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Football

De Zerbi chez les Spurs, sept joueurs et une mission impossible

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Roberto De Zerbi a livré ses premières impressions sur l'effectif de Tottenham. Sept noms ressortent, mais la pression est déjà maximale.

De Zerbi chez les Spurs, sept joueurs et une mission impossible

Sept joueurs. C'est le nombre de Spurs qui ont, selon Roberto De Zerbi, allumé quelque chose lors de ses premières séances d'entraînement à Hotspur Way. Sept joueurs dans un effectif qui, cette saison, a déjà usé deux entraîneurs — Thomas Frank et Igor Tudor — sans trouver ni la stabilité ni l'identité que le club réclame depuis l'ère Mauricio Pochettino. L'Italien débarque donc en milieu de saison, dans l'une des situations les plus inconfortables du football européen, avec ce paradoxe propre à Tottenham : des ressources immenses, une ambition proclamée, et une incapacité chronique à transformer l'une en l'autre.

Que vaut vraiment cet effectif aux yeux d'un entraîneur de son calibre ?

La conférence de presse d'avant-match face à Sunderland en FA Cup a été, comme souvent avec De Zerbi, un exercice de franchise dosée. L'ancien coach de Brighton et de l'Olympique de Marseille n'est pas homme à distribuer des compliments en série pour acheter la paix. Quand il cite sept joueurs qui l'ont impressionné, ce n'est pas de la communication — c'est un diagnostic. Et ce diagnostic, par définition, dit aussi quelque chose sur les autres.

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Tottenham compte aujourd'hui un effectif pléthorique, gonflé par des années de recrutement sans fil conducteur. Plus de trente joueurs sous contrat professionnel, des profils qui se doublent, des hiérarchies floues. Heung-Min Son vieillit magnifiquement mais ne peut plus porter le club seul. Dominic Solanke, recruté à prix d'or l'été dernier en provenance de Bournemouth, peine à convaincre dans un système qui change tous les six mois. Dejan Kulusevski souffle le chaud et le froid. Brennan Johnson a montré des éclairs sans jamais s'installer durablement.

De Zerbi arrive avec une réputation bâtie sur la patience tactique et l'exigence du jeu positionnel. À Brighton, il a transformé des joueurs ordinaires en références continentales — Moisés Caicedo, Alexis Mac Allister, Kaoru Mitoma. À Marseille, le projet a tourné court, mais personne ne contestera sérieusement qu'il avait commencé à imprimer sa marque. La question n'est donc pas de savoir s'il peut coacher. La question est de savoir si Tottenham, dans son état actuel, est coachable.

Peut-il vraiment redresser la barre là où Frank et Tudor ont échoué ?

Thomas Frank, arrivé en janvier après son départ de Brentford, n'a pas survécu au printemps. Igor Tudor, recruté dans l'urgence pour stabiliser le navire, a duré encore moins longtemps. Deux entraîneurs compétents, deux échecs. Ce n'est pas un hasard, et De Zerbi le sait mieux que quiconque.

Ce qui a tué ses prédécesseurs, ce n'est pas l'incompétence — c'est l'incohérence structurelle du club. Tottenham n'a pas de projet sportif lisible depuis le départ de Pochettino en 2019. Les présidents se succèdent, les directeurs sportifs également, et l'actionnaire majoritaire, ENIC Group, a longtemps géré le club comme un actif financier plus que comme une institution footballistique. Le nouveau stade est une réussite architecturale et commerciale — 62 000 places, des revenus de matchday parmi les plus élevés d'Angleterre — mais l'infrastructure sportive est restée à la traîne.

De Zerbi, lui, a posé ses conditions avant de signer. Il a exigé des garanties sur le mercato de janvier, une parole donnée sur les recrues estivales, et surtout — c'est ce qui distingue les entraîneurs qui durent de ceux qui passent — un alignement clair entre sa vision du jeu et les intentions du club. Si ces garanties ont été tenues, il peut construire. Dans le cas contraire, il deviendra le troisième nom sur une liste qui s'allonge.

Ce match contre Sunderland en FA Cup arrive donc à un moment symbolique. Pas décisif au sens comptable — la Premier League reste le vrai juge — mais révélateur d'un état d'esprit. Les équipes en crise se réfugient souvent dans les coupes pour souffler. Les équipes qui se reconstruisent s'y appuient pour retrouver de la confiance.

Les sept joueurs cités sont-ils le noyau du futur projet ?

De Zerbi n'a pas livré une liste exhaustive avec commentaires détaillés — ce n'est pas son style. Mais les noms qui ont filtré dessinent une silhouette intéressante. On y retrouve des profils techniques, capables d'évoluer dans un système à haute pression et circulation rapide du ballon. C'est cohérent avec ce qu'il a toujours cherché : des joueurs qui pensent vite, qui acceptent d'être interchangeables dans les phases de transition.

Ce qui est frappant, c'est que plusieurs des joueurs cités ne sont pas ceux qu'on attendrait en tête de gondole dans un club de ce standing. Des profils moins médiatiques, plus laborieux, que les deux entraîneurs précédents n'avaient pas su valoriser. C'est précisément là que De Zerbi a toujours fait la différence : il ne transforme pas des stars en joueurs de système, il transforme des joueurs de système en stars.

La comparaison avec son passage à Brighton est inévitable. Quand il est arrivé sur la côte sud de l'Angleterre en 2022, personne ne misait sur les Seagulls pour finir sixièmes de Premier League et se qualifier en Ligue Europa Conference. Il l'a fait en dix-huit mois, avec un budget ridicule comparé à Tottenham. Le club londonien a dépensé plus de 400 millions d'euros en transferts sur les trois dernières années — autant dire que les ressources humaines existent, le problème est ailleurs.

Les sept joueurs impressionnants de De Zerbi ne sont pas une promesse. Ils sont un point de départ. Et dans le football, les points de départ ne valent que si la direction du voyage est claire et partagée. Tottenham a trop souvent changé de boussole en plein vol pour que l'optimisme soit de mise. Mais De Zerbi, lui, n'est pas homme à accepter une mission sans y croire — ou du moins, sans s'y donner entièrement. La suite dira si Tottenham méritait un entraîneur de sa trempe, ou si le club continuera d'user des talents comme d'autres usent des pneus.

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