Après le départ d'Igor Tudor, Tottenham accélère pour Roberto De Zerbi. L'Italien deviendrait le deuxième salaire de Premier League.
Douze millions d'euros par an. C'est la somme que Tottenham Hotspur serait prêt à poser sur la table pour convaincre Roberto De Zerbi de traverser la Manche et de prendre en main un club qui ressemble, depuis quelques saisons, à un chantier perpétuellement ouvert. Après le passage éclair d'Igor Tudor — parti après seulement quelques semaines, laissant derrière lui plus de questions que de réponses — les Spurs ont visiblement décidé de jouer la carte du prestige salarial là où le projet sportif peine à convaincre. Une stratégie aussi vieille que le football professionnel lui-même.
L'homme qui valait mieux que la Serie A
Roberto De Zerbi, 46 ans, avait d'abord orienté sa réflexion vers l'Italie. Logique pour un technicien formé à l'école du calcio, dont le jeu — ce pressing intense, cette possession verticale, cette obsession de la construction depuis la défense — porte l'empreinte de ses années à Sassuolo puis à Brighton. Mais quelque chose a changé dans l'équation. Tottenham a mis le prix, et l'Italien a rouvert la porte.
Ce revirement n'est pas anodin. De Zerbi avait quitté Brighton & Hove Albion en fin de saison dernière après deux années qui ont transformé un club de milieu de tableau en laboratoire tactique admiré dans toute l'Europe. Sous sa direction, Brighton avait terminé sixième de Premier League en 2022-2023, son meilleur classement historique, avec un jeu que Pep Guardiola lui-même avait qualifié de « plus difficile à affronter » que celui du Real Madrid. La comparaison était flatteuse, peut-être exagérée, mais elle disait quelque chose de réel sur la capacité du technicien à construire une identité de jeu cohérente avec des moyens limités.
Tottenham, ce n'est pas Brighton. Le budget est sans commune mesure, la pression médiatique décuplée, et l'histoire du club — cette malédiction des trophées qui s'étire depuis 1984 pour la League Cup — pèse sur chaque recrutement. Daniel Levy, président légendaire pour sa dureté en négociation, a pourtant décidé de lâcher les cordons d'une bourse qu'il garde habituellement serrée. Le message est clair : on veut De Zerbi, et on le veut maintenant.
Car les chiffres parlent d'eux-mêmes. Avec 12 millions d'euros annuels, De Zerbi deviendrait le deuxième entraîneur le mieux payé de Premier League, derrière Pep Guardiola à Manchester City. Devant Arne Slot à Liverpool, devant Mikel Arteta à Arsenal. Dans une division où le salaire des coaches est devenu un indicateur de sérieux au même titre que le recrutement estival, Tottenham envoie un signal fort à ses concurrents.
- 12 M€/an : le salaire proposé à De Zerbi, 2e plus haut de Premier League
- 6e place : le meilleur classement de Brighton sous De Zerbi (2022-2023)
- 46 ans : l'âge de l'entraîneur italien, au sommet de sa cote sur le marché
- 1984 : dernière fois que Tottenham a remporté un trophée majeur (League Cup)
Tottenham à la croisée des chemins, De Zerbi comme pari identitaire
Le problème de Tottenham n'est pas nouveau, mais il s'est aggravé. Depuis le départ de Mauricio Pochettino en novembre 2019 — limogeage qui avait provoqué une sidération générale dans le monde du football — le club enchaîne les coaches comme d'autres accumulent les trophées. José Mourinho, Nuno Espírito Santo, Antonio Conte, Ange Postecoglou, Igor Tudor : chaque arrivée prometteuse s'est transformée en désillusion plus ou moins rapide. Le turnover est devenu la marque de fabrique d'un club qui cherche son identité sans jamais la trouver.
De Zerbi représente quelque chose de différent, au moins sur le papier. Son football est identifiable, reproductible, et surtout vendable. Dans une ère où le projet de jeu est devenu un argument marketing autant qu'un outil de performance, l'Italien coche toutes les cases. Son pressing positionnel, hérité en partie des idées de Guardiola mais réinterprété avec une liberté toute méditerranéenne, avait séduit Brighton au point de transformer des joueurs ordinaires en internationaux. Alexis Mac Allister, Moisés Caicedo, Kaoru Mitoma : autant de noms valorisés puis vendus à prix d'or grâce au travail du technicien.
À Tottenham, la matière première est autrement plus riche. Son Heung-min, James Maddison, Dominic Solanke, Dejan Kulusevski : des joueurs de talent qui n'attendent que d'être organisés dans un système cohérent. La question n'est pas de savoir si De Zerbi peut faire jouer cette équipe — il en est capable, c'est une certitude — mais si le contexte londonien, avec ses exigences immédiates et sa fenêtre de patience réduite, lui laissera le temps de construire ce qu'il sait construire.
Car c'est là le paradoxe Tottenham. On embauche des entraîneurs de conviction, des bâtisseurs, des hommes de projet — et on les débarque avant que le projet soit achevé. Pochettino avait mis quatre ans pour amener l'équipe en finale de Ligue des Champions. Son successeur n'a jamais eu quatre ans devant lui. De Zerbi sera-t-il traité différemment ? La hauteur du salaire suggère que oui, que Levy a compris la leçon. Mais dans le football, les leçons apprises en théorie s'oublient vite sous la pression des résultats.
Si l'accord se concrétise dans les prochains jours — et tout indique qu'on en prend le chemin — Roberto De Zerbi deviendra l'un des coaches les plus scrutés d'Europe dès la reprise. Non pas seulement parce qu'il sera bien payé, mais parce que son arrivée à Tottenham constituera un test grandeur nature : peut-on transplanter une philosophie de jeu construite dans l'adversité vers un club où l'argent coule mais où la confiance s'érode ? La réponse dira beaucoup sur l'état du football anglais — et sur la capacité d'un technicien génial à survivre à son propre mythe.