Pablo Longoria quitte l'OM après cinq ans d'un mandat épuisant. Comme ses prédécesseurs, il repart lessivé par une institution hors norme.
Cinq ans. C'est le temps qu'il aura fallu à l'Olympique de Marseille pour épuiser Pablo Longoria. Cinq ans à se battre contre les dettes, les vestiaires en ébullition, la presse locale impitoyable et des supporters qui ne pardonnent rien. En partant, l'Espagnol rejoint un club très fermé — celui des présidents de l'OM qui ressortent de la Canebière vidés, abîmés, méconnaissables. Avant lui, Jacques-Henri Eyraud avait vécu la même chose. Et selon nos informations, le nom qui circule désormais dans les couloirs du club pour lui succéder est celui de Stéphane Richard, l'ancien patron d'Orange. Ce que personne ne semble lui avoir dit, c'est qu'il pourrait bien être le prochain sur la liste.
Le syndrome Eyraud, ou quand Marseille détruit ses dirigeants
Jacques-Henri Eyraud est arrivé à l'OM en 2017 avec le costume bien taillé d'un dirigeant moderne, formé dans les hautes sphères du business anglo-saxon. Il avait les codes, le carnet d'adresses, la vision. Il est parti en 2021 sous les huées, sa voiture encerclée par des ultras en colère, son image définitivement cramée dans le football français. Cinq ans, déjà. Comme Longoria.
Ce n'est pas un hasard. L'OM n'est pas un club, c'est une pression atmosphérique permanente. Les 67 000 places du Vélodrome se transforment en tribunal populaire dès que les résultats décrochent. La ville vit le club comme une affaire personnelle. Et les présidents, eux, portent tout — les défaites, les mercatos ratés, les clasicos perdus, les trahisons supposées. À en croire l'entourage de plusieurs anciens dirigeants du club, la fonction use plus vite à Marseille qu'ailleurs en France, précisément parce que la distance entre le président et le peuple marseillais n'existe pas. Elle a été abolie depuis longtemps.
Eyraud avait tenté d'imposer une gouvernance froide, presque anglaise. Il s'y est brûlé les ailes. Longoria, lui, avait choisi l'inverse : la proximité, l'affect, la passion revendiquée. Résultat identique. Cinq ans et on repart sur les rotules. Le club a cette particularité cruelle de rendre obsolètes les méthodes avant même qu'elles aient eu le temps de faire leurs preuves.
Richard débarque, mais le Vélodrome ne fait pas de cadeaux aux néophytes
Stéphane Richard, lui, arrive avec un profil radicalement différent. L'homme a dirigé Orange pendant plus d'une décennie, gérant des crises sociales majeures, des batailles réglementaires, des enjeux politiques complexes. Il connaît la pression médiatique. Il sait ce que signifie être exposé. Mais diriger une multinationale de télécommunications et présider l'OM, ce sont deux exercices qui n'ont en commun que le costume trois pièces.
À Marseille, il n'y a pas de conseil d'administration pour amortir les chocs. Il y a le Commandant Rolland Courbis dans les médias, les dirigeants des groupes ultras au téléphone, et 900 000 habitants qui ont un avis tranché sur chaque recrutement. Selon nos informations, Richard serait conscient de la difficulté du défi, mais convaincu que son expérience de gestion de crise lui donne des armes que ni Eyraud ni Longoria ne possédaient vraiment au moment de prendre leurs fonctions.
Ce qui est sûr, c'est que Frank McCourt attend de lui une chose précise : stabiliser l'institution. Le propriétaire américain a injecté plus de 400 millions d'euros depuis son arrivée en 2016. Il n'a toujours pas de titre de champion de France à mettre en vitrine, et la Ligue des champions reste une arlésienne. À un moment, les actionnaires veulent du retour sur investissement — sportif, commercial, ou au moins réputationnel.
Quand Longoria voulait révolutionner les règles du football
On retiendra de Pablo Longoria, au-delà du bilan comptable, une curiosité intellectuelle assez rare dans le milieu. C'est lui qui avait publiquement suggéré qu'un but inscrit en dehors de la surface de réparation devrait valoir davantage — deux points, par exemple, contre un seul pour un but de près. Une idée iconoclaste, moquée par beaucoup, qui disait pourtant quelque chose de lui : Longoria pensait le football autrement, voulait le bousculer, le réinventer.
Cette forme d'originalité, il l'avait aussi appliquée au recrutement. Arrivé comme responsable du football avant de prendre la présidence, il avait imposé une philosophie de travail basée sur l'analyse de données et la détection de talents sous-cotés. Certains de ses coups ont été brillants. D'autres ont été des échecs retentissants, dont le coût financier pèse encore dans les comptes du club. Sur les cinq exercices de son mandat, l'OM n'a jamais réussi à équilibrer sa masse salariale avec les recettes générées, une tension structurelle qui a mis Longoria sous pression permanente.
À en croire son entourage, c'est moins les résultats sportifs que l'épuisement humain qui a eu raison de lui. Les tensions avec certains entraîneurs — notamment la période compliquée avec Jorge Sampaoli —, les affrontements récurrents avec des groupes de supporters, et la gestion quotidienne d'un club où chaque décision devient un sujet de débat national. Diriger l'OM, c'est vivre sous surveillance constante. Peu d'hommes peuvent tenir indéfiniment dans ces conditions.
Stéphane Richard prendra la suite en sachant tout cela. Ou du moins en croyant le savoir. Parce que Marseille a cette faculté troublante de surprendre même ceux qui pensaient s'y être préparés. La malédiction des présidents de l'OM n'est pas une légende urbaine — c'est une réalité documentée, cas après cas, mandat après mandat. La vraie question n'est pas de savoir si Richard saura éviter le sort d'Eyraud et de Longoria. Elle est de savoir combien de temps il lui faudra pour comprendre que personne, jusqu'ici, n'y a échappé.