Le président de la FRMF sort enfin du silence sur la polémique qui fracture le football africain depuis des semaines.
Faouzi Lekjaa a trop longtemps laissé le silence parler à sa place. Le président de la Fédération Royale Marocaine de Football vient enfin de prendre la parole sur l'une des controverses les plus explosives qu'ait connues le football continental depuis des années : la décision de la Confédération Africaine de Football de déclarer le Sénégal perdant sur tapis vert de la finale de la CAN 2025, offrant ainsi au Maroc un titre que les Lions de la Teranga entendent bien contester. Chaque jour qui passait sans qu'il ne s'exprime alimentait les spéculations, les accusations, les théories du complot. Le silence n'est plus tenable.
Une décision de la CAF qui a mis le feu aux poudres
Retour sur les faits. La finale de la Coupe d'Afrique des Nations 2025 entre le Sénégal et le Maroc a basculé dans la tourmente bien après le coup de sifflet final. La CAF a prononcé une sanction lourde contre la sélection sénégalaise, lui retirant le bénéfice d'un match qu'elle avait disputé, pour des raisons officiellement liées à une irrégularité dans la composition de l'équipe. Résultat : les Atlas Lions ont été déclarés champions d'Afrique 2025 sans que la question ne soit tranchée sur le terrain. Un précédent qui, dans le monde du sport, provoque toujours les mêmes fractures.
Et le football africain s'est effectivement fracturé. D'un côté, les instances sénégalaises, la Fédération Sénégalaise de Football et une large partie du continent, ont crié à l'injustice. De l'autre, le Maroc — officiellement sacré — s'est retrouvé dans une position inconfortable, celle d'un champion dont le titre est contesté avant même d'avoir pu être célébré. On estime que plus de 40 fédérations africaines ont suivi le débat de près, certaines n'hésitant pas à exprimer leur désaccord avec la décision de la CAF dans des communiqués officiels. La CAN, compétition phare du continent avec plus de 600 millions de téléspectateurs potentiels à travers l'Afrique, méritait mieux que cette sortie par la petite porte.
C'est dans ce contexte électrique que Faouzi Lekjaa a choisi de sortir du bois. Le dirigeant marocain, qui cumule également les fonctions de vice-président de la FIFA, n'est pas un amateur de déclarations à l'emporte-pièce. Son sens politique est reconnu dans les couloirs du football mondial. Alors quand il parle, on écoute.
- Finale de la CAN 2025 : Sénégal déclaré perdant sur tapis vert par la CAF
- Plus de 40 fédérations africaines ont suivi la controverse de près
- La CAN 2025 rassemble potentiellement 600 millions de téléspectateurs à travers le continent
- Faouzi Lekjaa cumule la présidence de la FRMF et un poste de vice-président à la FIFA
Lekjaa en équilibriste, mais un message clair entre les lignes
La prise de parole de Faouzi Lekjaa était attendue comme un verdict. Elle ne ressemble pourtant pas à un coup de poing sur la table. Le président de la FRMF a choisi la voie de la mesure, sans pour autant esquiver la substance du débat. Il a tenu à rappeler que le Maroc n'est pour rien dans la procédure engagée par la CAF, que les décisions disciplinaires appartiennent à l'instance continentale et non aux fédérations nationales, et que son pays n'a fait que respecter des règlements qu'il n'a pas rédigés.
La nuance est importante. Depuis le début de cette affaire, une partie de l'opinion africaine — amplifiée sur les réseaux sociaux — insinuait que le Maroc avait pu influencer la décision de la CAF, voire en être le commanditaire. Une accusation que Lekjaa balaie sans détour, en soulignant le respect que le football marocain doit à ses homologues africains, et en particulier à la sélection sénégalaise qu'il décrit comme un rival de très haut niveau.
Mais au-delà des mots apaisants, Lekjaa laisse percevoir quelque chose d'autre : une conviction que le titre marocain est légitime, que la procédure a été respectée dans ses formes, et que le Sénégal doit désormais se tourner vers les voies de recours disponibles s'il entend renverser la situation. En clair, le Maroc ne rendra pas un trophée qu'il considère comme le sien. Et Lekjaa, sans le dire frontalement, ferme cette porte avec une politesse diplomatique qui ne trompe personne.
Cette sortie médiatique n'est pas anodine non plus dans le calendrier. Elle intervient à quelques mois d'échéances importantes pour le football marocain, notamment dans la perspective de la Coupe du Monde 2030 que le Maroc co-organise avec l'Espagne et le Portugal. Dans ce contexte, Lekjaa ne peut pas se permettre que son pays soit perçu comme un acteur diviseur au sein du football africain. L'image du Maroc sur la scène continentale est un enjeu qui dépasse largement cette finale de CAN.
Et maintenant, qu'est-ce que la CAF va faire ?
La vraie question qui demeure en suspens, c'est celle de la suite institutionnelle. La Fédération Sénégalaise de Football n'a pas dit son dernier mot. Des recours devant le Tribunal Arbitral du Sport à Lausanne sont évoqués, et la pression sur la CAF pour qu'elle apporte des explications supplémentaires ne faiblit pas. Patrice Motsepe, président de la confédération, va devoir gérer un dossier qui risque d'empoisonner les prochains mois du football africain si une clarification officielle et convaincante ne vient pas rapidement.
Car au fond, ce qui se joue ici dépasse le seul cadre du Sénégal et du Maroc. C'est la crédibilité des instances du football africain qui est en jeu. Si la CAF ne parvient pas à expliquer sa décision avec une transparence totale, le doute s'installera durablement. Et le doute, dans le sport, est le poison le plus lent qui soit — mais le plus mortel pour une institution.
La prise de parole de Faouzi Lekjaa est un premier pas vers un apaisement. Mais elle ne peut pas suffire à elle seule. Le prochain mouvement appartient à la CAF, et peut-être au TAS. Le football africain retient son souffle.