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Comment l’unification de l’Allemagne a-t-elle détruit les clubs de football de la RDA ?

Le 9 Novembre 1989, le mur de Berlin chute entraînant avec lui la fin de l’Allemagne de l’Est. Malgré la chute de la frontière, les inégalités sociales économiques persistent encore et notamment dans le football. Seulement 2 clubs de l’ancienne RDA évoluent cette saison en Bundesliga, le rasenballsport Leipzig possédé par RedBull et l’Union Berlin fraîchement promu. Mais où sont passés les grands clubs de l’ex-RDA? Le Dynamo Berlin, 10 fois champion d’Oberliga, croule maintenant en 4ème division. Mais comment la chute du mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne a fait mal aux clubs de l’Allemagne de l’Est ?

L’économie sous la RDA :

Le 7 octobre 1949, la République Démocratique d’Allemagne est fondée par les communistes allemands avec le soutien de l’URSS. Et comme dans tout régime autoritaire, le sport est un moyen de montrer la puissance du régime à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Les dirigeants voient le football comme un outil pour démontrer la puissance du régime. L’état injecte beaucoup d’argent dans la création de clubs. L’exemple le plus parlant est celui du Dynamo Berlin financé par le pouvoir en place et protégé par la STASI, le ministère de la Sécurité d’État : le service de police politique, de renseignements, d’espionnage et de contre-espionnage de la RDA. L’Etat n’hésite pas à promouvoir le dopage et la corruption des arbitres. De plus, l’état injecte énormément dans la formation pour la sélection nationale, qui récoltera une médaille de bronze aux JO de 1972 et une médaille d’or à Montréal en 1976.

Dépendants de l’Etat à 100%, les clubs de RDA n’ont pas survécu à la chute du mur et à l’unification de l’Allemagne. En 1989, le mur de Berlin s’effondre et l’Allemagne s’unifie, c’est le début de la fin pour les clubs de l’ancienne RDA.

Tout d’abord, le changement brutal d’une économie planifiée communiste à une économie libérale provoque un déclin industriel en Allemagne ce qui aggrave les inégalités entre les régions. Le football ne fera pas exception. Non soutenu par l’Etat comme avant, les clubs chutent sans sponsors et ne sont pas du tout habitués à l’opération marketing. Les dirigeants sont laissés seuls et doivent apprendre à gérer un budget ce qu’ils ne savent pas faire.

Plusieurs clubs sont déjà proches du dépôt de bilan. L’incompétence de certains dirigeants se fait ressentir quand des sommes mirobolantes pour l’époque sont dépensées à tort et à travers. Hervé Bochud, ancien joueur du club de FC Carl Zeiss Jena triple vainqueur de l’Oberliga, raconte «Lorsqu’ils m’ont fait signer, les dirigeants avaient déclaré avoir construit un bon budget sur un match de Coupe d’Allemagne joué la saison précédente contre Dortmund. Mais dès le début du second tour, au printemps, les caisses étaient vides. Alors, ils ont voulu virer six joueurs en bricolant des motifs de licenciement. C’était honteux.» L’arrêt Bosman promulgué en 1995 ne va pas aider. En effet, les clubs de l’ex RDA vont voir leurs jeunes pousses partir pour l’Ouest ou dans un autre pays européen. Sans argent avec des dirigeants pas aux niveaux, et les talents partis dans des infrastructures plus modernes et adaptées, les clubs ne survivront pas.

Sur le plan sportif :

Dès l’unification de l’Oberliga et de la Bundesliga, seulement 2 clubs d’Allemagne de l’Est se retrouvent dans l’élite du championnat : Rostock et le Dynamo Dresden. Le reste des clubs sont répartis dans les divisions inférieures. Au départ, les supporters parlent d’une aberration, cependant la différence de niveau entre les deux parties de l’Allemagne va conforter les grandes instances dans ce choix. Car en 1992 Rostock sera relégué, suivi du Dynamo Dresden 4 ans plus tard. L’écart de niveau est beaucoup trop élevé et encore présent aujourd’hui. Sur le nombre total de joueurs de football professionnels en Allemagne, seul 6% proviennent de la partie Est. Lors de l’Euro 2016 seul un joueur a grandi en Allemagne de l’Est: Toni Kroos.

Une transition économique inadaptée, des différences économiques énormes, l’incompétence de certains dirigeants et un niveau sportif en deçà, feront que les clubs de l’ancienne RDA ne survivront pas à l’unification de l’Allemagne. La frontière physique n’est plus, mais la frontière sociale est encore bien présente, et le football ne fait exception.

Hanini Nathan

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