Auteur d'un match référence avec Santos, Neymar a aussitôt effacé ses lauriers par un dérapage sexiste en conférence de presse, ravivant les doutes sur sa maturité.
Il n'aura fallu que quelques minutes de conférence de presse pour transformer une belle soirée de football en affaire d'État. Neymar Jr, titulaire sous le maillot de Santos face au Clube do Remo lors d'un match de Série B brésilienne, venait de livrer l'une de ses meilleures performances depuis son retour au club de sa jeunesse — tranchant, décisif, presque séduisant à nouveau — quand il a choisi, une fois le micro tendu, de tout gâcher. Une remarque à caractère sexiste adressée à une journaliste a immédiatement enflammé les réseaux sociaux brésiliens et rouvert un débat que l'on croyait, à tort, en voie de clôture autour de l'enfant terrible de Mogi das Cruzes.
Un retour sous les projecteurs qui tourne court dès le coup de sifflet final
Le contexte méritait pourtant d'être salué. Après des mois d'errance entre Al-Hilal et une succession de blessures qui ont mis entre parenthèses la fin de sa carrière en club saoudien, Neymar avait fait de son retour à Santos un acte presque romanesque — celui du fils prodigue revenant sur les terres où tout a commencé. Le club, relégué en deuxième division brésilienne, avait misé sur ce retour médiatique autant que sportif pour retrouver de l'éclat. Sur le terrain face à Remo, l'ancien numéro 10 du Paris Saint-Germain a semblé justifier cet investissement symbolique : présent dans les combinaisons, influent dans le dernier tiers, auteur d'une prestation qui a fait dire à plusieurs observateurs brésiliens qu'il retrouvait enfin quelque chose qui ressemblait à son meilleur niveau.
À 33 ans, l'équation physique reste délicate. Neymar n'a disputé que 7 matchs depuis janvier 2024, entre sa rupture du ligament croisé avec la Seleção lors de la Copa América et les complications qui ont suivi. Le simple fait de l'avoir vu tenir 90 minutes — ou même une grande partie du match — relevait d'un symbole fort. Santos, qui évolue en Série B après sa relégation historique de 2023, première de son histoire, a besoin que cette association fonctionne sportivement. Les 6 millions de followers brésiliens supplémentaires engrangés sur les réseaux sociaux depuis l'annonce de son retour témoignent d'un capital médiatique intact, même si le capital sportif, lui, reste à reconstituer.
Mais c'est précisément parce que l'attente était forte que la chute a été plus brutale. Lors de la conférence d'après-match, face à une journaliste qui lui posait une question sur sa condition physique, Neymar a répondu par une remarque à caractère sexiste qui a immédiatement circulé en boucle. Les détails exacts du propos ont varié selon les sources, mais le fond ne souffre pas d'ambiguïté : la journaliste a été renvoyée à son genre plutôt qu'à sa question. La séquence, filmée et diffusée dans la foulée, a provoqué une levée de boucliers immédiate au Brésil, pays où le harcèlement des journalistes sportives en milieu professionnel est documenté et régulièrement dénoncé par les associations de la presse.
Une image fracturée que même un triplé ne pourrait plus recoller
Le problème avec Neymar, c'est qu'il n'est plus à son premier dérapage. L'histoire est longue, et elle déborde largement le cadre du terrain. Accusations d'agression sexuelle en 2019 — classées sans suite mais dont l'onde de choc n'a jamais totalement disparu —, comportements jugés immatures durant son passage au PSG, polémiques à répétition avec la Fédération brésilienne de football pendant la Copa América 2021 : le joueur a accumulé un passif d'image considérable que ses performances, même lorsqu'elles sont au rendez-vous, ne suffisent plus à effacer.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la publicité autour de son retour à Santos a pris une tournure aussi ambivalente dans l'opinion brésilienne. Une partie des supporters l'accueille comme un héros, l'autre le reçoit avec une méfiance teintée de lassitude. Le Brésil n'est plus le pays qui absout Neymar par défaut. La société a changé, les femmes journalistes se sont organisées pour documenter et dénoncer les comportements discriminatoires dans les vestiaires et les zones mixtes, et les grands clubs — y compris Santos — ne peuvent plus se permettre d'ignorer ces enjeux sans en payer le prix réputationnel.
Sur le plan économique, l'incident arrive à un moment particulièrement inopportun. Santos cherche des partenaires commerciaux pour financer son projet de remontée en Série A, et la présence de Neymar était censée faciliter ces discussions. Plusieurs marques brésiliennes avaient déjà repris langue avec l'entourage du joueur depuis son retour. Un scandale de cette nature — même si Neymar devait présenter des excuses dans les heures suivantes, ce qu'il n'avait pas encore fait au moment de la rédaction de cet article — fragilise précisément la mécanique commerciale que le club avait contribué à mettre en place autour de lui.
- 7 matchs seulement disputés par Neymar depuis janvier 2024, entre blessures et convalescence
- Santos relégué en Série B en 2023, une première dans l'histoire du club pauliste
- Plus de 6 millions d'abonnés supplémentaires enregistrés sur les comptes sociaux du club depuis l'annonce du retour de Neymar
- 2019 : dernière grande polémique extra-sportive impliquant Neymar, avec les accusations d'agression sexuelle finalement classées sans suite
Reste une question qui dépasse le seul cas Neymar : jusqu'où le football professionnel, au Brésil comme ailleurs, est-il prêt à tolérer ce type de comportement au nom du talent ? Les instances de la Confédération brésilienne de football, déjà sous pression sur plusieurs fronts, n'ont pour l'instant pas réagi. Santos non plus. Ce silence institutionnel est lui-même un message. Et si Neymar venait à confirmer sa forme sur le terrain dans les semaines à venir, le débat risque fort d'être noyé sous les ovations d'un public qui préfère parfois l'excellence à l'exemplarité. Ce serait, à bien des égards, le plus révélateur des dénouements.