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Feuillan/Canayer à la conquête de la présidence du Hand français

À l’approche des élections à la présidence de la Fédération Française de Handball, nous nous sommes entretenus avec Jean-Pierre Feuillan et Patrice Canayer.

Jean-Pierre Feuillan : “En préambule, je souhaite ouvrir notre échange par ma préoccupation principale. Au-delà de cette élection et des programmes de chaque candidat, je souhaite attirer votre attention sur l’impact de la pandémie du Covid-19. Cette crise change complètement la donne. C’est pour moi la priorité des priorités avant même d’engager quelque programme que ce soit. J’ai pris l’engagement avec les territoires de dégager les moyens nécessaires à la reprise de leurs activités sportives. Je mettrais avec mon équipe tout en œuvre pour que la fédération concentre totalement et prioritairement ses actions et ses ressources pour sortir nos clubs de cette crise et permettre à nos licenciés de vivre pleinement leur passion du handball. Je le dis souvent, sans club il n’y a pas de comités départementaux, de ligues régionales, de fédération.”

Pour quelles raisons avez-vous fait le choix de vous présenter à la présidence de la FFHB ?

JPF : “J’ai été joueur, entraîneur, dirigeant de club, dirigeant de la Ligue d’Aquitaine de handball ou vice-président de la FFHB. J’ai toujours été engagé, motivé, fier de défendre le handball français. Dans le contexte actuel complexe, je veux apporter un nouvel élan, faire bouger les lignes tout en fédérant et en valorisant les acteurs du handball français qui se battent quotidiennement dans tous les territoires pour faire de notre sport, le sport collectif préféré des Français. 

Plus que jamais, je crois en l’énergie de tous les acteurs du handball français. Notre programme est résolument orienté vers une approche des territoires avec le club au centre des échanges. Ces territoires seront au cœur du dispositif, avec nos ligues et nos comités. La fédération sera au service du développement et de la pratique. La fédération est là pour donner l’impulsion, le cap, la direction et les moyens à nos ligues, à nos comités, à nos clubs pour développer l’activité handball sur le territoire français.”

 

SBM : Monsieur Canayer, vous êtes entraîneur depuis 1994 du MHB, pourquoi vous lancer maintenant dans une élection à la présidence de la fédération et pourquoi dans la liste de Jean-Pierre Feuillan ? 

 

PC : “Je suis effectivement entraîneur et manager du club de Montpellier depuis 1994 mais j’ai eu une vie avant comme enseignant d’éducation physique et sportive, cadre technique à la fédération française de handball, président de la commission technique de la région parisienne. Cela fait maintenant 40 ans que je suis dans le handball de performance à différents postes. J’ai eu la chance de vivre et de participer à l’évolution de notre sport d’amateur à professionnel. Le handball français a eu de très belles réussites, c’est peut-être le sport qui sur les 30 dernières années s’est le plus développé et a connu les plus beaux succès. Mais depuis 5/6 ans, on s’est endormis. Je suis profondément déçu de l’évolution de la gouvernance de la FFHB, notamment de la direction technique nationale qui ne fait plus le travail qui me semble indispensable dans la quête de la performance. Passionné par mon sport, j’avais envie de m’engager. J’avais d’ailleurs envisagé au départ de monter ma propre liste. Après plusieurs échanges constructifs avec Jean-Pierre Feuillan, j’ai décidé de rejoindre sa liste. 

Il a pour lui l’expérience, avec 16 ans de vice-présidence, ponctué de très beaux succès. On lui doit l’arrivée de très nombreux partenaires autour des équipes de France. Le budget marketing est passé de 3 à 10 Millions d’euros en l’espace de quelques années. C’est quelqu’un qui peut incarner une forme de modernité. Je suis aussi convaincu par sa force de travail, sa volonté et sa capacité à opérer le changement. 

On est dans une époque “extraordinaire”, on a d’un côté une crise inédite qui impacte la société et le monde du sport et de l’autre un défi dans trois ans avec les Jeux Olympiques en France. On se doit d’être innovant, d’aller de l’avant et d’être audacieux.”

 

 SBM : Comment définiriez-vous l’apport de Mr Canayer dans votre liste ? 

 

JPF : “Pour constituer ma liste, je m’étais fixé 3 critères : la mixité, la compétence et la confiance. 

  • La mixité : dans notre liste on retrouve une parité presque totale avec 12 femmes parmi les 25 membres. Il y aura également une mixité dans l’âge avec des dirigeants jeunes et moins jeunes parce qu’il est important d’avoir des analyses de générations différentes pour enrichir notre projet.
  • La compétence : pour pouvoir gérer la FFHB, il faut de multiples compétences. Avec 30 M d’euros de budget et 62 salariés, on a besoin de compétences en matière juridique, financière, technique, de formation, de marketing… Je me suis attaché à chaque fois, à trouver chez les femmes et les hommes que j’ai sollicité, ces compétences de façon à pouvoir couvrir l’ensemble des domaines d’activités de la fédération. 
  • La confiance : elle est nécessaire pour que toutes ces femmes et ces hommes aient envie de travailler ensemble, de partager avec les mêmes objectifs. Elle est primordiale pour qu’une équipe joue collectif et puisse gagner. 

