Stéphane Richard est officiellement le nouveau président de l'OM, mais sa prise de fonction est reportée. L'ex-PDG d'Orange succède à Alban Juster.
L'Olympique de Marseille a officialisé ce qui se murmurait depuis plusieurs semaines dans les couloirs du Vélodrome. Stéphane Richard est le nouveau président du club phocéen. L'ancien patron d'Orange, visage connu du monde des affaires français, prend la tête de l'institution marseillaise — mais sans se mettre immédiatement dans les starting-blocks. Sa prise de fonction effective est reportée, et cette transition à géométrie variable interroge autant qu'elle intrigue.
Un président nommé, une chaise encore vide
L'intronisation est officielle. Le vote est passé, le communiqué est sorti, les félicitations ont fusé. Pourtant, Stéphane Richard ne sera pas opérationnel dès demain. L'ex-PDG d'Orange, qui a dirigé l'un des groupes de télécommunications les plus puissants d'Europe pendant plus d'une décennie, prend techniquement la présidence de l'OM tout en laissant la gestion courante entre d'autres mains pour une période encore indéterminée.
Ce type de transition en douceur n'est pas anodin. À Marseille, club sous pression permanente, chaque heure compte. La saison est lancée, le mercato ne dort jamais vraiment, et les supporters phocéens — parmi les plus exigeants de France — attendent des signaux forts. Or pour l'instant, Alban Juster, son prédécesseur, assure la continuité. Une passation de pouvoir qui prend le temps de se faire, dans un club qui n'a pourtant pas le luxe de l'attente.
La question qui agite les cercles proches du club est simple : quand Richard posera-t-il réellement ses dossiers sur la table ? Et surtout, avec quelle feuille de route ? Car si le titre est acquis, le vrai pouvoir, lui, se construit dans les détails — les relations avec Pablo Longoria à la direction sportive, les discussions avec Frank McCourt sur les investissements, et la gestion d'un vestiaire qui a vécu une intersaison mouvementée.
Un profil de poids dans un club qui cherche sa stabilité
Stéphane Richard n'est pas un inconnu du grand public. Pendant dix ans à la tête d'Orange, il a piloté un géant coté en bourse, géré des crises sociales majeures et négocié à la table des plus grands. Son passage en justice — il avait été condamné en première instance dans l'affaire Tapie avant d'être relaxé en appel — l'a aussi aguerri à la pression médiatique, celle-là même qui s'abat quotidiennement sur le club le plus populaire de France avec ses plus de 50 millions de sympathisants revendiqués à travers le monde.
L'OM, sous l'ère McCourt depuis 2016, a traversé des phases de turbulences institutionnelles répétées. Jacques-Henri Eyraud, remplacé dans la douleur par Pablo Longoria qui a cumulé les casquettes, puis Alban Juster installé pour stabiliser une gouvernance fragilisée. Richard arrive donc dans un rôle de consolidateur autant que de représentant, chargé de donner un visage institutionnel crédible à un club qui ambitionne de retrouver durablement l'élite européenne.
Sa nomination intervient dans un contexte sportif particulier. L'OM a terminé la saison dernière à une place décevante en Ligue 1, bien loin des sommets. Le club a recruté activement cet été, avec l'ambition affichée de rivaliser avec le Paris Saint-Germain — ce rival absolu qui cristallise toutes les frustrations marseillaises. Roberto De Zerbi, l'entraîneur italien arrivé sur le banc phocéen, incarne une nouvelle ère tactique et la direction entend lui donner les moyens de ses ambitions. Dans ce contexte, avoir un président solide et écouté, capable d'ouvrir des portes et de peser dans les grandes décisions, est une nécessité, pas un luxe.
Ce que cette présidence change concrètement pour le club
Au-delà du symbole, la nomination de Stéphane Richard pourrait avoir des effets très concrets sur plusieurs fronts. Son carnet d'adresses, nourri d'années au sommet du CAC 40, pourrait faciliter des partenariats commerciaux d'envergure — un levier capital pour un club qui cherche à augmenter ses revenus propres dans un football européen de plus en plus dominé par les mastodontes anglais et espagnols.
L'OM génère aujourd'hui un budget annuel estimé autour de 200 millions d'euros, loin des 800 millions à 1 milliard de certains clubs de Premier League. Réduire cet écart passe obligatoirement par des sponsors plus solides, des droits d'image mieux négociés et une présence accrue à l'international. C'est exactement le terrain sur lequel Richard peut apporter une valeur ajoutée immédiate — si tant est qu'il entre rapidement dans le vif du sujet.
La question du mercato hivernal sera aussi un premier test de sa gouvernance effective. Si sa prise de fonction tarde trop, les grandes décisions risquent de se prendre sans lui — ou pire, dans le flou d'une autorité partagée. L'histoire du football est jalonnée de présidences nominales qui ont fragilisé les clubs plutôt que de les renforcer. Marseille n'a pas les moyens de s'offrir ce genre d'instabilité, pas avec Roberto De Zerbi qui a besoin de réponses rapides et d'une vision claire pour construire son projet.
Les supporters, eux, observent. Ils ont vu défiler les présidents, les directeurs sportifs, les entraîneurs. Ils ont connu les frasques de l'ère Diouf, les espoirs nés sous McCourt et vite douchés, les promesses non tenues. Avec Richard, c'est une nouvelle page qui s'ouvre — mais le club phocéen en a tourné tellement que l'enthousiasme reste mesuré, conditionnel, suspendu aux actes plutôt qu'aux annonces.
Les prochaines semaines seront donc décisives. Dès que Stéphane Richard s'installera pleinement dans son fauteuil de président, les premières prises de position publiques, les premières réunions stratégiques et les premiers arbitrages budgétaires diront tout de l'ambition réelle que McCourt et son nouveau président nourrissent pour l'OM. Une chose est sûre : à Marseille, on ne reste jamais longtemps dans l'antichambre du pouvoir sans en payer le prix.