Le président strasbourgeois Marc Keller confirme que Gary O'Neil quittera le club cet été. Mais avant de tourner la page, le Racing vise les finales européennes.
Marc Keller n'a pas traîné pour clarifier la situation. Le président de Strasbourg a confirmé ce qui circulait dans les coulisses depuis plusieurs semaines : Gary O'Neil ne sera plus l'entraîneur du Racing Racing la saison prochaine. Un choix mûrement réfléchi, selon l'entourage du dirigeant alsacien, qui voit déjà au-delà des trois derniers mois de compétition encore à disputer.
La décision peut surprendre au premier abord. Le club occupe actuellement la huitième place de Ligue 1 avec 38 points, une position qui, en toute objectivité, ne crie pas au génie. Mais Keller ne regarde pas que la feuille des classements. En Coupe de France et surtout en Ligue Europa Conférence, Strasbourg a grandi, a montré du caractère, a franchi des obstacles que personne n'aurait parié qu'il franchirait. Les demi-finales continentales, ce n'est pas rien pour une équipe qui pointe au-delà du top 5 en championnat. Cette dichotomie résume assez bien le mandat d'O'Neil au Racing : des moments hauts, des plafonds qui ne conviennent pas au président.
Les trois derniers mois pour écrire l'histoire
O'Neil et ses joueurs ont encore du boulot. Les éliminatoires continentaux ne sont pas terminés, loin de là. Dimanche prochain, Strasbourg doit affronter l'une des cracks de la Conférence. Les demi-finales de la Coupe de France attendent aussi. Deux compétitions qui, si le Racing les remporte, offriraient un tout autre lustre à ce qui aurait pu être une saison ordinaire. Les trois derniers mois peuvent tout changer dans la perception d'une campagne. O'Neil le sait. Ses joueurs aussi.
Keller, lui, a décidé de trancher. L'entraîneur britannique, arrivé cet été en remplacement de Frédéric Antonetti, ne convaincra pas avec une saison blanche en Ligue 1. Il fallait plus, mieux, différent. Le Racing a investi du temps et de l'argent pour reconstruire autour du coach originaire de Liverpool. Le résultat ne suit pas la trajectoire souhaitée. Voilà tout.
Keller cherche déjà le prochain cycle
En confirmant le départ d'O'Neil, Keller envoie un message clair à ses supporters et à son environnement : Strasbourg bascule vers un nouveau projet. Le président alsacien, depuis qu'il a pris les commandes du Racing en 2019, a montré qu'il ne s'embarrassait pas des sentiments pour prendre des décisions sportives. Antonetti, un mythe du club avec plus de cent matchs sur le banc, a été éjecté l'été dernier sans états d'âme. O'Neil, malgré une poignée de mois à peine, suit le même chemin.
La question devient maintenant : qui prendra la place ? Les noms commencent à circuler dans les bureaux des agents. Strasbourg possède des atouts. Un stade moderne, une infrastructure en progrès constant, une place stable en Ligue 1, des ressources financières honnêtes pour le niveau. Mais aussi des limites que tout nouveau coach devra accepter d'emblée : le budget du Racing n'égale pas celui des six ou sept mastodontes français. Jouer les demi-finales de Coupe de France et de Conférence avec une effectif construit pour la survie en championnat relève déjà de l'exploit.
O'Neil aura au moins laissé une trace. Ses stratégies en Europe, notamment une gestion très stricte du bloc défensif, ont permis au Racing de déranger les meilleures équipes continentales. Ce qui aurait pu être un atout pour basculer vers le haut en Ligue 1 s'est transformé en limite. Le foot français adore les équipes enthousiastes, offensives. Strasbourg sous O'Neil a souvent ressemblé à une forteresse gris acier, efficace mais peu ragoûtante pour le spectateur lambda.
Les trois semaines qui déciront du bilan
Entre maintenant et la fin de la saison, Strasbourg va vivre des jours décisifs. Les demi-finales contre l'AS Roma en Ligue Europa Conférence arrivent à point nommé. Une élimination et le bilan d'O'Neil tournera au vinaigre, malgré ses efforts défensifs. Une qualification pour la finale, et le coach britannique aura réussi quelque chose de remarquable avec l'un des effectifs les moins dépensiers de la compétition continentale. La Coupe de France, plus aléatoire, joue dans la même partition.
Keller sait tout cela. Il n'a pas fermé la porte à O'Neil pour la forme. Il l'a fait parce qu'en interne, l'évaluation du projet a penché du mauvais côté de la balance. Une Ligue 1 où Strasbourg végète, même avec des excuses européennes, ne suffit plus au Racing. Le club alsacien a grandi, ses ambitions aussi. Il est temps de trouver un coach capable de gommer cette contradiction persistante : jouer bien en Europe, flotter en championnat.
Les trois derniers matchs de cette saison bizarre seront importants. Pas pour changer la décision de Keller—elle est prise—mais pour la façon dont elle sera perçue. Avec un titre en Coupe de France et une finale de Conférence, on parlera d'un O'Neil qui a posé les bases, d'une transition normale. Avec deux éliminations humiliantes, on y verra la preuve que le choix du président était le bon.