 

Depuis Pessac dans les années 80, nous avons toujours échangé avec Patrice sur notre vision du handball. Lorsque que j’ai partagé avec lui les grandes lignes de mon programme, de nombreux points nous ont rassemblé.  Patrice va apporter ses compétences dans le domaine de la performance (2 titres de champions d’Europe), de la communication, du marketing… Il s’inscrira dans un double projet, un projet professionnel et un projet de dirigeant bénévole. Pour finir, Patrice répond pleinement au troisième critère de la confiance.”

 

SBM : Monsieur Feuillan votre programme a été établi sur la base de 4 challenges principaux. Pouvez-vous nous les expliquer en quelques mots ? 

 

JPF : “Pour établir ces 4 challenges nous avons mis en place une vraie méthodologie de terrain avec 12 groupes de travail constitués de dirigeants de comités, de ligues, de clubs, d’entraîneurs, d’arbitres, de joueuses et de joueurs. Ces actions nous ont permis de bâtir notre programme autour de 4 axes pour apporter un nouvel élan au handball français :

 

  • Moderniser et décentraliser la gouvernance : il est indispensable  d’associer l’ensemble des acteurs du handball. Nous mettrons en place un mode de fonctionnement pour une gouvernance décloisonnée qui fédérera les instances fédérales et nationales et permettre une déclinaison de la politique fédérale dans les territoires. Nous créerons le forum des comités afin de valoriser les bonnes pratiques issues du territoire, un conseil national des territoires qui rassemblera toutes les ligues dont les ultramarines (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui) et un renforcement du conseil territorial. Nous valoriserons les bonnes pratiques des territoires et rassemblerons l’ensemble des acteurs (ligues, comités, clubs amateurs et professionnels, élus, salariés…). Il est important d’instaurer un accompagnement de proximité.

 

  • Accompagner le handball sur les territoires avec Paris 2024 en fil rouge : nous nous sommes fixés à l’horizon 2024 un objectif de 600 000 licenciés. La crise du Covid nous a fait perdre environ 10% de licenciés puisque les compétitions n’ont pas pu démarrer dans de bonnes conditions. Pour passer de 450 000 à 600 000, nous mettrons en place un plan de reprise de l’activité handball dès début 2021 ciblé sur les jeunes et principalement sur la catégorie des – de 12 ans. C’est dans cette catégorie que nous avons perdu le plus de licenciés. Le handball féminin sera aussi au cœur de ce challenge pour lui permettre de s’épanouir sur l’ensemble du territoire. Je confierais d’ailleurs la vice-présidence à Tatiana Vassine. Pour finir, nous nous engageons à relever le défi de l’emploi en favorisant l’insertion des jeunes par l’apprentissage avec le concours du CFA fédéral.

 

  • Développer l’économie des handballs et des handballs du futur : notre ambition sur ce challenge est de faire progresser les revenus du marketing et de la communication de 50% à l’horizon 2024 pour passer de 10 à 15 millions d’euros. Nous ferons également de la maison du handball un centre de profit et d’excellence. Nous développerons un plan national de digitalisation qui sera décliné jusqu’aux clubs pour faciliter la vie de nos dirigeants. Sur la scène internationale, nous serons représentés par des experts et des personnalités du handball. Jean Brihault, ancien président de la fédération européenne de handball, nous accompagnera dans cette démarche.

 

  • S’engager dans un handball éthique et responsable : nous lutterons contre toutes les discriminations et toutes les déviances. La fédération se portera systématiquement partie civile pour être aux côtés des victimes, les écouter et les accompagner. Nous engagerons également une démarche RSO partagée avec nos partenaires, avec des opérations de compensation carbone, des opérations de recyclage. Nous renforcerons l’engagement citoyen des structures handball dans l’accueil de jeunes volontaires en service civique et dans le cadre du service national universel.”

 

SBM : En cas de victoire, quels rôles allez-vous jouer dans la réalisation de ces challenges ? 

PC : “Je suis un entraîneur et je suis très respectueux de la hiérarchie dans une équipe. Le capitaine de l’équipe c’est Jean-Pierre Feuillan et donc moi je suis à sa disposition. Il a donné quelques pistes possibles de travail et il ne manque pas de chantiers. Mais il est important qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. Je m’engage auprès de Jean-Pierre Feuillan non pas de manière professionnelle, je m’engage en tant qu’élu et responsable bénévole. 

C’est important car lorsque j’émettais certaines critiques sur la fédération ou quand je discutais, certains le percevaient comme une volonté d’obtenir le poste d’entraîneur de l’Équipe de France, de DTN ou de Directeur général. Il est clair que je ne revendique aucun poste salarié. Je m’engage auprès de Jean-Pierre Feuillan pour diriger la fédération avec l’équipe et avoir un rôle très actif.”

 

Demain, nous poursuivrons cette interview en abordant les thèmes de la modernisation des clubs professionnels, des inquiétudes des clubs amateurs, de l’impact de la crise sanitaire, du handball féminin et des Équipes de France. 

Propos recueillis par Emma Deschamps, Matisse Leclercq et Léo Godefroy 

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