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Football

Longoria vers River Plate, l'OM perd son architecte silencieux

Par Thomas Durand··6 min de lecture·Source: Footmercato

Pablo Longoria serait sur le point de rejoindre River Plate comme directeur sportif. Un départ qui rebattrait les cartes à Marseille et en Argentine.

Longoria vers River Plate, l'OM perd son architecte silencieux

Quelques semaines suffisent parfois pour recomposer le visage d'un club. Depuis plusieurs jours, les médias argentins convergent vers la même information avec une régularité qui n'a rien d'anodine : Pablo Longoria serait le prochain directeur sportif de River Plate, l'un des clubs les plus puissants et les plus politisés du football sud-américain. Rien n'est encore signé, rien n'est encore annoncé, mais la rumeur a pris l'épaisseur d'une conviction. Et si elle se confirmait, elle constituerait l'un des transferts de dirigeants les plus significatifs de ces dernières années dans le football mondial — un déplacement de compétences qui dit autant sur les ambitions de Buenos Aires que sur l'état de l'Olympique de Marseille.

River Plate cible un architecte européen pour sa prochaine ère

River Plate ne recrute pas à la légère. Le club du Monumental, cinq fois vainqueur de la Copa Libertadores, évolue dans un environnement argentin où la gestion sportive a longtemps été dominée par des logiques internes, des réseaux de proximité et une culture du palmarès plus que de la construction méthodique. Appeler Pablo Longoria, 43 ans, c'est faire un choix délibérément européen, délibérément moderne. C'est parier sur une méthodologie de recrutement fondée sur la data, les réseaux et la projection à moyen terme plutôt que sur l'intuition du président historique.

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Ce qui rend l'information crédible, c'est précisément le profil de la cible. Longoria n'est pas un directeur sportif de façade. Formé dans les cellules de recrutement de la Juventus Turin et de Valence CF, passé par les États-Unis avec le New York Red Bulls, il a développé une réputation continentale avant d'atterrir à Marseille en 2020 dans un rôle de head of football, avant d'en devenir président un an plus tard. River Plate chercherait ainsi à importer un modèle de gestion que le football argentin peine encore à institutionnaliser. L'idée n'est pas seulement d'attirer des joueurs de qualité, mais de structurer un projet sportif avec la rigueur d'une organisation européenne de premier plan.

Un détail supplémentaire alimente les spéculations : selon plusieurs sources citées par la presse de Buenos Aires, Longoria aurait dans ses cartons un ou plusieurs joueurs issus de la Ligue 1 qu'il souhaiterait amener avec lui dans la capitale argentine. Des noms circulent sans avoir encore été confirmés. Ce type de package — dirigeant plus joueurs — est rare mais révélateur d'une vision cohérente, d'un homme qui ne change pas de poste sans emmener son projet avec lui.

Cinq ans de transformations à Marseille, un héritage à double tranchant

Pour comprendre ce que représenterait ce départ pour l'OM, il faut revenir sur ce que Longoria a réellement construit depuis son arrivée dans la cité phocéenne. En à peine cinq ans, il a supervisé plus d'une cinquantaine de transferts entrants, certains brillants — Mattéo Guendouzi, Alexis Sanchez, Azzedine Ounahi dans un premier temps —, d'autres plus discutables. Il a surtout imposé un style de recrutement tourné vers les marchés sous-évalués : Espagne, Portugal, Turquie, Amérique du Sud. Une logique de flux et de revente qui correspondait aux contraintes financières du club propriété de Frank McCourt.

Sous sa présidence, l'OM a retrouvé la Ligue des champions lors de la saison 2021-2022 pour la première fois depuis 2020, et a régulièrement oscillé entre la deuxième et la troisième place de Ligue 1. Ce n'est pas le palmarès d'un club dominant, mais c'est la stabilité relative d'une institution qui, avant son arrivée, traversait une période de turbulences permanentes. Le chiffre le plus parlant reste peut-être celui-ci : l'OM a dégagé plus de 150 millions d'euros de ventes nettes sous sa gestion, signe d'une politique assumée de valorisation des actifs humains plutôt que de conservation à tout prix.

Mais ce bilan est aussi celui d'un homme qui a parfois suscité des frictions. Ses méthodes, jugées trop froides par une partie du vestiaire, ses arbitrages parfois incompréhensibles pour les supporters, ses conférences de presse en espagnol ou en anglais dans un club où la langue française reste un marqueur identitaire fort — tout cela a nourri une ambivalence. On respecte Longoria à Marseille. On ne l'aime pas toujours.

Un départ qui pourrait accélérer la recomposition du projet marseillais

Si le transfert se concrétise, l'OM se retrouverait dans une situation délicate mais pas inédite. Roberto De Zerbi, arrivé sur le banc à l'été 2024, a déjà commencé à imprimer sa marque tactique sur l'équipe. Le technicien italien, connu pour son football offensif et ses exigences de possession, n'a pas nécessairement besoin d'un directeur sportif avec lequel il aurait construit une relation de confiance. Mais tout entraîneur de haut niveau sait que l'identité d'un projet se joue aussi en dehors du terrain, dans les bureaux, lors des mercatos.

Le nom de son successeur potentiel à la direction sportive sera déterminant. L'OM appartient désormais à Arkema et à ses nouveaux actionnaires, qui ont clairement signifié leur volonté de hausser le niveau d'ambition. Un recrutement précipité, un profil en deçà des exigences du poste, et c'est toute la dynamique du club qui pourrait vaciller à un moment charnière de son histoire récente.

Pour River Plate, l'équation est différente. Le club argentin affronte une concurrence nationale acharnée, notamment de Boca Juniors, et doit composer avec une économie nationale instable qui complique les transferts internationaux. Recruter Longoria, c'est envoyer un signal fort : celui d'un club qui veut se doter d'une infrastructure intellectuelle capable de rivaliser avec les meilleures organisations mondiales, au-delà des cycles de résultats. Dans un football latino-américain de plus en plus regardé par les investisseurs étrangers — notamment depuis l'explosion des droits TV régionaux et l'arrivée de la Coupe du monde 2030 sur le continent —, ce type de pari stratégique n'est ni anodin ni isolé.

Reste la question du timing. Pablo Longoria a-t-il dit tout ce qu'il avait à dire à Marseille ? Ou cherche-t-il, à 43 ans, un terrain neuf pour continuer à s'inventer ? L'Argentine est une école de football d'une intensité rare, et River Plate une institution qui vous forge ou vous brise. Le choix, s'il se confirme, dira beaucoup sur la nature de ses ambitions — et sur ce que le football européen gagne à essaimer ses compétences bien au-delà de ses frontières habituelles.

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