Le monde de l'athlétisme retient son souffle. Lamine Diack, ancien président de la Fédération Internationale d'Athlétisme (IAAF), a comparu ce lundi devant la justice française dans une affaire qui ébranle les fondements du sport mondial. Un procès hors norme, marqué dès ses premières heures par des irrégularités de procédure, qui promettent de compliquer davantage des débats déjà particulièrement complexes.
Un système de corruption organisé au plus haut niveau
Les faits reprochés à Lamine Diack sont d'une gravité exceptionnelle. Durant l'enquête préliminaire, l'ancien dirigeant sénégalais a reconnu avoir sciemment retardé des sanctions disciplinaires à l'encontre d'athlètes russes impliqués dans des affaires de dopage, et ce dès l'année 2011. En contrepartie de cette complaisance coupable, Moscou aurait versé la somme colossale d'1,5 million d'euros, destinée à financer une campagne d'influence lors des élections présidentielles au Sénégal. Un pacte cynique entre sport et politique, qui illustre la perméabilité dangereuse de ces deux sphères au plus haut niveau international.
Des Jeux Olympiques de Londres entachés à jamais
Les conséquences sportives de cette corruption sont considérables. Grâce à la protection accordée par Lamine Diack, plusieurs athlètes russes présentant des passeports biologiques hautement suspects ont pu fouler les pistes des Jeux Olympiques de Londres en 2012. Parmi eux, des noms qui avaient alors brillé sur la scène mondiale : Sergey Kirdyapkin, champion olympique du 50 km marche, Olga Kaniskina, sacrée sur 20 km marche, ou encore Yuliya Zaripova, victorieuse sur 3000 mètres steeple. Leurs médailles olympiques leur ont toutes été retirées a posteriori, laissant des podiums entachés et des victimes collatérales parmi les athlètes propres, injustement privés de leur reconnaissance.
Un procès sous tension, complexifié par des vices de forme
Si la culpabilité morale semble difficilement contestable au regard des aveux partiels déjà formulés, la procédure judiciaire s'annonce semée d'embûches. Des problèmes de procédure ont émergé dès l'ouverture du procès, soulevant des questions sur la recevabilité de certaines pièces du dossier et sur le respect scrupuleux des droits de la défense. Ces irrégularités pourraient ralentir significativement le cours de la justice, voire fragiliser certaines charges retenues contre l'accusé. La défense de Lamine Diack entend manifestement exploiter chaque faille procédurale pour contester un dossier pourtant accablant.
Au-delà du sort personnel de l'ancien dirigeant, c'est l'image entière de l'athlétisme mondial qui est jugée dans ce prétoire parisien. Une institution sportive fragilisée, qui peine encore aujourd'hui à restaurer la confiance des athlètes et du grand public, espère que ce procès marquera enfin un tournant vers davantage de transparence et d'intégrité dans la gouvernance sportive internationale.



