Après son départ chaotique de l'OM, Roberto De Zerbi rebondit à Tottenham. Un choix qui interroge sur ce qui s'est vraiment passé à Marseille.
Il avait quitté le Vélodrome comme on quitte une fête qui a mal tourné — sans faire de bruit, mais avec des regards dans le dos. Roberto De Zerbi, technicien italien à la réputation soigneusement construite à Brighton, s'est finalement posé à Tottenham Hotspur. Et ce seul fait, banal en apparence, suffit à rouvrir une plaie marseillaise encore fraîche. Parce que le choix de Spurs en dit long — très long — sur ce que De Zerbi cherche vraiment, et sur ce que l'Olympique de Marseille n'a manifestement pas su lui offrir.
Tottenham, miroir grossissant d'un mariage raté avec l'OM
Tottenham n'est pas n'importe quel club. C'est une institution qui flirte depuis des décennies avec la grandeur sans jamais tout à fait s'y installer — une sorte de dauphine chronique du football anglais, hanté par la malédiction de ne pas avoir de trophée majeur depuis 1984. Mais Tottenham, c'est aussi un projet structuré, un stade de 62 000 places ultramoderne inauguré en 2019, une masse salariale parmi les dix premières d'Europe et surtout une direction sportive qui, malgré ses errements récents, dispose de vrais leviers. C'est précisément ce cocktail que De Zerbi a choisi, lui qui prônait à Brighton un football offensif et exigeant, fondé sur la possession et la verticalité.
L'antithèse, donc, de ce qu'il a vécu — ou subi — à Marseille. L'OM lui avait vendu un projet ambitieux, porté par les ambitions de Pablo Longoria et la rhétorique habituelle des présidents qui promettent la Lune depuis la Canebière. Mais la réalité du mercato marseillais, ses contraintes financières et ses contradictions internes ont visiblement eu raison de l'enthousiasme initial. Le départ de De Zerbi, officiellement présenté comme une séparation à l'amiable, s'est produit après moins d'une saison — une durée qui, dans le football moderne, équivaut à un aveu. Rarement un entraîneur de ce calibre aura quitté un projet aussi vite sans que quelque chose ne coince sérieusement.
Les chiffres racontent une partie de l'histoire. Sous De Zerbi, l'OM a terminé troisième de Ligue 1 lors de l'exercice 2024-2025, loin des attentes affichées. Le club a investi près de 80 millions d'euros à l'intersaison 2024, un record pour le club phocéen, sans parvenir à constituer un groupe cohérent avec la vision du technicien. Plusieurs recrues ont été imposées, d'autres refusées. Le classique feuilleton franco-méditerranéen du président qui signe les chèques et de l'entraîneur qui voudrait les signer lui-même.
Les déclarations de De Zerbi, relues à la lumière de Spurs
Depuis son départ, De Zerbi n'a pas gardé la langue dans sa poche. Ses sorties — mesurées mais acérées — sur le manque de moyens réels, sur l'écart entre le discours et la réalité institutionnelle à Marseille, résonnent désormais différemment. Choisir Tottenham plutôt qu'un club du standing comparable de l'OM en Ligue 1, c'est une déclaration politique autant que sportive. Il ne s'agit pas seulement d'un choix économique — même si la Premier League reste la plus rémunératrice au monde. C'est un choix de crédibilité de projet.
On pense, inévitablement, à l'histoire de Marcello Lippi qui disait qu'un entraîneur se juge autant aux clubs qu'il refuse qu'à ceux qu'il accepte. De Zerbi, lui, n'a pas refusé Marseille — il y est allé, il a essayé, et il est reparti. Mais le fait qu'il rebondisse dans un club aux ambitions européennes réelles, avec une structure professionnelle rodée, souligne a contrario ce qui lui manquait au Vélodrome.
Tottenham compte sur un effectif dont la valeur marchande dépasse le milliard d'euros selon les estimations de Transfermarkt. Le club dispose d'une académie reconnue, de partenariats commerciaux solides et, surtout, d'une direction qui, depuis l'arrivée de Daniel Levy il y a plus de deux décennies, a su attirer les meilleurs techniciens de la planète — de José Mourinho à Antonio Conte, en passant par Mauricio Pochettino. De Zerbi s'inscrit dans cette lignée de managers à l'ego imposant et aux convictions tactiques bien arrêtées.
- 80 M€ investis par l'OM lors du mercato estival 2024, record pour le club
- 3e place en Ligue 1 : bilan jugé insuffisant au regard des ambitions affichées
- 1 milliard € : la valeur estimée de l'effectif de Tottenham selon Transfermarkt
- Moins d'une saison : durée du mandat de De Zerbi à Marseille, un signal fort
Ce qui est troublant, c'est la rapidité avec laquelle De Zerbi a retrouvé un banc de ce niveau. Chez les entraîneurs, l'échec — ou ce qui y ressemble — laisse généralement des traces. Pas ici. Ce rebond express suggère que sa cote sur le marché n'a pas souffert, que les clubs huppés le considèrent toujours comme une valeur sûre malgré la parenthèse marseillaise. Ce qui, à sa façon, constitue le verdict le plus sévère pour l'OM : si même un passage raté chez eux ne ternit pas une réputation, c'est que le problème venait bien du club, pas du coach.
À Marseille, on va devoir vivre avec cette image. Celle d'un entraîneur parti déçu qui, quelques mois plus tard, dirige un club de Premier League. Pablo Longoria devra convaincre son prochain technicien que les leçons ont été tirées — et dans une ville où la mémoire collective est aussi longue que la Canebière, la tâche s'annonce rude. Le prochain manager de l'OM héritera d'un dossier De Zerbi comme d'une ombre portée : celle d'un précédent qui alimente tous les doutes. Reste à savoir si le club phocéen aura, enfin, la lucidité de regarder ce miroir en face.