Défait 2-1 par le Bayern Munich en quart de finale aller de Ligue des Champions, le Real Madrid d'Arbeloa accumule déjà autant de revers que Xabi Alonso en une fraction du temps.
Deux défaites. Le même total que Xabi Alonso, mais en bien moins de temps. Quand Alvaro Arbeloa a accepté de prendre les rênes du Real Madrid en intérim, il savait que l'Allianz Arena ne serait pas une promenade. Le résultat, 2-1 pour le Bayern Munich en quart de finale aller de Ligue des Champions, dit peu sur le fond du jeu mais beaucoup sur l'état d'un club qui cherche encore sa nouvelle identité après le départ de Carlo Ancelotti. Une réduction du score en fin de match laisse entrevoir une réaction, un sursaut d'orgueil madrilène — mais ça ne suffit pas. Ça n'a jamais suffi contre les Bavarois.
Arbeloa peut-il vraiment tenir ce vestiaire face à l'adversité européenne ?
La question est brutale, mais elle s'impose. Alvaro Arbeloa, 42 ans, ancien latéral droit du Real Madrid reconverti en entraîneur des équipes de jeunes du club, n'a pas été choisi pour sa capacité à bousculer l'élite européenne. Il a été choisi parce qu'il était là, disponible, loyal, madridiste jusqu'à la moelle. C'est précisément ce qui pose problème.
Le Bayern Munich de Vincent Kompany n'est pas une équipe qui pardonne les hésitations tactiques. Avec Harry Kane toujours aussi tranchant dans la surface adverse et un bloc collectif bien huilé depuis le début de saison, les Bavarois ont imposé leur rythme dès le coup d'envoi. Le Real, lui, a semblé attendre. Attendre quoi ? Une inspiration ? Un leader sur le terrain capable de renverser le scénario ?
Le vestiaire du Real Madrid reste l'un des plus impressionnants du monde. Kylian Mbappé, Vinicius Junior, Jude Bellingham — sur le papier, cette attaque est terrifiante. Mais le football ne se joue pas sur le papier, et ce quart de finale aller l'a rappelé avec cruauté. Le Real Madrid n'a cadré que 3 tirs sur l'ensemble de la rencontre, un chiffre qui résume à lui seul l'impuissance collective d'une équipe qui cherche encore son équilibre post-Ancelotti.
Que dit vraiment cette statistique sur les débuts du successeur d'Ancelotti ?
Autant de défaites qu'Alonso. La comparaison est statistiquement exacte et symboliquement dévastatrice. Xabi Alonso, pressenti pendant des mois pour succéder à Carlo Ancelotti sur le banc du Bernabéu, avait finalement choisi de rester à Bayer Leverkusen. Le Real s'était alors tourné vers une solution interne, provisoire, incarnée par Arbeloa. Résultat : les deux hommes partagent désormais un même bilan négatif, mais dans des contextes radicalement différents.
Alonso avait accumulé ses défaites sur une saison entière, dans un projet construit avec du temps, de la méthode et une philosophie de jeu clairement définie. Arbeloa, lui, arrive dans une urgence absolue, sans préparation, sans staff entièrement constitué autour de lui, et directement propulsé sur la scène la plus exigeante qui soit. Comparer les deux, c'est presque injuste. Mais le football madrilène ne fait pas dans la nuance.
Le Real Madrid a remporté 15 Ligues des Champions dans son histoire. Chaque élimination prématurée en compétition européenne est vécue comme un affront institutionnel. Florentino Pérez a construit un club-État où la victoire n'est pas un objectif, c'est une exigence contractuelle. Dans ce contexte, Arbeloa ne gère pas seulement un match retour contre le Bayern — il gère sa propre survie sur le banc.
Le match retour au Bernabéu peut-il encore tout changer ?
Un but d'écart. C'est mince, mais c'est suffisant pour garder espoir. Le Real Madrid a une capacité presque mystique à ressusciter dans les grandes soirées européennes. On l'a vu contre Manchester City, contre Chelsea, contre le PSG ces dernières années. Le Bernabéu a une âme, une capacité à transcender des matchs qui semblaient perdus d'avance. Arbeloa le sait mieux que quiconque — il était sur la pelouse lors de certaines de ces nuits inoubliables.
Mais cette fois, les conditions sont différentes. Il ne s'agit pas de renverser une dynamique avec un Ancelotti serein sur son banc, capable d'ajustements tactiques précis dans le feu de l'action. Il s'agit de demander à un groupe de joueurs stars de croire en un entraîneur intérimaire, sous une pression médiatique titanesque, avec le retour à Madrid comme seule bouée de sauvetage. Vinicius Junior devra être décisif. Mbappé devra confirmer qu'il est à son meilleur niveau en Ligue des Champions sous le maillot madrilène. Et Bellingham devra retrouver cette capacité à surgir dans les moments qui comptent.
Le Bayern, de son côté, n'est pas du genre à gérer passivement une avance d'un but au retour. Kompany a insufflé un état d'esprit offensif à son équipe, et les Bavarois déplaceront à Madrid une vraie ambition de tuer le match. Jamal Musiala, brillant tout au long de la saison, sera l'homme à surveiller dans un Bernabéu qui peut aussi intimider ses propres adversaires.
Au fond, cette double confrontation dit quelque chose de plus large sur l'état du Real Madrid en ce moment. Un club en transition, entre deux ères, cherchant une nouvelle tête sur son banc tout en devant performer au plus haut niveau. C'est une équation presque impossible, et pourtant le Real Madrid a une histoire avec l'impossible. La grande question, celle qui se posera dès le coup de sifflet final du match retour, c'est de savoir si Arbeloa sera encore là la saison prochaine — ou si ce quart de finale de Ligue des Champions aura finalement accéléré l'arrivée d'un grand nom sur le banc de la Casa Blanca.