Roberto De Zerbi a révélé avoir tenté de recruter Mathys Tel pour l'OM. Une confidence qui éclaire les ambitions du technicien italien désormais aux Spurs.
« Je le voulais à Marseille. » C'est en substance ce qu'a lâché Roberto De Zerbi lors de sa première conférence de presse en tant qu'entraîneur de Tottenham Hotspur, à deux jours d'un match de championnat contre Sunderland. Une sortie qui n'est pas passée inaperçue — et pour cause. L'Italien confirme ainsi ce que plusieurs sources avaient déjà laissé entendre : l'Olympique de Marseille avait bien tenté de s'attacher les services de Mathys Tel, l'attaquant formé au Rennes passé par le Bayern Munich, avant que le dossier ne tourne court. Faute de moyens ? Faute de temps ? La réalité est probablement plus complexe.
La confidence de De Zerbi, un aveu qui fait du bruit à Marseille
Quand un entraîneur parle d'un joueur qu'il n'a pas réussi à recruter, ce n'est jamais anodin. De Zerbi, qui a officiellement pris les rênes des Spurs cet été après son passage remarqué à Brighton, a choisi de s'exprimer librement sur le sujet. Selon nos informations, la piste Tel avait été sérieusement explorée du côté de la Commanderie durant les derniers mois du mandat de l'entraîneur à l'OM. Le profil du joueur — vif, polyvalent, capable d'évoluer sur les deux ailes comme en attaque de pointe — correspondait parfaitement aux exigences tactiques de De Zerbi, adepte d'un jeu vertical et collectif à haute intensité.
Mathys Tel, 19 ans au moment des discussions, était alors dans une situation délicate à Munich. Relégué au rang de remplaçant de luxe sous Vincent Kompany malgré des statistiques encourageantes — 13 buts toutes compétitions confondues lors de la saison 2023-2024 — le Français cherchait du temps de jeu. L'OM représentait une option séduisante sur le papier. Mais à en croire l'entourage du joueur, la question du projet sportif global, et notamment celle du niveau de compétition proposé, a pesé dans la balance.
Tottenham a finalement récupéré Tel en prêt avec option d'achat l'hiver dernier, avant de faire venir De Zerbi sur son banc quelques mois plus tard. Un enchaînement qui ressemble davantage à un plan qu'à une coïncidence.
Tel, De Zerbi et l'OM, un triangle qui dit tout sur le mercato européen
Pour comprendre l'épisode, il faut remettre l'OM dans son contexte de l'époque. Marseille, malgré l'ambition affichée par son président Pablo Longoria, évoluait avec des contraintes budgétaires réelles. Recruter un joueur appartenant au Bayern Munich, dont la valeur marchande dépassait déjà les 25 millions d'euros sur les principales plateformes d'estimation, relevait d'un exercice périlleux. Les discussions ont existé, plusieurs sources proches du club phocéen le confirment, mais elles n'ont jamais franchi le stade des négociations formelles.
Ce type de dossier illustre une réalité bien connue des directeurs sportifs français : l'OM se retrouve régulièrement en compétition directe avec des clubs disposant de masses salariales deux à trois fois supérieures. Quand Tottenham entre dans la danse — un club dont le budget de fonctionnement annuel dépasse les 400 millions d'euros — la partie est presque jouée d'avance. Ce n'est pas une question de séduction ou de projet, c'est simplement une question d'écart structurel.
De Zerbi, lui, avait visiblement déjà son idée sur Tel bien avant de poser ses valises en Angleterre. À Brighton, il avait démontré sa capacité à révéler des attaquants offensifs dans des systèmes sophistiqués — Evan Ferguson, Kaoru Mitoma, Solly March avaient tous progressé de manière significative sous sa direction. Tel, avec son explosivité et sa qualité balle au pied, s'inscrivait parfaitement dans cette philosophie. Le fait que les deux hommes se retrouvent finalement à Tottenham donne rétrospectivement une logique presque évidente à cette saga mercato.
Pour les Spurs, l'enjeu dépasse largement un match contre Sunderland
La conférence de presse de De Zerbi, convoquée à deux jours du déplacement à Sunderland en Championship — Tottenham disputant une partie de ses matchs de préparation institutionnels en dehors de la Premier League — a surtout servi de première mise en scène publique du nouveau projet londonien. L'entraîneur italien a fait le tour de ses effectifs, évoqué ses attentes, esquissé ses ambitions. Et c'est dans ce cadre qu'il a glissé cette mention sur Tel et Marseille, anecdotique en apparence, révélatrice en réalité.
Elle dit quelque chose sur sa méthode : De Zerbi pense joueur avant de penser système. Il avait un profil en tête, il a essayé de le recruter à Marseille, il n'a pas pu, et il l'a finalement retrouvé dans un contexte plus favorable. C'est du management de haut niveau, pas de la nostalgie.
Pour Tottenham, l'enjeu est ailleurs. Les Spurs sortent d'une saison 2023-2024 décevante, terminée à la cinquième place de Premier League, sans trophée, avec un effectif qui a changé quatre fois d'entraîneur en deux ans. L'arrivée de De Zerbi, négociée de longue date selon nos informations, est censée apporter une stabilité tactique et une identité de jeu que le club n'a plus vraiment eue depuis l'ère Mauricio Pochettino. Le recrutement de Tel s'inscrit dans cette logique de reconstruction.
Du côté de l'OM, la révélation de De Zerbi ne fait pas que rouvrir une plaie mercato. Elle pose une question plus large sur la capacité du club marseillais à retenir — ou à attirer — les entraîneurs et les joueurs qui correspondent à ses ambitions affichées. Roberto De Zerbi était libre cet été après son départ de Brighton. Il a choisi Londres plutôt que Marseille. Mathys Tel, lui, avait le choix et a opté pour la Premier League. Deux décisions individuelles qui, mises bout à bout, dessinent un constat que le board marseillais ne peut plus ignorer.
La saison qui s'ouvre va rapidement départager les projets. De Zerbi et Tel auront l'occasion de construire quelque chose de tangible à Tottenham. L'OM, de son côté, devra prouver qu'il peut exister dans la cour des grands sans forcément en avoir les moyens — et peut-être en trouvant son propre Mathys Tel, là où personne d'autre ne regarde encore.