Défaite humiliante contre l'Udinese, place en Ligue des Champions menacée. Le Milan de 2025 ressemble de moins en moins au club des sept Coupes d'Europe.
Sept Coupes d'Europe au palmarès, dix-huit Scudetti, les fantômes de Baresi, Maldini, Van Basten qui hantent chaque couloir de San Siro — et une défaite contre l'Udinese pour rappeler que la grandeur d'un club ne protège de rien. L'AC Milan vient de s'incliner face à la modeste formation frioulane, et le choc est d'autant plus brutal que le contexte ne permettait aucune approximation. En cette fin de Serie A, chaque point est une question de survie sportive et économique. Les Rossoneri sont en train de rater leur atterrissage.
Quand San Siro devient une salle d'attente pour soignants
L'Udinese n'est pas le Real Madrid. L'Udinese, c'est un club qui change d'entraîneur comme d'autres changent de chaussettes, qui fonctionne depuis deux décennies sur un modèle de détection et de revente, et qui survit en Serie A par une forme de résistance paysanne que les grands clubs ne comprennent jamais vraiment. Que Milan se fasse gifler par ce genre d'adversaire en dit long sur l'état réel du vestiaire et du projet sportif.
Sergio Conceição, arrivé en décembre pour redresser la barre, se retrouve dans la situation du médecin appelé trop tard. L'équipe manque de repères collectifs, d'automatismes, d'une identité de jeu reconnaissable. On voit des joueurs à 30, 40, 50 millions d'euros incapables d'enchaîner trois passes dans un couloir sans perdre le fil. Rafael Leão, annoncé comme le futur de la Serie A, donne trop souvent l'impression d'un talent qui attend que le match vienne à lui plutôt que d'aller chercher le match.
Le problème milanais n'est pas nouveau, mais il devient urgent. Terminer hors du top quatre en Italie, c'est se couper de la Ligue des Champions. Et rater deux qualifications consécutives pour la compétition reine du football européen, c'est une catastrophe financière que même le groupe RedBird, propriétaire depuis 2022, ne peut absorber sereinement. Les clubs qui sortent du circuit Champions League perdent en moyenne entre 60 et 80 millions d'euros de revenus directs par saison — sans compter l'effet domino sur l'attractivité pour les transferts. Inter Milan, Juventus, Atalanta et Naples semblent mieux armés pour occuper les places qualificatives. Milan joue avec le feu.
- Revenus potentiels perdus hors Ligue des Champions : entre 60 et 80 millions d'euros par saison
- Rachat par RedBird Capital Partners en 2022 pour environ 1,2 milliard d'euros
- 7 Coupes d'Europe au palmarès, mais une saison 2024-2025 alarmante en Serie A
- Sergio Conceição nommé sur le banc en décembre 2024, quatrième entraîneur en moins de trois ans
Une direction à la croisée des choix impossibles
Il y a quelque chose de presque beckettien dans la situation milanaise. On attend Godot, mais Godot s'appelle ici un projet cohérent. Depuis le départ de Paolo Maldini et Frederic Massara de la direction sportive en 2023, le club semble naviguer sans boussole réelle. Les recrutements ont été dispendieux sans être convaincants, les choix d'entraîneurs précipités, et la continuité — cette vertu cardinale que pratiquent avec constance les clubs comme Arsenal ou l'Atalanta de Gian Piero Gasperini — brille par son absence.
L'Atalanta, justement, est l'anti-Milan parfait de cette époque. Même budget, même bassin de recrutement européen, mais une philosophie claire, un entraîneur en place depuis dix ans, et une Ligue Europa gagnée en 2024 pour le confirmer. Gasperini fait avec peu ce que Milan ne parvient pas à faire avec beaucoup. Le contraste est cruel et pédagogique.
Pour RedBird, l'équation est délicate. Gino Obi et les équipes américaines qui gravitent autour du club apportent des méthodes modernes d'analyse de données, de marketing, de développement de revenus annexes. Mais le football ne se résume pas à un tableur Excel. Il faut aussi un projet sportif lisible, des hommes de football qui comprennent le vestiaire, et une culture du résultat qui ne soit pas sacrifiée sur l'autel de la patience stratégique.
Conceição dispose de peu de temps. Ancien joueur de Porto, entraîneur qui a construit sa réputation sur l'intensité défensive et la solidité collective, il n'a pas encore réussi à transmettre ces qualités à une équipe qui semble traverser les matches en touriste. La fenêtre de transferts estivale sera décisive : garder Leão malgré les rumeurs de départ, trouver un milieu de terrain capable d'imposer son tempo, et rebâtir une défense qui prend l'eau depuis trop longtemps.
Il reste quelques journées de championnat. Pas de quoi se remettre d'une catastrophe industrielle, mais assez pour limiter les dégâts. Les Rossoneri ont besoin d'une réaction, pas d'une conférence de presse. Le football a cette brutalité magnifique : les discours ne valent rien face à un résultat. Et en ce moment, les résultats de Milan parlent d'eux-mêmes, et ce qu'ils disent n'est pas flatteur.
La vraie question qui se pose désormais dépasse le classement de fin de saison. Elle touche à l'identité profonde du projet. Que veut être l'AC Milan en 2025 ? Un club de transition perpétuelle, ou une institution capable de retrouver la constance qui fait les grands ? L'été prochain apportera probablement une réponse — et cette réponse, selon toute vraisemblance, sera lue à travers le prisme d'une liste de transferts et d'un nom sur un banc de touche.