Sacré champion d'Afrique avec le Sénégal, Ibrahim Mbaye peine à retrouver du temps de jeu au PSG. Luis Enrique lui fait encore confiance, mais les faits interrogent.
Champion d'Afrique à moins de 20 ans. Le palmarès est déjà là, gravé dans le marbre. Mais depuis son retour de sélection avec le Sénégal, Ibrahim Mbaye semble avoir disparu des radars parisiens. Pas écarté, pas blessé — juste fantomatique. Une situation qui intrigue d'autant plus que Luis Enrique n'a cessé, depuis son arrivée sur le banc du Paris Saint-Germain, d'afficher sa confiance aux jeunes issus du centre de formation. Alors pourquoi le latéral sénégalais se retrouve-t-il à regarder les matchs depuis les tribunes ?
Un retour de CAN qui tourne au casse-tête
Quand Ibrahim Mbaye est monté sur le podium avec les Lions de la Teranga, le club de la capitale avait affiché sa fierté sur ses réseaux sociaux. Normal. Un joueur formé au Camp des Loges qui décroche un trophée continental majeur, c'est une belle vitrine pour l'académie parisienne. Sauf que, derrière les communiqués enthousiastes, la réalité du terrain raconte une autre histoire.
Depuis son retour, Mbaye n'a quasiment pas foutu les pieds sur la pelouse en match officiel. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : ses minutes de jeu se comptent sur les doigts d'une main. À 19 ans, avec un titre africain dans la besace, on pouvait légitimement s'attendre à ce que Luis Enrique lui offre au moins une fenêtre en Ligue 1 ou en Ligue des Champions. Ce moment n'est pas venu.
Plusieurs pistes circulent dans les couloirs du Camp des Loges. La concurrence, d'abord. Le PSG n'est pas franchement en manque de latéraux droits, et la hiérarchie établie par le technicien espagnol laisse peu d'espace aux jeunes éléments pour s'exprimer sur ce poste. Achraf Hakimi reste indéboulonnable à droite, et les doublures plus expérimentées passent devant dans la rotation. Difficile dans ces conditions de se tailler une place quand le coach doit gérer un effectif à flux tendu sur plusieurs fronts.
Mais la concurrence seule n'explique pas tout. Des sources proches du club évoquent aussi une question d'adaptation tactique. Luis Enrique est un entraîneur qui demande un niveau d'automatismes très précis à ses latéraux — des joueurs capables de se transformer en milieux de terrain offensifs sur certaines phases. Mbaye, malgré ses qualités athlétiques indéniables, est peut-être encore en train d'assimiler ces exigences. La Coupe d'Afrique des Nations, bien qu'exceptionnelle sur le plan humain, l'a coupé du quotidien parisien pendant plusieurs semaines. Reprendre le fil dans un système aussi complexe prend du temps.
- Ibrahim Mbaye, 19 ans, formé au PSG depuis plusieurs années
- Champion d'Afrique des Nations avec le Sénégal lors de la dernière édition
- Moins de 200 minutes de jeu toutes compétitions confondues depuis son retour de sélection
- Le PSG compte parmi les clubs européens avec la plus haute proportion de titis dans son effectif professionnel
Luis Enrique garde la foi, mais jusqu'où
Ce qui rend ce dossier singulier, c'est le discours permanent de Luis Enrique sur les jeunes. Depuis qu'il a pris les rênes du PSG, le coach catalan a multiplié les gestes forts envers la formation maison. Warren Zaïre-Emery, titulaire inamovible en Ligue des Champions à 18 ans. Senny Mayulu, lancé dans le grand bain en cours de saison. Yoram Zague, convoqué, intégré progressivement. Luis Enrique ne fait pas que parler — il agit.
Alors sa confiance affichée envers Ibrahim Mbaye n'est pas un simple effet de communication. L'entraîneur l'a dit, les proches du staff le confirment : le gamin est dans les plans. Mais entre être dans les plans et gratter du temps de jeu en compétition officielle, il y a un fossé que la seule bonne volonté du coach ne peut pas combler seul. Le talent doit se manifester à l'entraînement, convaincre semaine après semaine, et s'imposer dans un groupe où la concurrence est permanente et impitoyable.
Le PSG, depuis la révolution post-Mbappé, a fait de sa formation un axe stratégique assumé. Le projet sportif porté par Nasser Al-Khelaïfi et Luis Campos mise sur l'éclosion des jeunes talents locaux pour compenser les départs de stars et maîtriser la masse salariale. Dans ce cadre, Ibrahim Mbaye représente exactement le profil recherché — un profil formé maison, aguerri par la sélection nationale, et motivé par l'envie de prouver. Le problème, c'est que la théorie et la pratique ne se superposent pas toujours parfaitement.
Des clubs de Ligue 1 auraient commencé à s'intéresser à une éventuelle solution en prêt lors du mercato hivernal. Rien de concret à ce stade, mais l'option n'est pas exclue. Pour un jeune latéral de cet âge, six mois de championnat régulier pourraient valoir infiniment plus que des apparitions sporadiques dans un club élite où la pression est maximale. Le PSG a déjà utilisé cette stratégie pour d'autres titis — avec des résultats souvent bénéfiques au retour.
La question qui se pose maintenant est simple et brutale : combien de temps Ibrahim Mbaye peut-il rester dans ce flou sans que sa progression en prenne un coup ? À 19 ans, les mois sans compétition s'accumulent vite dans une carrière. Champion d'Afrique oui, mais l'Afrique n'attend pas. Si le PSG ne lui ouvre pas de porte rapidement — que ce soit en interne ou via un prêt stratégique — d'autres clubs sauront se positionner pour récupérer un talent qui mérite clairement mieux que le rôle de figurant.