Après une décennie et demie de tournage, la docu-série consacrée à Hatem Ben Arfa voit enfin le jour. Le réalisateur Bruno Sevaistre confirme que le projet est bouclé.
Quinze ans. C'est le temps qu'il a fallu au réalisateur Bruno Sevaistre pour boucler sa docu-série sur Hatem Ben Arfa. Un délai qui témoigne moins de la mollesse du projet que de l'ampleur de la matière à couvrir : une carrière de haute voltige, ponctuée de sommets et de chutes vertigineuses, de blessures qui ont rongé le talent et d'une trajectoire devenue elle-même un objet d'étude sur ce que signifie être prodige en France.
Confirmer enfin que le film est achevé, c'est ce que Bruno Sevaistre vient de faire auprès du podcast Aliotalk. Une annonce simple, presque sobre, mais qui libère une attente qui s'était lentement cristallisée. Des amateurs de football français aux cinéphiles curieux de voir un athlète en vrai, au-delà des images d'archive et des commentaires de match. Le prodige de l'ASSE puis de l'OL, celui qui a compté 34 sélections en bleu et qui aurait pu conquérir l'Europe, revient sous une autre forme : celle du temps long, du regard posé, du documentaire comme méditation sur un destin.
Un personnage trop riche pour un seul film
Si cette docu-série a demandé plus d'une décennie de captation, c'est qu'il ne s'agissait pas simplement de raconter les grands moments. Hatem Ben Arfa n'est pas juste un cas de football français. Il incarne quelque chose de plus vaste : la gestion d'une jeunesse prodigieuse, les blessures qui cassent, la perte de confiance, la rédemption tardive qui ne suffit jamais vraiment à effacer ce qu'on aurait pu être.
Entre son arrivée à Saint-Étienne où il devient rapidement titulaire en Ligue 1, ses débuts à l'Olympique Lyonnais auréolés de succès, et son passage en Italie à l'Udinese, Sevaistre avait des étapes naturelles. Mais aussi une grève de reconnaissance : Ben Arfa a joué en Angleterre, à Newcastle où il a marqué 10 buts en 50 matchs, en Allemagne à Hambourg où il a disputé 30 rencontres, en Italie, en Espagne. L'accumuler sans le surcharger, montrer le début des blessures musculaires qui le hanteront, capturer l'athlète au moment où le doute commence à ronger, exigeait de la patience.
Le long format offrait à Sevaistre quelque chose qu'aucune narration traditionnelle ne permettait : le droit de respirer avec son sujet, de revenir aux moments pivots, de laisser Ben Arfa lui-même expliquer ses choix, ses frustrations et ses acceptations progressives. Douze ans au FC Nantes après 2016, c'est un chapitre qui méritait à lui seul une profondeur documentaire. Les retours en sélection nationale à 30 ans, les matchs internationaux qui rappelaient qu'il restait un élément utile à la France.
La matière était telle que le format série s'imposait de lui-même. Plusieurs épisodes permettent de ne pas écraser les nuances : celui qui grandit trop vite à Saint-Étienne, celui qui brille à Lyon, celui qui se brûle les ailes à l'étranger, celui qui réapprend à vivre en France, loin des projecteurs, mais auprès de lui-même.
Quand la caméra devient archiviste du football français
L'intérêt de cette docu-série dépasse la simple chronique biographique. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large : le documentaire sportif français regagne en crédibilité et en ambition artistique. Entre The Last Dance sur Michael Jordan, Senna de Fernando Mereilles et les documentaires L'Équipe, le format s'est affirmé comme l'outil idéal pour explorer la complexité d'une carrière.
Pour Hatem Ben Arfa spécifiquement, il y a urgence à documenter. Les générations qui l'ont vu émerger à l'ASSE vers 2005-2006 ne le découvriront pas autrement que par cette captation. Les enfants nés en 2010 ne verront pas ses débuts à Newcastle qu'à travers l'archive. Le film devient garant de mémoire, de ce que les images YouTube seules ne racontent pas. Ses propres paroles, son regard rétroactif, les témoignages de ceux qui l'ont côtoyé — entraîneurs, coéquipiers, médecins.
Bruno Sevaistre a attendu que Ben Arfa atteigne 37 ans pour finaliser. L'homme a achevé sa carrière de joueur en 2023. Il a eu le temps de penser, de reconsidérer les choix des jeunes années, de constater que les blessures ne se rattrapent jamais vraiment mais qu'on peut vivre après. Cette temporalité change tout. Une telle série réalisée dix ans plus tôt aurait livré un athlète encore en lutte. Maintenant, c'est un homme en apaisement relatif qui s'exprime.
- 15 ans de tournage avant livraison finale
- 34 sélections en équipe de France pour Ben Arfa
- 10 buts en 50 matchs à Newcastle United en Premier League
- 12 saisons au FC Nantes entre 2016 et 2023, principal club de sa fin de carrière
Reste à savoir où cette docu-série sera diffusée. Les plateformes de streaming français, une chaîne de télévision, le circuit festival documentaire ? Bruno Sevaistre n'a pas livré cette information lors de son passage sur Aliotalk. Mais l'annonce elle-même suffit à relancer le sujet Ben Arfa dans le débat public. Un joueur qui n'a jamais vraiment quitté la conversation française sur le talent gaspillé, mais qui reparaît maintenant avec la profondeur du temps. Le documentaire ne lui rendra pas ce qu'il aurait pu devenir. Mais il lui accordera enfin la lecture qu'il mérite : celle d'une trajectoire finie, comprise, et donc apaisée.