Sur le plateau de The Bridge, Achraf Hakimi a parlé de sa dépression au PSG. Un témoignage rare et courageux sur les coulisses d'une carrière en or.
Il a tout — la gloire, les millions, le maillot du Paris Saint-Germain. Et pourtant, Achraf Hakimi a frôlé le fond. Dans The Bridge, l'émission animée par Aurélien Tchouameni, le latéral marocain a levé le voile sur une période douloureuse de sa carrière, celle où le soleil s'est mis à manquer malgré tous les projecteurs. Un aveu rare, presque brutal, dans un milieu où l'on ne se plaint jamais.
Que s'est-il vraiment passé dans la tête d'Hakimi ?
La scène se joue à Paris, quelques mois après son arrivée au PSG en 2021 pour 60 millions d'euros, en provenance de l'Inter Milan. Hakimi débarque dans la capitale française auréolé d'une saison exceptionnelle en Serie A, sacré champion d'Italie, encensé partout en Europe. Et puis, rien. Le vide. Une forme de dépression qui s'installe en silence, loin des caméras.
Sur le plateau de Tchouameni, il l'explique sans fard : le changement brutal de vie, la pression d'un club qui réunit les meilleurs joueurs de la planète, la difficulté à trouver sa place dans un vestiaire aussi chargé en ego. Paris n'est pas Milan. Le projet sportif est différent, l'environnement aussi. Et pour un joueur aussi sensible que compétiteur, la transition a été un choc psychologique réel.
Ce qui frappe dans son témoignage, c'est l'honnêteté brute. Pas de communication lissée par un attaché de presse, pas de formule convenue sur la « résilience ». Hakimi dit simplement qu'il a souffert, qu'il a dû se battre contre lui-même avant de se battre sur le terrain. Dans un monde du football où la santé mentale reste un tabou — surtout chez les hommes, surtout chez les stars —, c'est presque un acte militant.
L'arrivée de Messi : bénédiction ou tempête supplémentaire ?
L'été 2021 est une tornade médiatique sans précédent au PSG. Lionel Messi signe au Parc des Princes après le séisme de son départ du FC Barcelone. Sergio Ramos, Gini Wijnaldum, Gianluigi Donnarumma… Le club de la capitale accumule les recrues comme des trophées à exposer. Une galactique à la française. Et pour Hakimi, qui découvre tout juste ce nouveau monde, l'arrivée de Messi n'allège pas la pression — elle la démultiplie.
Le vestiaire du PSG de cette époque ressemble moins à une équipe de football qu'à un congrès de superstars. Chacun apporte son histoire, ses agents, ses caméras, ses exigences. Trouver sa place dans cet univers-là, à 22 ans, relève d'un exercice psychologique que peu de joueurs peuvent imaginer. Kylian Mbappé, lui aussi présent dans l'émission, a évoqué ses propres doutes — preuve que même le joueur le mieux payé au monde, avec plus de 200 buts en Ligue 1, n'est pas imperméable aux coups durs mentaux.
Hakimi précise que l'arrivée de l'Argentin a constitué à la fois une source d'inspiration et un facteur de pression supplémentaire. Évoluer aux côtés du plus grand joueur de l'histoire du football, c'est un privilège. Mais c'est aussi une forme de vertige permanent. Le monde entier observe. Chaque erreur est amplifiée, chaque performance insuffisante disséquée. Quand on est déjà fragilisé mentalement, ce prisme-là peut devenir un cauchemar.
Pourquoi ce témoignage change quelque chose dans le football ?
Le football professionnel parle de plus en plus de bien-être mental, mais surtout en théorie. Des chartes, des cellules psychologiques dans les centres d'entraînement, des discours bienveillants lors des conférences de presse. Dans les faits, les joueurs qui admettent publiquement avoir souffert psychologiquement se comptent sur les doigts d'une main. En France, Loïc Rémy avait effleuré le sujet. À l'étranger, des joueurs comme Andrés Iniesta ou Aaron Lennon avaient osé parler de dépression. Mais dans la nouvelle génération, les exemples restent rarissimes.
Le format de The Bridge change la donne. Créé et animé par Aurélien Tchouameni, le milieu du Real Madrid, le programme mise sur la confiance entre pairs pour arracher des confidences que les médias traditionnels n'obtiennent jamais. Pas de journaliste en face, pas de question piège. Juste des joueurs qui parlent à d'autres joueurs. Et dans ce cadre-là, Hakimi a lâché quelque chose de vrai.
C'est aussi un signal pour les jeunes footballeurs qui gravissent les échelons. Des millions d'adolescents rêvent de porter un jour le maillot du PSG, de toucher le ballon avec Messi ou Mbappé. Mais derrière le glamour des réseaux sociaux et des contrats pharaoniques, il y a des êtres humains qui doutent, qui se perdent parfois. Hakimi, en mettant des mots sur sa propre traversée du désert, normalise cette réalité. Et ça, c'est peut-être plus précieux que n'importe quel trophée.
Aujourd'hui, le défenseur marocain est l'un des meilleurs latéraux droits du monde, titulaire indiscutable au PSG sous Luis Enrique, et l'un des leaders de la sélection nationale avec laquelle il a atteint les demi-finales de la Coupe du monde 2022 au Qatar. La dépression, il l'a traversée. Mais si son témoignage dans The Bridge peut éviter à un autre joueur de la traverser seul, alors la parole avait toute sa raison d'être. Le vrai chantier pour le football professionnel commence maintenant : transformer ces aveux isolés en culture systémique du soin mental. Ce n'est pas une option. C'est une urgence.