Un 0-0 terne face au Sporting CP suffit aux Gunners pour rallier le dernier carré de la Ligue des Champions. La qualification est là, le jeu, lui, est aux abonnés absents.
Zéro but. Zéro frisson. Et pourtant, Arsenal est en demi-finale de la Ligue des Champions. Devant leur public de l'Emirates Stadium, les Gunners ont signé l'un des matchs les plus ternes de leur campagne européenne, concédant un 0-0 stérile face au Sporting CP qui ne restera dans aucune mémoire. Mais au final, ce qui compte, c'est le résultat — et Mikel Arteta peut inscrire son nom parmi les entraîneurs qui auront conduit Arsenal dans le dernier carré de la compétition reine. Une première depuis 2009. Seize ans d'attente soldés par une qualification arrachée les dents serrées.
Une qualification sans étincelle, mais une promesse tenue
Le Sporting CP n'est pas venu à Londres en victime consentante. Les Portugais ont eu leurs occasions, ils ont existé, ils ont même fait douter. Pendant de longues séquences, c'est la formation de Rúben Amorim — désormais à Manchester United, mais dont l'héritage tactique continue de structurer le jeu lisboète — qui a semblé la plus dangereuse. Arsenal, lui, a subi. Les Gunners n'ont cadré que trois frappes sur l'ensemble du match retour, un chiffre qui dit tout sur la disette offensive du soir.
Mais voilà le paradoxe de cette qualification : Arsenal avait fait le travail à Lisbonne. L'avantage acquis lors du match aller a agi comme une armure. Mikel Arteta a géré. Il a protégé. Il a parfois semblé même accepter le nul avec une certaine sérénité, sachant pertinemment que le moindre but encaissé n'aurait pas été fatal. Ce pragmatisme assume est à double tranchant — il rassure à court terme, il interroge à long terme.
Car les lacunes affichées ne datent pas d'hier. Arsenal traverse une période de turbulences dans le jeu, notamment dans le secteur offensif. Kai Havertz, titulaire dans l'axe, a encore peint une soirée blanche. L'Allemand, arrivé avec des promesses plein les crampons, peine à peser dans les grands rendez-vous européens. Leandro Trossard, Bukayo Saka — qui a pourtant tenté de créer l'étincelle —, rien n'y a fait. Le collectif a tourné à vide.
- 16 ans sans demi-finale de Ligue des Champions pour Arsenal (dernière en 2009 contre Manchester United)
- 3 frappes cadrées seulement pour les Gunners lors du match retour face au Sporting CP
- 1 seul but marqué sur l'ensemble du double confrontation face aux Portugais
- 0 victoire en 4 derniers matchs toutes compétitions confondues avant cette qualification
Le Sporting, lui, peut avoir des regrets. Victoraldo Gyökeres, leur machine à buts, n'a jamais vraiment été dans le match. David Raya, le portier espagnol d'Arsenal prêté par Brentford puis définitivement recruté, a réalisé quelques interventions décisives pour préserver ce précieux zéro. Sans lui, le scénario aurait pu basculer. Sa solidité dans les moments de pression a été l'une des rares certitudes de la soirée pour les supporters nord-londoniens.
Le dernier carré attend, mais peut-il vraiment viser plus haut ?
Arsenal est en demi-finale. La phrase mérite d'être savourée dans les travées de l'Emirates, où une génération entière de supporters n'avait jamais connu pareille affiche en C1. Mais la question qui brûle désormais toutes les lèvres n'est pas tant d'y être — c'est d'y faire quoi.
Le tableau des demi-finales se dessine progressivement, et les adversaires potentiels ont de quoi faire réfléchir. Le Real Madrid, le Paris Saint-Germain, le Bayern Munich, le FC Barcelone — les mastodontes de la compétition rôdent encore. Face à l'un d'eux, Arsenal dans cet état de forme ne partirait pas favori. Loin de là. Arteta le sait. Ses joueurs aussi.
Pourtant, il serait réducteur d'enterrer les Gunners trop vite. Ce groupe a une capacité à se transcender dans l'adversité. On l'a vu lors de matches de Premier League où, dos au mur, Arsenal a su retrouver de l'intensité et de la verticalité. Bukayo Saka, quand il est dans son meilleur jour, est l'un des ailiers les plus dévastateurs d'Europe. Martin Ødegaard, lorsqu'il est en forme, distribue le jeu avec une classe rare. Le problème, c'est que ces deux-là n'ont pas été à leur meilleur niveau au cours des dernières semaines.
La blessure de long terme de certains cadres a pesé. Le calendrier infernal — Arsenal jongle entre la lutte pour le titre en Premier League et cette épopée européenne — a laissé des traces physiques et mentales. Mikel Arteta se retrouve dans la position inconfortable du gestionnaire, contraint de rationner ses efforts et de naviguer à vue entre deux fronts majeurs.
Reste une vérité arithmétique, et elle est implacable : à ce stade de la compétition, les équipes en demi-finale de la Ligue des Champions n'y sont pas par hasard. Arsenal a éliminé le PSV Eindhoven en huitièmes, puis le Sporting CP en quarts. Deux clubs qui ne sont pas des figurants. Le parcours est là, même si la manière laisse à désirer.
La suite ? Elle se jouera en avril et mai, dans un Emirates Stadium qui devra pousser plus fort, plus haut, plus longtemps. Les Gunners ont rendez-vous avec leur propre histoire. Après seize ans d'errance en Ligue des Champions, une place en finale à Munich — ou à Wembley, si l'on ose rêver — représenterait une révolution symbolique pour ce club. Arteta a construit quelque chose de solide ces trois dernières années. La question n'est plus de savoir si Arsenal peut atteindre les sommets. Elle est de savoir si ce groupe, dans cet état, est prêt à franchir ce dernier palier. La réponse viendra bientôt.