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Équitation : le malaise de la médiatisation d'un sport trop peu visible

Par Rédaction SBM··3 min de lecture

Malgré l'exploit de Thibault Fournier à Pau, l'équitation reste ignorée des médias. Un débat qui divise la communauté équestre française.

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Il avait réalisé l'un des exploits les plus marquants de la saison en Concours Complet International. À tout juste 24 ans, Thibault Fournier remportait le prestigieux CCI 4 étoiles de Pau, lors de sa toute première participation à ce niveau de compétition. Une performance exceptionnelle, digne des plus grandes pages sportives. Pourtant, le lendemain matin, les lecteurs de L'Équipe cherchaient en vain un article digne de ce nom. Ils ne trouvèrent qu'un micro encart livrant laconiquement le classement, sans le moindre commentaire. La communauté équestre, elle, n'a pas tardé à exprimer sa colère.

Un sport de masse ignoré par les grands médias

Le paradoxe est saisissant. L'équitation est le troisième sport français en nombre de licenciés, derrière le football et le tennis. Des millions de pratiquants, des milliers de clubs répartis sur tout le territoire, et pourtant une visibilité médiatique qui reste désespérément confidentielle. Comment expliquer qu'un sport aussi ancré dans la culture sportive française puisse être à ce point relégué aux marges de la couverture médiatique nationale ? La frustration des passionnés est légitime, et le débat qu'elle relance mérite d'être posé avec sérieux et nuance.

Car il serait trop simple de pointer uniquement du doigt la presse sportive. Celle-ci traverse une crise structurelle profonde, contrainte de répondre à des impératifs économiques stricts. Les rédactions réduisent leurs effectifs, les colonnes se resserrent, et les arbitrages éditoriaux favorisent inévitablement les sports générateurs de clics et d'audience : football en tête, suivi du tennis, du rugby et du cyclisme. Dans ce contexte, l'équitation, malgré ses performances et ses champions, peine à trouver sa place.

La responsabilité partagée d'une discipline trop discrète

Pourtant, la question ne se résume pas à une simple bataille entre les cavaliers et les journalistes. La fédération française d'équitation elle-même doit interroger sa stratégie de communication. Comment valoriser ses champions auprès du grand public ? Comment rendre lisibles des disciplines aussi techniques que le dressage, le saut d'obstacles ou le concours complet pour un spectateur non initié ? Ces questions sont cruciales si l'équitation veut espérer conquérir de nouveaux espaces médiatiques.

L'exploit de Thibault Fournier à Pau illustre parfaitement ce défi. Un jeune prodige, une victoire historique, un récit sportif captivant : tous les ingrédients d'un beau sujet journalistique étaient réunis. Mais sans le relais des instances fédérales, sans une communication offensive auprès des rédactions, même la plus belle des performances risque de passer inaperçue. Les cavaliers le savent désormais : être champion ne suffit plus, il faut aussi savoir se raconter.

Vers une nouvelle ère pour l'équitation française ?

Le débat ouvert après le CCI de Pau pourrait bien marquer un tournant. Les réseaux sociaux ont permis à la communauté équestre de faire entendre sa voix avec une vigueur inédite, montrant que la passion est là, que le public existe, et qu'il attend une couverture à la hauteur de ses champions. Les médias traditionnels devront tôt ou tard en tenir compte.

En attendant, c'est peut-être sur le digital et les plateformes indépendantes que l'équitation trouvera d'abord son salut médiatique. Chaînes YouTube, comptes Instagram, médias spécialisés : ces nouveaux espaces offrent une liberté éditoriale que la presse généraliste ne peut plus se permettre. L'avenir de la visibilité équestre se joue peut-être là, loin des pages trop étroites des grands quotidiens sportifs.

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