jauge la température de la base.

Que révèle cette polémique sur la nouvelle direction du club ?

Au-delà du seul débat graphique, cette séquence expose les premiers pas hésitants d'une gouvernance qui cherche encore son équilibre. Stéphane Richard, ancien patron d'Orange et figure du monde des affaires français, débarque dans un univers où les codes ne sont pas ceux du CAC 40. L'Olympique de Marseille, deuxième club de France en termes de notoriété et fort d'une communauté de supporters estimée à plusieurs millions de personnes à travers le monde, est une institution autant qu'une entreprise.

Pablo Longoria, son prédécesseur espagnol, avait lui-même essuyé des critiques lors de son arrivée, avant de s'imposer comme un dirigeant respecté grâce à ses choix sportifs — notamment la qualification en Ligue des Champions en 2021-2022 après un long hiatus européen, et la construction d'un effectif compétitif malgré des contraintes budgétaires réelles. Ce contexte impose à Richard de franchir rapidement le fossé qui sépare le monde des affaires de celui du football populaire. Un logo ne suffit évidemment pas. Mais un logo raté peut durablement polluer un début de mandat.

La question de la communication institutionnelle autour de ce changement mérite aussi d'être posée. Une refonte de l'identité visuelle d'un grand club demande une préparation narrative, une consultation — même symbolique — des acteurs du territoire, une mise en scène qui donne du sens. Rien de tout cela ne semble avoir été suffisamment anticipé côté marseillais. Le résultat est un bad buzz inutile, à un moment où le club aurait eu besoin de fédérer plutôt que de diviser.

Un club peut-il vraiment se réinventer sans trahir son âme ?

La question est ancienne et universelle dans le sport professionnel. Avec la montée en puissance des droits TV, des partenariats internationaux et des ambitions commerciales globales, les clubs de football sont devenus des marques à part entière. L'OM génère chaque année plusieurs dizaines de millions d'euros de revenus commerciaux, et son potentiel de développement à l'international — notamment en Afrique du Nord et dans la diaspora méditerranéenne — est réel. Dans cette logique, moderniser une identité visuelle pour la rendre plus adaptable aux supports numériques, aux produits dérivés ou aux partenariats premium est une démarche légitime.

Mais le football n'est pas une marque de luxe ou une start-up technologique. Sa valeur est sentimentale avant d'être commerciale. Les 67 000 places du Vélodrome se remplissent parce que des générations de familles marseillaises ont transmis une passion, pas parce qu'un cabinet de design a produit un logo tendance. C'est cette réalité-là que les nouvelles directions — souvent issues du monde des affaires ou du conseil — peinent parfois à intégrer dans leur logique de transformation.

L'histoire récente du football anglais est, à cet égard, instructive. Plusieurs clubs de Premier League ont tenté des refontes d'identité et ont dû faire marche arrière sous la pression populaire. Hull City, qui avait envisagé de changer de nom en 2014, avait finalement abandonné le projet face à la mobilisation de ses supporters. À Marseille, le mouvement de contestation est déjà là. La direction aura-t-elle la sagesse d'écouter, ou la rigidité de persister ?

Cette polémique, aussi symbolique soit-elle, constitue en réalité le premier test grandeur nature de Stéphane Richard à la tête de l'OM. Sa capacité à désamorcer la crise — en dialoguant avec les supporters, en expliquant la démarche, voire en envisageant des ajustements — dira beaucoup sur la nature du projet qu'il entend porter sur la Canebière. Car à Marseille, on ne dirige pas un club. On en est comptable, devant une ville entière.

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