Le sélectionneur espagnol Luis de la Fuente considère le Sénégal et le Maroc comme des outsiders majeurs pour le Mondial 2026. Un diagnostic qui tranche avec les hiérarchies habituelles.
Le sélectionneur Luis de la Fuente ne cache pas ses convictions : le Mondial 2026 qui se jouera aux États-Unis, au Canada et au Mexique verra l'émergence de candidats africains vraiment dangereux. Dans le podcast « El camino de Mario » animé par Mario Suárez, l'entraîneur de la Roja a placé nommément le Sénégal et le Maroc parmi les nations capables de bousculer l'ordre établi. Un pari audacieux venant d'un homme qui connaît l'anatomie du foot continental mieux que quiconque.
Pourquoi De la Fuente croit-il tant au potentiel africain ?
Luis de la Fuente n'est pas un analyste de comptoir. Depuis son arrivée à la tête de l'Espagne en novembre 2023, il a observé de près les meilleures sélections du continent. Le Maroc notamment ne sort pas de nulle part dans son calcul. Les Marocains ont atteint les demi-finales du Mondial 2022 au Qatar, un exploit qui reste gravé dans les annales africaines. Depuis, Walid Regragui a consolidé son emprise sur un groupe jeune, agressif, techniquement impressionnant. Le groupe marocain combine l'expérience des cadres et l'énergie d'une génération montante.
Quant au Sénégal, il incarne autre chose. Les Lions de la Téranga sortent d'une Can 2022 remportée en Égypte, une victoire qui a marqué les esprits. Aliou Cissé a bâti une ossature défensive solide, capable de rivaliser avec les meilleurs. Le football sénégalais repose sur des fondamentaux redoutables : intensité, athlétisme, pressing agressif. De la Fuente a du respect pour ces fondamentaux. Pour lui, en 2026, ces deux nations possèdent les ingrédients pour franchir les obstacles que peu leur donnaient de chance de surmonter il y a deux ou trois ans.
L'Espagne reste-t-elle la référence européenne face à ces ambitions africaines ?
De la Fuente ne classe pas son équipe en outsider, évidemment. La Roja demeure construite sur des bases anciennes et solides : la possession, la circulationdu ballon, la sérénité technique. Mais il sait que 2026 ce ne sera pas 2010 ou 2012. Les équipes africaines ont rattrapé un retard qui semblait infranchissable il y a une décennie. Le football a mondialisé ses talents, ses méthodes, ses finances. Un sélectionneur qui refuse de l'admettre prépare sa défaite.
L'Espagne de De la Fuente doit régner par la continuité et l'apprentissage. En qualifications, les hommes du coach de Huelva ont montré une régularité remarquable. Rodri, Pedri, Gavi, Lamine Yamal forment un cœur de Ligue 1 patiemment cultivé. Mais face aux Marocains ou aux Sénégalais, il faudra bien plus que la belle passe. Il faudra une intensité défensive, une vigilance tactique, une capacité à étouffer le jeu adverse. De la Fuente le sait. En le disant publiquement, il pose aussi les termes du débat : l'Afrique ne sera plus figurante.
Quel changement cela représente-t-il pour la hiérarchie mondiale du foot ?
Pendant longtemps, parler de favoris africains pour un Mondial relevait du vœu pieux. Les structures de sélection étaient fragiles, les ligues nationales moins compétitives, les migrations de talents concentrées ailleurs. Aujourd'hui, le tableau a bougé. Le Sénégal a produit en dix ans plus de joueurs de classe mondiale que jamais. Le Maroc dispose d'une filière d'académies rivale de celle de l'Europe de l'Ouest. Et surtout, les deux pays ont montré en compétition qu'ils ne tremblaient plus face aux pointures continentales.
En plaçant ces deux nations au rang de favorites, De la Fuente reconnaît une réalité que les puristes européens tardent à digérer. Le football global n'attend plus les rendez-vous mondiaux pour consacrer ses hiérarchies. Il les anticipe. Et en 2026, sur les terrains nord-américains, il y aura des sélections africaines venues non pour participer mais pour déranger les scénarios écrits à l'avance. C'est exactement ce que le patron de la Roja redoute et respecte.
Le Mondial 2026 s'annonce comme le tournant où l'Afrique ne sera plus une surprise mais une menace calculée. De la Fuente l'a compris avant les autres.