Portés par Guendouzi et Kanté, les hommes de José Mourinho ont plié le derby stambouliote dans les derniers instants, maintenant la pression en tête de Süper Lig.
Il y a des matchs qui ne se gagnent pas, ils se survivent. Ce dimanche, à l'occasion de la 28e journée de Süper Lig, Fenerbahçe a traversé l'un de ces après-midis où le football résiste, grogne, refuse de se rendre — avant de céder, enfin, dans les ultimes instants d'un derby stambouliote qui avait tenu toutes ses promesses de tension et d'âpreté. Face à Beşiktaş, le club de la rive asiatique du Bosphore a eu besoin de tout son tempérament pour arracher une victoire qui ne souffre d'aucune explication simple.
Un derby arraché par des Européens devenus stambouliotes
Matteo Guendouzi et N'Golo Kanté, tous deux titularisés, ont incarné ce que le projet Fenerbahçe a de plus singulier cette saison : deux internationaux français, construits dans les académies hexagonales, désormais au cœur du football turc le plus électrique qui soit. Kanté, dont la présence au milieu de terrain reste un fait remarquable à 33 ans après ses déboires physiques à Chelsea, a une nouvelle fois apporté cette densité défensive et cette capacité à couvrir l'espace qui font de lui un joueur hors-norme, quel que soit le championnat. Guendouzi, lui, s'est mué en métronome offensif, distribuant le jeu avec cette assurance conquise depuis sa parenthèse à Marseille.
Le derby d'Istanbul, c'est bien plus qu'un résultat sportif. Entre Fenerbahçe et Beşiktaş, la rivalité dépasse les clivages géographiques du détroit pour toucher à des appartenances sociales, culturelles, presque identitaires. Ce dimanche, le Şükrü Saracoğlu — ou plutôt le Ülker Stadyumu selon sa dénomination commerciale — vibrait de cette intensité particulière que seuls les grands derbies savent générer, une intensité que les caméras restituent mal et que les acteurs eux-mêmes décrivent souvent comme une expérience à part.
Beşiktaş, loin d'être une équipe résignée, a rendu la tâche difficile pendant de longues minutes, s'appuyant sur un bloc compact et des transitions rapides pour mettre en difficulté une défense de Fenerbahçe qui n'a pas toujours paru souveraine. Le match s'est joué dans les détails, dans les duels, dans ces moments d'incertitude où le football décide seul de son vainqueur.
Mourinho, Istanbul et la mécanique d'un projet de reconquête
Que José Mourinho se retrouve sur le banc de Fenerbahçe en 2024-2025 restera l'une des images les plus inattendues de la décennie footballistique. Le Portugais, qui avait quitté l'AS Roma dans des circonstances tendues au printemps 2024, a choisi Istanbul comme terrain de renaissance — et le club lui a offert des moyens à la hauteur de son ambition affichée. Fenerbahçe a investi massivement lors des derniers mercatos, recrutant Kanté, Guendouzi, mais aussi l'ailier brésilien Edin Džeko dans les années précédentes et plusieurs profils expérimentés capables de tenir la pression d'un championnat aussi compétitif que la Süper Lig.
Car la Süper Lig, souvent regardée de haut par les ligues d'Europe occidentale, est en réalité un championnat d'une compétitivité réelle, porté par des stades pleins, une ferveur populaire inégalée et des clubs aux budgets désormais comparables à ceux de la milieu de tableau de Serie A ou de Bundesliga. Galatasaray, qui domine le paysage turc depuis plusieurs saisons avec deux titres consécutifs, a contraint ses rivaux à se réinventer. Fenerbahçe, meurtri par des années sans trophée majeur, a répondu par ce pari Mourinho — un pari sportif, certes, mais aussi médiatique et économique.
La victoire de ce dimanche s'inscrit dans ce contexte de reconquête. À la 28e journée, chaque point gagné dans un derby prend une valeur symbolique décuplée. L'écart au classement, infime ou conséquent selon les semaines, devient une obsession dans les médias turcs, où le football occupe une place qu'aucun autre sport ne dispute sérieusement.
Un titre en jeu, une fin de saison qui promet
La Süper Lig 2024-2025 entre dans sa phase décisive, et Fenerbahçe sait que chaque faux pas pourrait être fatal dans une course au titre où Galatasaray, champion en titre, n'a jamais vraiment lâché la pression. Avec 28 journées disputées et une dizaine à venir, la marge de manœuvre se réduit pour tout le monde — et c'est précisément dans ce genre de contexte que les derbies deviennent des matchs à six points, capables de faire basculer une saison entière dans un sens ou dans l'autre.
Pour Mourinho, l'enjeu dépasse la simple victoire dominicale. Un titre en Turquie serait, à ce stade de sa carrière, la preuve qu'il peut encore construire, pas seulement gérer. Kanté, de son côté, joue chaque match comme une réponse à ceux qui l'avaient enterré trop vite après ses blessures à répétition. Guendouzi, lui, cherche à s'imposer comme un leader dans un grand club — statut qui lui a parfois échappé à Arsenal ou à Marseille malgré des performances de haut niveau.
Cette victoire sur le fil contre Beşiktaş ne règle rien définitivement, mais elle dit quelque chose d'essentiel sur ce Fenerbahçe : une équipe capable de souffrir, de s'accrocher, et de trouver les ressources dans les derniers instants. C'est souvent la marque des équipes qui gagnent des titres. La suite dira si cette saison stambouliote est celle de la confirmation — ou simplement d'une belle promesse qui a failli.