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Football

De Zerbi à Tottenham : le pari tactique de la décennie

Par Rédaction SBM··5 min de lecture·Source: Footmercato

Roberto De Zerbi s'est engagé avec Tottenham, six semaines après son départ de l'OM. Un choix qui rebat les cartes en Premier League.

De Zerbi à Tottenham : le pari tactique de la décennie

Six semaines. C'est le temps qu'il aura fallu à Roberto De Zerbi pour passer des calanques de la Méditerranée aux brumes de North London. Après une aventure marseillaise aussi brillante sur le plan du jeu que turbulente en coulisses, l'Italien de 45 ans a dit oui à Tottenham Hotspur. Plusieurs médias transalpins confirment l'accord entre les deux parties. Le technicien bresciano retrouve la Premier League, lui qui avait transformé Brighton en laboratoire d'idées entre 2022 et 2024, terminant deux saisons consécutives dans le top 8 avec un club dont le budget se compte en dizaines de millions là où les cadors se permettent les milliards.

Pourquoi Tottenham a choisi De Zerbi plutôt qu'un profil plus conventionnel ?

Les Spurs sortent d'une période de chaos identitaire. Depuis le départ d'Ange Postecoglou — lui-même un choix iconoclaste à l'époque — le club de Daniel Levy cherchait un entraîneur capable de réconcilier deux exigences contradictoires : un jeu identifiable et des résultats immédiats. Mauricio Pochettino avait jadis apporté cette synthèse. Depuis, rien.

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De Zerbi incarne précisément ce profil. Son football est reconnaissable entre mille : pressing haut, construction depuis le gardien, transitions verticales, attaquants interchangeables. À Brighton, il avait transformé des joueurs ordinaires — Moisés Caicedo, Alexis Mac Allister, Kaoru Mitoma — en actifs cotés à plusieurs dizaines de millions. L'exercice du recrutement intelligent, Tottenham en a besoin comme d'un médicament après des années de dépenses désordonnées.

Il y a aussi une dimension psychologique. Levy est connu pour son attrait pour les profils disruptifs, les entraîneurs qui viennent avec un système plutôt qu'une simple réputation. Postecoglou correspondait à ce schéma. De Zerbi aussi. L'Australien avait failli, certes, mais l'idée directrice reste la même : Tottenham veut être un club de football, pas un club de noms sur un tableau blanc.

L'épisode marseillais doit-il inquiéter les supporters londoniens ?

La question mérite d'être posée sans détour. À l'OM, De Zerbi a produit des séquences de jeu extraordinaires — personne n'a oublié certaines soirées européennes au Vélodrome où son équipe a bousculé des adversaires autrement mieux dotés — mais il a aussi claqué la porte en janvier 2025, laissant le club dans une situation délicate en plein exercice. Les raisons avancées tournaient autour d'un désaccord profond avec la direction sportive sur la politique de recrutement.

Ce pattern n'est pas nouveau chez lui. À Sassuolo déjà, ses relations avec le board avaient connu des tensions. Le technicien est un idéaliste, au sens presque philosophique du terme : il a une vision, et il refuse de la sacrifier sur l'autel du pragmatisme comptable. Cette intransigeance peut être une force — elle lui a permis de construire des équipes cohérentes là où d'autres bricolent — mais elle suppose un alignement total avec la direction sportive.

C'est précisément là que le dossier devient intéressant. Tottenham a recruté Johan Lange comme directeur sportif l'été dernier, lui qui avait accompli un travail remarquable à l'Ajax et à Aston Villa. Si les deux hommes partagent une philosophie commune — ce qui reste à vérifier sur la durée — les conditions d'un mariage réussi semblent réunies. Si ce n'est pas le cas, l'histoire marseillaise pourrait se répéter plus vite qu'on ne le pense.

Quel projet sportif concret peut-on attendre à Londres ?

Tottenham dispose d'un effectif hétérogène, mélange de talents indéniables et de profils inadaptés à un football de pressing intense. Son Heung-min, capitaine vieillissant mais toujours capable d'éclairs, devra probablement évoluer dans son rôle. Dejan Kulusevski, lui, est exactement le type de joueur que De Zerbi adore : technique, polyvalent, capable de jouer entre les lignes. Dominic Solanke, recruté pour une cinquantaine de millions l'été dernier, devra prouver qu'il peut être le point d'appui d'un système exigeant physiquement.

La comparaison avec Brighton reste éclairante. Quand De Zerbi est arrivé sur la côte anglaise en septembre 2022 pour succéder à Graham Potter, il héritait d'une équipe bien structurée mais sans ambition européenne affichée. En deux saisons, Brighton a terminé 6e puis 11e, mais surtout a développé un style reconnu dans tout le continent. Le club a vendu pour plus de 200 millions d'euros de joueurs formés ou révélés sous sa direction — un modèle économique vertueux que Tottenham, avec ses infrastructures parmi les meilleures d'Europe, peut légitimement espérer reproduire à plus grande échelle.

Reste la question des objectifs. Tottenham n'a plus gagné de trophée depuis la Coupe de la Ligue anglaise en 2008. La Ligue des champions n'est plus qu'un souvenir de 2019. Le club stagne dans ce purgatoire inconfortable des équipes trop bien dotées pour échouer, trop mal organisées pour triompher. De Zerbi n'a jamais gagné de titre non plus — sa carrière d'entraîneur est une longue suite de belles épopées sans trophée au bout. Le parallèle avec Tottenham est presque troublant, comme si le club avait voulu recruter son double philosophique.

Peut-être que c'est justement là que tout se joue. Arrigo Sacchi n'avait rien gagné avant d'arriver au Milan AC. Marcello Lippi végétait en Serie B avant de construire la Juventus des années 1990. Les carrières des grands techniciens italiens ont souvent ce même arc narratif : une longue maturation dans l'ombre, puis une explosion de lumière quand les conditions sont enfin réunies. Roberto De Zerbi a 45 ans, un bagage tactique rare et une envie de prouver que Marseille n'était qu'une parenthèse. Tottenham, avec son nouveau stade, son directeur sportif ambitieux et une Premier League en pleine recomposition, pourrait bien être l'endroit où il écrit enfin le dernier chapitre qu'on attend de lui.

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