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Autres Rugby

J’ai mal à mon Rugby

Adrien Descrulhes, Louis Fajfrowski, Nicolas Chauvin, Nathan Soyeux.

Ces noms ne vous disent peut être rien mais ce sont 4 joueurs (amateurs et professionnels) qui nous ont quitté en 2018 dans la pratique de leur sport, le rugby.

Ce bilan est tragique et la famille Rugby endeuillée. 

Depuis quelques temps, de plus en plus d’articles sont publiés, pointant du doigt les différentes règles et ne cessent de remettre en question ce sport, son jeu et ses valeurs. 

Beaucoup disent « c’était mieux avant ». 

Ceux là n’y connaissent rien. 

Avant le rugby était sûrement plus dangereux qu’aujourd’hui. On pouvait y voir des « fourchettes » (écrasement des yeux avec 2 doigts), des coups de crampons dans la figure d’un joueur, des plaquages encore plus dangereux, et tout cela sans réelle sanction envers les joueurs mis a part un carton jaune, soit 10 min d’expulsion. Seulement, depuis que le Rugby est devenu professionnel, ce sport s’est structuré, les gabarits ont évolué, le jeu a progressé et le rugby s’est modifié. 

Le jeu, principalement critiqué, s’est organisé et différentes tactiques sont mises en place en fonction du cours du match. Parfois, le jeu oblige un affrontement total pour tenter de vaincre l’adversaire par la force. Aussi, le jeu obligera l’attaque à miser sur la vitesse et l’évitement. 

Mais, le rugby moderne, voyant ses joueurs de plus en plus grands et de plus en plus costauds s’oblige à combattre l’adversaire et à tenter de le vaincre par le défi physique. Ceci résume le rugby Français (chez les professionnels). Les impacts sont impressionnants, et ce n’est pas la tactique la plus efficace. Il suffit de voir les All Blacks jouer, mais aussi l’Irlande, ou lors de la dernière coupe du monde le Japon, votre spectacle sera assuré et le danger à l’encontre des joueurs, diminué. 

Ce magnifique sport, a changé, change, et changera toujours pour apporter le meilleur à nos joueurs, nos supporters mais surtout pour ne pas « l’éteindre ». 

Oui le Rugby est un sport de contact, violent, dans lequel on se rentre dedans pendant 80 min, cherchant à avancer tout en se faisant des passes en arrière, pour finalement… aplatir un simple ballon dans un en-but. Mais malheureusement, il l’a toujours été. 

Aussi, le Rugby ce sont des valeurs, les légendaires 3èmes mi-temps, les chansons plus ou moins « paillardes » que l’on apprend dès le plus jeune âge et que l’on est fier de chanter tous ensemble dans le bus, des soirées inoubliables, des bêtises, des voyages, des tournois, mais il reste avant tout des rencontres. 

Pour la plupart, le Rugby s’arrête a ce que l’on voit a la télé. Et les premiers à critiquer sont ceux qui aimaient le rugby d’antan, « lorsque le plaisir, la bonne ambiance et les supporters faisaient partie des matchs et avaient un vrai rôle pour l’équipe». Mais, le rugby s’est structuré et beaucoup pensent qu’il se meurt. 

Nous pouvons prendre exemple sur nos différents clubs et joueurs professionnels du TOP 14, l’un des meilleurs championnats au monde attirant les plus grandes stars mondiales, pour appuyer ces faits.

Cheslin Kolbe, jeune ailier sud africain du Stade Toulousain qui, malgré son mètre 72 pour 74 kg, crève les ecrans depuis maintenant 2 ans, ou encore Marc Andreu, ailier du stade rochelais au gabarit « d’un lutain » ( 1m70 pour 74kg), finaliste européen l’année dernière avec le racing metro et redoutable finisseur ou encore Arthur Retiere, Romain Ntamack, Thomas Ramos etc. Tous arrivent a se démarquer et faire la différence individuellement sur le terrain malgré leur physique et cela chaque dimanche. De plus, seule la région parisienne, vide ses stades au fil des années, malgré les différentes évolutions marketing et la réserve formatrice du rugby francais.

