L'ancien patron du RCT milite publiquement pour que le journaliste Mohamed Bouhafsi prenne les rênes de l'Olympique de Marseille. Une sortie qui relance le débat sur la gouvernance du club.
Mourad Boudjellal n'a jamais vraiment quitté le monde du football dans la tête. Quatre ans après le fiasco retentissant du projet de rachat de l'Olympique de Marseille porté par Mohamed Ajroudi — une tentative avortée qui avait agité tout un été, celui de 2020 — l'ancien président du RC Toulon refait surface avec une idée qui va faire parler. Selon nos informations et ses propres déclarations publiques, Boudjellal milite activement pour voir Mohamed Bouhafsi, journaliste et figure médiatique bien connue des amateurs de football français, accéder à la présidence de l'OM. Rien de moins.
L'homme qui chuchote des noms à l'oreille de Marseille
Boudjellal, c'est un personnage. On ne l'écarte jamais vraiment du jeu. Celui qui avait construit le RCT en empire rugbystique avec quatre Coupes d'Europe en poche sait exactement l'effet que produit une déclaration bien placée. En citant Mohamed Bouhafsi, il ne sort pas un nom au hasard.
Bouhafsi, c'est un profil atypique dans le paysage footballistique hexagonal. Journaliste formé à RFI, visage familier de Canal+ et France Télévisions, il a surtout bâti sa réputation sur un réseau de contacts impressionnant dans les vestiaires et les directions sportives. À en croire l'entourage de Boudjellal, c'est précisément cette capacité à fédérer, à dialoguer avec les agents, les joueurs et les institutionnels, qui a convaincu l'homme d'affaires de pousser son nom. Pas une carrière de dirigeant classique, donc. Plutôt un pari sur l'intelligence relationnelle.
La question que tout le monde se pose : Bouhafsi lui-même est-il partant ? Officiellement, rien ne filtre de son côté. Mais le simple fait que Boudjellal sorte ce nom publiquement suffit à installer le débat. C'est une méthode qu'il maîtrise parfaitement — créer une dynamique narrative avant même que les négociations sérieuses ne commencent.
Marseille, ce club qui attire toujours les aventuriers
L'OM reste ce que peu de clubs en France peuvent revendiquer : une marque mondiale, une passion populaire hors norme, et une gouvernance qui suscite régulièrement des interrogations. Depuis le rachat par Frank McCourt en 2016 pour environ 45 millions d'euros — une somme déjà considérée comme dérisoire au regard du potentiel du club — le propriétaire américain a investi massivement, plus de 400 millions d'euros injectés au fil des années selon les estimations circulant dans le milieu, sans jamais vraiment stabiliser le projet sportif ni éteindre les rumeurs de vente.
C'est dans ce contexte que le nom de Boudjellal ressurgit périodiquement, comme un symbole de cette fascination que Marseille exerce sur les entrepreneurs ambitieux. En 2020, il avait rejoint le projet Ajroudi avec l'énergie d'un homme convaincu de tenir quelque chose de solide. La réalité avait été cruelle : McCourt n'avait jamais sérieusement envisagé de vendre, et l'opération s'était dissoute dans un mélange de communiqués contradictoires et de démentis en cascade.
Quatre ans plus tard, Boudjellal a manifestement tiré des leçons de cet épisode. Plutôt que de porter lui-même un projet de reprise, il se positionne en faiseur de roi, en lanceur d'idées. Mettre en avant Bouhafsi, c'est aussi une façon de dire que l'OM a besoin d'un visage neuf, d'un homme capable de réconcilier le club avec son identité populaire tout en pesant dans les sphères du football professionnel. Sur le papier, le raisonnement n'est pas absurde.
Bouhafsi président, un scénario crédible ou un coup médiatique ?
Soyons directs : entre l'idée de Boudjellal et une réelle candidature de Mohamed Bouhafsi à la présidence de l'OM, il y a un gouffre. McCourt n'a, à ce stade, donné aucun signal sérieux de cession. Et même dans l'hypothèse d'une vente, le processus passerait par des fonds d'investissement, des due diligences, des valorisations qui se situent désormais entre 700 millions et un milliard d'euros selon les observateurs du marché. Difficile d'imaginer Bouhafsi seul aux commandes d'une telle transaction.
Reste que le nom circule, et dans le football, les noms qui circulent finissent toujours par avoir une vie propre. À en croire plusieurs sources proches du dossier, Bouhafsi entretient depuis longtemps l'ambition discrète de basculer du côté des décideurs. Son passage en coulisses lors de certaines négociations de transferts — jamais confirmé officiellement, toujours évoqué dans les conversations — laisse penser qu'il ne serait pas totalement étranger au monde de la direction sportive.
Boudjellal, lui, joue un jeu plus subtil qu'il n'y paraît. En lançant ce nom dans l'espace médiatique, il teste une réaction, prend le pouls d'un support marseillais perpétuellement en quête d'un projet qui lui ressemble. La réponse des supporters sera un indicateur précieux. L'OM compte régulièrement parmi les clubs français les plus suivis sur les réseaux sociaux, avec une communauté de plusieurs millions d'abonnés qui amplifie chaque rumeur en quelques heures. Si l'accueil est favorable, le dossier pourrait prendre de l'épaisseur. Si l'indifférence domine, l'idée mourra aussi vite qu'elle est née.
Une chose est certaine : tant que Frank McCourt n'aura pas clarifié publiquement ses intentions à long terme, Marseille continuera d'attirer les projections, les fantasmes de reprise et les noms improbables. Boudjellal le sait mieux que quiconque. Il en a été lui-même un acteur. Cette fois, il préfère tenir la caméra plutôt que d'être devant l'objectif — mais avec Mohamed Bouhafsi en première ligne, la frontière entre les deux rôles n'a jamais été aussi floue.