Un tweet d'Éric Zemmour sur la communication de Liverpool avant le quart de finale de Ligue des Champions contre le PSG déclenche une polémique.
Un message de prévention. C'est tout ce qu'il fallait pour mettre le feu. À quelques jours du quart de finale aller de Ligue des Champions entre Liverpool FC et le Paris Saint-Germain, le club anglais a diffusé à ses supporters une communication d'avant-match — le genre de consignes de sécurité et de conseils pratiques que la plupart des grands clubs européens envoient désormais systématiquement avant une rencontre à haute tension. Sauf qu'Éric Zemmour, l'ancien candidat à la présidentielle française reconverti en éditorialiste et député européen, a décidé d'en faire une affaire nationale. Son tweet a suffi à transformer un document administratif en symbole politique. Et forcément, le foot s'est retrouvé au milieu.
Liverpool prévenait ses fans, Zemmour a vu autre chose
Le club de la Mersey a donc adressé à ses supporters un message destiné à préparer le déplacement ou la soirée à Anfield. Dans ce type de communication — courante depuis les directives UEFA renforcées après les incidents de la finale de la Ligue des Champions 2022 entre Liverpool et le Real Madrid au Stade de France — figurent généralement des rappels sur les comportements attendus, les zones à éviter, et parfois des mises en garde culturelles sur les supporters adverses. Rien d'extraordinaire, rien de honteux. C'est du management de foule, pas de la géopolitique.
Sauf que le tweet de Zemmour a choisi de lire ce document différemment. En quelques mots, il a transformé un protocole sécuritaire en preuve d'une France dangereuse, d'un PSG menaçant, d'une capitale qu'on fuirait. Le message a été partagé des milliers de fois, commenté, déformé, amplifié. Le sport s'est retrouvé instrumentalisé, une nouvelle fois, comme terrain de bataille pour des guerres culturelles qui le dépassent largement.
Ce n'est pas la première fois que le PSG se retrouve au cœur d'une polémique extra-sportive. Le club de la capitale, propriété du Qatar Sports Investments depuis 2011 et doté d'un budget annuel qui frôle le milliard d'euros, attire les projecteurs bien au-delà des terrains. Chaque match contre un grand d'Europe devient une métaphore pour certains commentateurs. Contre le Bayern Munich, c'était la rigueur allemande contre l'extravagance parisienne. Contre Manchester City, le duel des pétrodollars. Contre Liverpool, club aux racines ouvrières mythifiées et à l'hymne You'll Never Walk Alone chanté comme une prière, le contraste narratif est évidemment trop beau pour être laissé aux seuls amateurs de football.
Résultat des comptes sur les réseaux : le tweet de Zemmour a généré plus d'interactions que plusieurs communiqués officiels du PSG sur ce même quart de finale. Le sport business observera ce phénomène avec intérêt — et inquiétude. Quand un homme politique capte plus d'attention autour d'un match que les clubs eux-mêmes, quelque chose cloche dans la gestion de la narration.
Pour le PSG et l'UEFA, cette affaire pose une vraie question d'image
Au-delà du bruit politique, ce type d'incident révèle une fragilité structurelle du football européen face aux récupérations. L'UEFA a beau multiplier les campagnes contre le racisme, les discours de fair-play, les protocoles inclusifs — la réalité c'est que chaque choc entre un club français et un club anglais depuis la catastrophe du Stade de France rouvre les mêmes plaies. Liverpool n'a pas oublié. Ses dirigeants non plus. Et quand le club envoie un message de prévention à ses fans voyageant à Paris, c'est aussi une réponse institutionnelle à un traumatisme encore frais.
Pour le PSG, l'affaire est doublement embarrassante. D'abord parce que le club ne contrôle pas Zemmour, évidemment, mais se retrouve néanmoins associé à une image de danger. Ensuite parce que la communication du club parisien en Ligue des Champions est scrutée à la loupe — chaque détail compte quand on veut se construire une légitimité sportive européenne durable. Luis Enrique, qui a bâti une équipe jeune, ambitieuse, avec un projet de jeu cohérent fondé sur le pressing et la vitesse, mérite mieux que cette parasites narratifs.
Quelques chiffres pour remettre les enjeux sportifs à leur place :
- Le PSG dispute son 4e quart de finale de Ligue des Champions en six saisons — une régularité qu'on n'observait pas avant l'ère QSI
- Liverpool a remporté la compétition 6 fois, contre une seule finale atteinte par le PSG (1994)
- Anfield affiche un taux de remplissage de 99,8 % en moyenne sur les matchs européens cette saison
- Le quart de finale aller est programmé devant plus de 54 000 spectateurs à Anfield Road
Ces chiffres-là, voilà ce qui devrait dominer le débat. Luis Enrique contre Arne Slot. Ousmane Dembélé contre Trent Alexander-Arnold. Bradley Barcola contre Mohamed Salah. Le football se chargera bien mieux que Zemmour de créer des émotions.
Reste une question de fond que cet épisode soulève pour toute l'industrie du sport. Comment les grands clubs protègent-ils désormais leur image dans un environnement où n'importe qui, avec quelques milliers d'abonnés ou un mandat électoral, peut court-circuiter des années de travail sur la marque ? Le PSG dépense des millions en marketing global, en stratégie digitale, en partenariats premium — et un tweet d'un homme politique français peut, en quarante-huit heures, polluer le récit d'un des matchs les plus attendus de la saison européenne. C'est la réalité du sport en 2025. Les clubs ne jouent plus seulement sur le terrain. Ils jouent aussi sur chaque écran, dans chaque fil Twitter, dans chaque prime time télévisé. Et sur ce terrain-là, ils sont encore loin d'avoir gagné la bataille.