Avant de prendre la présidence de l'OM, Stéphane Richard avait déjà essuyé un refus à la LFP, écarté par Vincent Labrune lui-même.
Il voulait diriger le football français avant même de poser ses valises à Marseille. Selon les informations de L'Équipe, Stéphane Richard avait été approché pour prendre la tête de la Ligue de Football Professionnel avant que Vincent Labrune ne lui ferme la porte. Un épisode révélateur des rapports de force qui structurent en coulisses le football hexagonal — et qui éclaire d'un jour nouveau l'arrivée de l'ancien PDG d'Orange sur la Canebière.
Blacklisté par Labrune, rattrapé par l'OM
L'histoire aurait pu s'arrêter là. Stéphane Richard figurait dans la short-list des candidats au poste de président de la LFP, ce poste que Vincent Labrune occupe depuis 2021 après avoir lui-même quitté la présidence de l'Olympique de Marseille. Mais à en croire l'entourage du dossier, c'est précisément Labrune qui aurait manœuvré pour écarter Richard de la course. Motif officieux : trop indépendant, pas suffisamment inscrit dans les logiques internes de la Ligue.
Ce rejet, selon nos informations, n'a pas refroidi les ambitions de l'ancien patron du groupe de télécommunications. Bien au contraire. Richard a continué à graviter autour des cercles du football professionnel français, patient, attendant son heure. L'opportunité marseillaise s'est présentée dans un contexte chaotique : un club en quête de stabilité institutionnelle, des propriétaires américains — le fonds McCourt Sports — en recherche d'un visage crédible pour incarner le projet sportif et institutionnel.
La nomination de Richard à la tête de l'OM n'est donc pas tombée du ciel. Elle s'inscrit dans une trajectoire personnelle construite, avec ses échecs et ses rebonds. Reste que son passif avec Labrune place d'emblée la relation entre l'OM et la LFP sous haute tension. Deux hommes qui se sont déjà frotté l'un à l'autre, dans une instance où les clubs ont besoin de bonne volonté pour obtenir gain de cause — sur les droits TV, les calendriers, les licences.
- Vincent Labrune préside la LFP depuis septembre 2021, réélu en 2023 malgré des turbulences
- Stéphane Richard a dirigé Orange de 2010 à 2022, gérant un groupe pesant plus de 40 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel
- L'OM a terminé 3e de Ligue 1 la saison passée, qualifié en Ligue Europa
- Frank McCourt a acquis l'OM en 2016 pour environ 45 millions d'euros
Une entrée en scène qui redessine les équilibres du foot français
Prendre la présidence de l'Olympique de Marseille, ce n'est pas simplement hériter d'un bureau avenue du Prado. L'OM reste le club le plus populaire de France en termes de base de supporters — plusieurs sondages le créditent de plus de 10 millions de sympathisants dans l'Hexagone. C'est un porte-voix, une tribune permanente. Et Richard, qui sait ce que signifie négocier à haut niveau — il a manœuvré pendant des années face aux régulateurs européens des télécoms — n'ignore pas le poids symbolique de ce poste.
La question qui se pose désormais est simple : comment va-t-il gérer sa cohabitation forcée avec Labrune ? Les deux hommes vont se retrouver autour des mêmes tables, dans les réunions de la Ligue, sur les dossiers brûlants du football français. À commencer par la renégociation des droits télévisuels domestiques, un chantier colossal dont l'issue conditionne les budgets des clubs pour les prochaines années. L'OM, deuxième ou troisième masse salariale de Ligue 1 selon les exercices, a évidemment un intérêt direct dans ces discussions.
À en croire plusieurs sources proches du board marseillais, Richard entend s'imposer comme une voix forte au sein de l'assemblée des présidents de clubs. Pas en rupture frontale avec la LFP — ce serait suicidaire à court terme — mais en leader d'un camp qui estime que la gouvernance du football professionnel français mérite d'être réformée en profondeur. Une posture qui correspond à ce que l'on connaît du personnage : homme de réseaux, habitué des conseils d'administration, peu enclin à se laisser marginaliser.
Son profil tranche avec les présidents de clubs classiques. Pas d'ancrage footballistique historique, pas de passage par les divisions inférieures. Richard arrive avec une crédibilité construite dans le monde économique et institutionnel. Certains y voient une force — la capacité à parler d'égal à égal avec des investisseurs, des diffuseurs, des élus. D'autres, notamment dans les travées de la Ligue, y voient une menace : un homme qui ne doit rien au système en place et qui n'a donc aucune raison de le ménager.
La saison qui s'ouvre à Marseille sera scrutée sous cet angle autant que sous l'angle sportif. Roberto De Zerbi, arrivé sur le banc marseillais l'été dernier, porte les ambitions d'un projet qui vise le retour en Ligue des Champions. Mais le chantier institutionnel — repositionner l'OM dans les rapports de force internes du football français — sera tout aussi déterminant pour la suite. Et Stéphane Richard, recalé hier par la LFP, entend bien peser depuis Marseille sur l'avenir de l'institution qui lui avait fermé la porte.