Une alliance qui redessine le paysage audiovisuel français
C'est officiel. À l'occasion de la publication de ses résultats financiers, Vivendi a confirmé ce que les rumeurs laissaient entrevoir depuis plusieurs semaines : Canal+ s'apprête à devenir le distributeur exclusif des chaînes BeIn Sports sur le territoire français. Un rapprochement aux implications considérables pour l'ensemble du secteur audiovisuel sportif, et qui pourrait même déboucher sur un rachat intégral du média qatari.
Canal+ : récupérer le terrain perdu
Pour comprendre les motivations de la chaîne cryptée, il faut revenir sur la dernière décennie. Canal+ a progressivement cédé les droits de diffusion de plusieurs compétitions majeures à ses concurrents, au premier rang desquels BeIn Sports. Football international, tennis, sports de combat : autant de contenus premium qui ont migré vers la plateforme qatarie, fragilisant l'attractivité de l'offre Canal auprès des abonnés.
En intégrant BeIn Sports à son bouquet, Canal+ reconstitue un catalogue de droits sportifs redoutable et se repositionne comme l'acteur incontournable du sport à la télévision en France. Pour les abonnés, la promesse est simple : accéder à l'ensemble des grandes compétitions via un seul et même opérateur.
Qatar : pourquoi faire un pas en arrière ?
La question qui intrigue davantage est celle des motivations qataries. Pourquoi les investisseurs du Golfe, qui ont massivement misé sur BeIn Sports pour asseoir leur influence médiatique en Europe, accepteraient-ils de céder la distribution de leur fleuron audiovisuel ? Les analystes évoquent plusieurs pistes sérieuses.
D'abord, la rentabilité. Malgré des droits sportifs onéreux et une offre de qualité, BeIn Sports peine à atteindre les seuils d'abonnés nécessaires pour rentabiliser ses investissements colossaux sur le marché français. S'adosser à la puissance commerciale et au réseau de distribution de Canal+ représente une solution pragmatique pour accélérer la croissance.
Ensuite, la guerre des droits devient de plus en plus coûteuse. En mutualisant les forces plutôt qu'en s'affrontant lors de chaque appel d'offres, les deux groupes limitent une surenchère qui profite finalement aux seules ligues et fédérations sportives.
Un rachat en perspective ?
Au-delà du simple accord de distribution, certains observateurs n'excluent pas un rachat complet de BeIn Sports par Vivendi. Une telle opération permettrait au groupe français de contrôler l'un des catalogues de droits sportifs les plus puissants du monde. Les négociations, si elles existent, restent pour l'heure confidentielles. Mais dans un secteur où les contenus exclusifs font la loi, cette hypothèse ne saurait être balayée d'un revers de main.
Une chose est certaine : cet accord rebat profondément les cartes du sport télévisé en France et annonce une nouvelle ère pour les droits audiovisuels sportifs.