Qualifiés pour leur deuxième demi-finale consécutive de Ligue des Champions, les Gunners se retrouvent moqués en Angleterre pour la médiocrité de leur parcours.
Deux demi-finales de Ligue des Champions de suite. Sur le papier, c'est une performance que Manchester City n'a réalisée qu'au prix d'investissements colossaux, que Liverpool n'a pas renouvelée depuis plusieurs années, que Chelsea achète à coups de centaines de millions. Arsenal, lui, y est retourné. Et pourtant, l'Angleterre ricane. Voilà qui en dit long — sur le club, sur ses rivaux, et peut-être surtout sur les attentes démesurées qu'une certaine idée du grand Arsenal continue de générer.
Qualifiés, oui — mais comment
Le problème n'est pas la présence d'Arsenal parmi les quatre derniers clubs encore en lice dans la plus grande compétition européenne de clubs. Le problème, c'est le chemin. Les Gunners ont traversé leur quart de finale avec une application à ne pas convaincre, enchaînant les prestations laborieuses, tergiversant là où des équipes ambitieuses tranchent. La qualité de jeu proposée par l'équipe de Mikel Arteta a suscité plus de soupirs que d'enthousiasme, y compris dans les travées de l'Emirates Stadium.
En Premier League, les rivaux n'ont pas tardé à s'emparer du sujet. Les réseaux sociaux britanniques — baromètre impitoyable du sentiment footballistique populaire — ont tourné en dérision ce que certains commentateurs ont appelé une qualification « volée » ou « subie ». L'ironie est d'autant plus mordante qu'Arsenal avait terminé la phase de championnat européen avec des statistiques flatteuses, avant de sembler perdre tout son venin au moment décisif.
Ce décalage entre potentiel affiché et réalité produite est précisément ce qui alimente les moqueries. Arsenal génère 731 millions d'euros de revenus annuels selon les dernières données disponibles du classement Deloitte — un chiffre qui le place dans le top 10 mondial — et dispose d'un effectif construit pour dominer, pas pour survivre. Quand la survie devient le mode opératoire, les observateurs extérieurs en concluent, peut-être trop vite, à une insuffisance structurelle.
Une culture de la demi-finale qui pèse sur les épaules
L'histoire récente d'Arsenal avec les grandes scènes européennes est celle d'une ambition perpétuellement inachevée. Le club n'a plus disputé de finale de Ligue des Champions depuis 2006, quand Jens Lehmann avait été expulsé à Paris face au FC Barcelone de Ronaldinho et Samuel Eto'o. Dix-neuf ans. Une génération entière de supporters qui n'a jamais vu son club soulever le trophée aux grandes oreilles, qui n'a même jamais vu les Rouge et Blanc disputer le match qui compte.
La saison dernière, la demi-finale face au Bayern Munich avait déjà tourné court, avec une élimination frustrante mais assumée face à un adversaire supérieur. Cette année, le contexte est différent, le tirage potentiellement plus ouvert, et l'attente s'est reconstruite. C'est précisément pourquoi la manière interpelle autant. Les supporters qui avaient espéré une montée en puissance, un club qui apprendrait de ses expériences passées, peinent à percevoir la progression attendue dans les matchs à élimination directe.
Mikel Arteta, arrivé à Arsenal en décembre 2019, a considérablement transformé le club. Il a remis les Gunners dans le haut du tableau de Premier League, en a fait une équipe compétitive après des années de purgatoire post-Wenger. Mais le gap entre séduire en phase de poules et tuer un adversaire sur 180 minutes en Europe reste béant. C'est une limite que l'entraîneur basque n'a pas encore su franchir, et que ses détracteurs — nombreux dans la presse anglaise — agitent désormais comme un argument récurrent.
Ce que révèle cette qualification inconfortable
Au fond, les moqueries qui s'accumulent autour d'Arsenal disent quelque chose de plus profond sur l'état du football anglais et ses exigences internes. Dans un pays où la Premier League s'est imposée comme la compétition la plus regardée au monde — avec des droits TV atteignant 6,7 milliards de livres pour le cycle 2025-2028 — la réussite européenne reste le seul critère qui échappe encore à la domination économique anglaise. Manchester City a brisé ce plafond de verre en 2023. Les autres cherchent encore.
Arsenal, dans ce contexte, subit une double pression. Celle d'être comparé à la meilleure version de lui-même — l'invincible de 2003-2004, le club de Thierry Henry et Patrick Vieira — et celle d'être jugé à l'aune de ses concurrents directs qui, eux, ont récemment soulevé des trophées continentaux. Quand Chelsea et Manchester City ont conquis l'Europe, Arsenal était encore en train de reconstruire. Maintenant qu'il est reconstruit, on lui demande de conquérir. Et une demi-finale obtenue dans la douleur ne satisfait personne.
Il y a pourtant quelque chose d'injuste dans ce procès. Être parmi les quatre meilleurs clubs d'Europe — aux côtés du PSG, du Real Madrid, du FC Barcelone ou de quelque autre mastodonte selon les résultats — n'est pas anodin. Beaucoup de clubs rêveraient de cette « médiocrité »-là. La question qui se pose pour les prochaines semaines est celle de la capacité d'Arsenal à hausser son niveau au moment où le tournoi l'exige vraiment.
Si les Gunners réussissent à franchir ce dernier palier — la demi-finale, puis peut-être la finale — les moqueries d'aujourd'hui deviendront des anecdotes savoureuses que les supporters brandissent avec fierté. Si Arsenal bute encore à ce stade, alors les doutes sur la capacité de ce groupe à transformer l'essai en Europe deviendront structurels, et l'été risque d'être agité à l'Emirates Stadium. Arteta sait mieux que quiconque que dans le football européen de haut niveau, la manière peut attendre — les résultats, jamais.