Présenté par Frank McCourt, le nouveau président de l'OM Stéphane Richard a dévoilé ses objectifs pour le club phocéen. Une prise de pouvoir scrutée de près.
Il y a des présentations qui ressemblent à des sermons, et d'autres qui ressemblent à des plans de bataille. Celle de Stéphane Richard à la presse marseillaise, orchestrée ce vendredi par Frank McCourt en personne, appartient visiblement à la seconde catégorie. L'ancien patron d'Orange, homme de réseaux et de négociations, a pris la parole avec la posture de quelqu'un qui n'arrive pas pour gérer mais pour transformer. À l'Olympique de Marseille, club où l'ambition est une monnaie courante mais la patience une denrée rare, le message a été reçu cinq sur cinq.
Un homme de pouvoir face à un club qui dévore ses présidents
Pour comprendre ce que représente l'arrivée de Stéphane Richard à la tête de l'OM, il faut se souvenir que le club phocéen a traversé ces dernières années comme une série de faux départs. Depuis le rachat par Frank McCourt en 2016 pour environ 45 millions d'euros — une somme aujourd'hui considérée comme l'affaire du siècle au regard de la valeur symbolique du club — les présidents et directeurs généraux se sont succédé avec une régularité presque métronomique. Jacques-Henri Eyraud, Pablo Longoria dans un rôle hybride, et maintenant Richard. Marseille use ses dirigeants comme d'autres clubs usent leurs entraîneurs.
Stéphane Richard n'est pas un inconnu du monde des affaires françaises. Ancien directeur général d'Orange, il a piloté l'un des groupes de télécommunications les plus puissants d'Europe pendant plus d'une décennie, avec tout ce que cela implique de gestion de crise, de lobbying institutionnel et de capacité à tenir un cap sous pression. Ces compétences, l'OM en a précisément besoin. Le club marseillais, dont les revenus annuels oscillent autour de 200 millions d'euros selon les exercices, reste structurellement en retard sur les mastodontes européens qu'il prétend défier.
Lors de sa présentation, Richard a articulé ses ambitions autour de plusieurs axes clairs. La stabilité institutionnelle d'abord, avec la volonté affichée de construire un projet sur le long terme plutôt que de naviguer d'une saison à l'autre au gré des résultats. Ensuite, le développement commercial et la valorisation de la marque OM à l'international — un chantier colossal pour un club dont la notoriété mondiale dépasse souvent les résultats sportifs récents. Enfin, et c'est peut-être là l'angle le plus attendu du Vélodrome, une ambition sportive clairement exprimée, sans que les détails tactiques ou les noms de transferts ne soient encore sur la table.
- Rachat de l'OM par Frank McCourt en 2016 pour environ 45 millions d'euros
- Revenus annuels du club estimés entre 180 et 220 millions d'euros selon les saisons
- Stéphane Richard a dirigé Orange pendant plus de dix ans, groupe pesant plus de 40 milliards d'euros de chiffre d'affaires
- L'OM n'a plus remporté le titre de champion de France depuis la saison 2009-2010
McCourt en retrait, Richard en première ligne — et après
Ce qui frappe dans la mécanique de cette présentation, c'est la présence physique de Frank McCourt. Le propriétaire américain, souvent absent des grandes scènes médiatiques marseillaises ces dernières années, a tenu à adouber lui-même son nouveau président. Un geste fort, qui dit quelque chose sur la confiance accordée à Richard, mais aussi sur la volonté de McCourt de montrer qu'il est toujours aux commandes de la vision globale. L'Américain ne lâche pas les rênes — il les confie, ce qui est différent.
Ce tandem inédit soulève une question structurelle que Marseille n'a jamais vraiment résolue depuis 2016 : qui décide vraiment ? Sous Eyraud, la ligne de commandement était floue et les tensions avec Pablo Longoria, alors directeur sportif, avaient alimenté des mois de rumeurs. La nomination de Richard semble dessiner un organigramme plus lisible, avec un président fort en façade et un propriétaire qui fixe le cadre financier. C'est le modèle qui fonctionne à Chelsea depuis l'ère Abramovich, ou plus récemment à Newcastle sous l'impulsion du fonds saoudien PIF — des propriétaires discrets mais omnipotents, des présidents exécutifs visibles et responsabilisés.
Pablo Longoria, lui, conserve son rôle dans la structure sportive, et c'est là que le nouvel équilibre sera véritablement testé. L'Espagnol a accumulé suffisamment de capital politique au sein du club et auprès des supporters pour ne pas être un simple exécutant. La relation entre le nouveau président et le patron sportif sera l'une des clés du projet. À Milan, la cohabitation entre Adriano Galliani et Silvio Berlusconi a duré trois décennies parce que chacun savait exactement où s'arrêtait son territoire. À Marseille, ces frontières ont toujours été poreuses.
Sur le plan sportif, la feuille de route immédiate reste celle d'une saison en cours, avec un effectif à gérer, des ambitions en Ligue 1 et une place en coupe d'Europe à aller chercher ou à consolider selon le moment où vous lirez ces lignes. Mais Richard a clairement signifié que son horizon n'était pas le prochain mercato de janvier. Il pense en cycles, comme il l'a toujours fait dans le monde de l'entreprise. Restructurer avant d'accélérer, poser des bases avant de construire. Ce discours de la raison sera-t-il audible dans une ville où l'impatience est érigée en vertu ?
Marseille a connu Bernard Tapie, le flamboyant, capable de transformer la volonté en trophées et les rêves en Ligue des Champions gagnée en 1993. Elle a connu ensuite des décennies de gestion de la nostalgie. Stéphane Richard n'est pas Tapie — personne ne l'est — mais il arrive avec quelque chose que le club phocéen réclame depuis longtemps sans toujours l'admettre : de la méthode. L'OM n'a pas besoin d'un messie, il a besoin d'un architecte. Si Richard parvient à convaincre une ville entière de ce glissement de paradigme, ce sera peut-être sa plus grande victoire avant même qu'un ballon ne soit botté.