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Bellingham prend une part de Birmingham Phoenix

Par Antoine Moreau··5 min de lecture·Source: Footmercato

Jude Bellingham entre au capital du club de cricket Birmingham Phoenix. Un investissement qui dit beaucoup sur la nouvelle génération d'athlètes-entrepreneurs.

Bellingham prend une part de Birmingham Phoenix

Jude Bellingham n'a pas vingt et un ans depuis longtemps, et il pense déjà à construire un empire. L'international anglais du Real Madrid vient de franchir un cap que peu de footballeurs de sa génération ont osé : devenir actionnaire d'un club de cricket, le Birmingham Phoenix, franchise phare de la compétition The Hundred. Pas une simple opération de communication. Un vrai pari sur l'avenir du sport britannique — et sur le sien.

Pourquoi un footballeur du Real Madrid s'intéresse au cricket ?

La réponse est plus évidente qu'elle n'y paraît. Birmingham, c'est là où Bellingham a grandi, là où il a commencé à taper dans un ballon avec les jeunes du Birmingham City FC avant que Dortmund ne lui ouvre les portes de l'Europe. S'investir dans le Phoenix, c'est un acte d'identité autant qu'un acte financier. Il ne s'agit pas d'apposer son nom sur un maillot contre un chèque. Il s'agit de peser dans les décisions d'un club qui représente sa ville.

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The Hundred, c'est aussi un produit sportif en pleine ascension. Lancé par la England and Wales Cricket Board en 2021 après deux années de retard dues à la pandémie, ce format de cricket à cent balles par manche a attiré près de 500 000 spectateurs en 2023, avec une audience télévisée qui grimpe d'une saison à l'autre. Le Birmingham Phoenix évolue à Edgbaston, l'un des temples du cricket mondial. Ce n'est pas un ticket de loterie. C'est un actif qui se valorise.

Et puis, il y a le contexte. Bellingham regarde ce que font ses pairs. LeBron James au Liverpool FC, Serena Williams dans des dizaines de startups, Cristiano Ronaldo qui bâtit un conglomérat hôtelier. La frontière entre sportif et investisseur s'est définitivement effacée. La vraie question n'est plus « pourquoi » mais « jusqu'où ».

Cette prise de participation change-t-elle quelque chose Ă  sa saison difficile au Real ?

Sur le terrain, la situation est plus délicate. Bellingham traverse une saison 2024-2025 en demi-teinte sous les ordres de Carlo Ancelotti. Loin de l'électrochoc de sa première année madrilène — 23 buts en Liga, Ballon d'Or espoirs, couvertures partout — le milieu de terrain semble chercher ses marques dans un Real Madrid en reconstruction. Moins de liberté dans l'entrejeu, plus de responsabilités défensives, un rôle qui évolue. Les critiques commencent à se faire entendre, même feutrées.

Alors cette prise de participation au Phoenix tombe à un moment particulier. Certains y verront une distraction, une dispersion d'énergie. D'autres — et c'est probablement la lecture correcte — y verront la marque d'un joueur qui ne se définit pas uniquement par ses performances du week-end. Bellingham a toujours semblé plus mature que son âge. À Dortmund, il parlait déjà comme un capitaine à dix-sept ans. Au Real, il a assumé la pression sans flancher la première saison. Construire une identité au-delà du football, c'est aussi une façon de se protéger.

Il ne faut pas non plus surestimer l'impact psychologique d'un investissement sur des jambes. Les footballeurs qui réussissent dans les affaires ne sont pas ceux qui y pensent pendant un corner, ce sont ceux qui ont su s'entourer correctement. Et là, l'entourage de Bellingham — notamment son père Mark, qui l'accompagne depuis les débuts — a toujours été structuré, réfléchi, loin des paillettes habituelles.

Le sport anglais est-il en train de réinventer le modèle de propriété sportive ?

La vraie histoire ici dépasse Bellingham. Le Royaume-Uni est en train de vivre une mutation profonde de son rapport à la propriété des clubs. Après des années de domination des fonds américains et des oligarques, une nouvelle vague d'investisseurs émerge : des sportifs britanniques eux-mêmes, ancrés dans leurs communautés, porteurs d'une légitimité symbolique que les fonds souverains n'auront jamais.

The Hundred a été conçu dès le départ pour attirer ce type de capital. La structure de la compétition, propriété de la ECB mais avec des franchises ouvertes à des investisseurs privés depuis 2024, ressemble à ce que la NBA ou la NFL ont perfectionné aux États-Unis. Des franchises géographiques, des droits TV centralisés, une ligue fermée qui garantit la valorisation des parts. Pour Bellingham, entrer maintenant dans le Phoenix, c'est entrer avant que le marché ne soit saturé.

D'autres sportifs anglais ont compris ce virage. Ben Stokes, capitaine de l'équipe d'Angleterre de cricket, est lui-même très investi dans la promotion du format. Des acteurs, des musiciens, des athlètes — le Phoenix construit une communauté de propriétaires qui va bien au-delà du cricket traditionnel. Bellingham apporte au club une visibilité mondiale immédiate, une audience de plusieurs dizaines de millions d'abonnés sur les réseaux, et un nom qui résonne bien au-delà des frontières britanniques. En échange, il reçoit des parts dans une franchise promise à une belle valorisation si The Hundred continue sa trajectoire.

C'est du sport business à l'état pur. Pas du philanthropie. Pas du mécénat. Un échange de valeur entre deux marques qui ont intérêt à grandir ensemble.

Reste à savoir jusqu'où Bellingham va pousser cette logique d'investisseur. Birmingham Phoenix aujourd'hui, quoi demain ? Un club de football, une franchise de basket, une académie dans les Midlands ? À vingt et un ans, avec le salaire du Real Madrid et une image mondiale déjà construite, le terrain de jeu est immense. La vraie performance de Bellingham dans les prochaines années ne se lira peut-être pas que dans les statistiques d'Opta — mais aussi dans un portefeuille d'actifs sportifs qui pourrait bien faire date.

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