La Rochelle, Clermont, Bordeaux, Toulon, Toulouse et bien d’autres continuent à enregistrer des statistiques folles aux guichets. 

Enfin, nos Bleuets, qui cet été lors de la coupe du monde des jeunes, n’avaient pas sur le papier l’équipe la plus physique, mais qui pour autant ont réussi à vaincre les meilleures nations mondiales et être sacrés, pour la première fois de leur histoire, Champions du monde. 

Aussi, il ne faut pas pour autant avoir peur d’inscrire vos enfants au rugby. De nos jours, la Fédération Française de Rugby oblige les clubs et les entraîneurs de faire pratiquer aux plus jeunes le « touch rugby », rugby sans contact qui apporte l’évitement et la vitesse plutôt que le défi physique. 

Personnellement, cela fait maintenant 14 ans que j’ai le plaisir de jouer au rugby 3 fois par semaine avec un rendez vous dominical avec les « copains », pour partager les valeurs qu’il nous apporte, à savoir la convivialité, l’esprit d’équipe, le don de soi, le respect d’autrui, etc. Ce rugby m’a permis de grandir, de me forger mentalement et physiquement, mais m’a surtout apporté une nouvelle famille. Des personnes de tous âges que je côtoie fréquemment pendant mais aussi en dehors des heures d’entraînements et de matchs. J’ai grandi avec la plupart d’entre eux et le fait de vivre ensemble (le meilleur comme le pire), bravant le froid, les tempêtes, la neige, la dureté du terrain due à la chaleur, les combats, les retours en car et les fameuses 3ème mi-temps nous ont rapproché, nous ont fait grandir et nous ont façonné des souvenirs que chaque rugbyman a vécu et continue de vivre. 

Le rugby est un sport de contact qui évolue et continuera à évoluer. Nul doute que la fédération et les clubs sauront s’adapter aux nouveaux gabarits qui s’affrontent chaque week-end. Le Stade Toulousain, 4 fois Champions d’Europe et 19 fois Champions  de France, est connu pour sa formation mais surtout son jeu à la toulousaine surnommé, « jeu de main, jeu de Toulousain ». Il est l’exemple type du rugby d’évitement. Il montre à tous que chercher à être le plus fort physiquement n’est pas la solution pour vaincre mais qu’au contraire jouer debout et de manière rapide est plus attrayant pour les deux équipes mais aussi pour les supporters. Ramenons un jeu debout, un jeu de main, un jeu dans lequel les joueurs osent, prennent confiance en eux et ramenons le French Flair à la maison. Ce n’est que comme cela que le rugby redeviendra attractif, encore plus agréable à jouer, mais surtout à regarder. Le nombre de blessés diminuera par la même occasion car les impacts seront moins impressionnants et les défenseurs chercheront plus à faire tomber le porteur de balle, plutôt que de le vaincre physiquement.

Remplissons tous nos stades avec du beau jeu, de la vitesse, des ballons virevoltants … du spectacle quoi !

C’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas particulièrement changer toutes les règles.

Le Rugby se meurt seulement si l’on ne pointe du doigt que le côté négatif et le danger de ce sport. Mais aujourd’hui, chaque Rugbyman, lorsqu’il enfile les crampons ou entre sur un terrain, connaît les différents dangers qu’il risque de subir. Il sait qu’il peut se blesser. Mais finalement, chacun y retourne pour ce qu’il peut apporter, ce qu’il peut recevoir, mais surtout pour tout ce que le rugby lui a transmis et lui transmettra toute sa vie.

Arrêtons d’avoir peur du rugby.

Arrêtons de le critiquer et jouons, aidons le à se développer. Mais cela passera par le comportement de chacun d’entre nous sur un terrain.

Remercions le rugby pour ce qu’il nous apporte chaque jour et avançons tous ensemble.

 

Sincères condoléances de la part de toute la famille Sport Business Mag aux familles, amis et clubs des différents défunts.

L’année 2018 a été particulièrement endeuillée.

Que cette année 2019 et notamment la Coupe du Monde nous rassemble et nous fasse progresser face à l’adversité.

 

Sébastien LERAITRE

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