Étrillée 4-1 par l'OGC Nice aux barrages, l'ASSE vit son deuxième exil d'affilée. Un club mythique confronté à l'impensable.
Il y a des défaites qui sonnent comme des fins de cycle. Celle-ci ressemble à une chute libre. Quatre buts encaissés sur la pelouse du Stade de l'Allianz Riviera, c'est plus qu'une élimination : c'est un diagnostic sans appel sur l'état de délabrement d'une institution du football français. Saint-Etienne, qui a remporté dix Ligue 1 entre 1957 et 1986, va passer sa deuxième saison consécutive en deuxième division. L'ASSE, ce symbole du ballon français, celle qui formait les générations de talents, celle qui peuplait les terrains de Geoffroy-Guichard de cent mille âmes, goûte désormais à l'amertume d'une relégation devenue ordinaire.
Nice écrase les espoirs des Verts en barrage
Le scénario semblait pourtant écrit pour une autre histoire. Saint-Etienne avait terminé troisième de Ligue 2, à deux points seulement du deuxième, ce qui aurait dû garantir une belle dynamique avant ces barrages. Mais ce qui s'est déroulé entre Saint-Etienne et l'OGC Nice n'avait rien d'un match à enjeu ; c'était une démonstration d'impuissance. Avec ce 4-1 au retour, après un 1-0 des Verts à domicile au match aller, les Aiglons ont pulvérisé tous les espoirs d'une résurrection immédiate.
Trois semaines plus tôt, il n'y avait pourtant pas un gouffre technique entre ces deux équipes. Nice, moribonde en Ligue 1, avait fini dans les profondeurs du classement, à des années lumière de l'Europe. Mais aux barrages, il existe une loi tacite : celui qui veut revenir paie le prix fort. L'OGC Nice a marqué quatre fois, ce qui est rarement le fait du hasard, et la défense stéphanoise s'est littéralement effondrée dès qu'une pression sérieuse s'est exercée. Les garçons de l'entraîneur de Saint-Etienne n'ont pas montré cette solidarité guerrière qu'on attend des relégables.
Le vestiaire de Geoffroy-Guichard, cet antre sacré du football français, doit être un cimetière en ce moment. Pas seulement parce qu'on perd un barrage. Mais parce qu'on perd avec cette nudité, cette absence d'orgueil face à l'adversaire. Les murs de ce stade qui ont vu jouer Platini, Rocheteau, Thern et Boli gardent le silence des rues après une catastrophe.
Un club qui s'enfonce, pas un naufrage accidentel
Remontez trois saisons en arrière. Saint-Etienne jouait encore en Ligue 1, pas tout en haut mais dans la course. Puis les contours de la chute commencent à devenir visibles. Une relégation l'année dernière avait déjà surpris beaucoup d'observateurs, mais pouvait passer pour une malchance conjoncturelle, une série sans fin, un entraîneur qui ne convenait pas. Ce qui se passe cette année revêt un caractère plus structurel. Un club ne descend pas en deuxième division, puis échoue aux barrages de deuxième division, sans que quelque chose de profond ne soit cassé.
L'historique de l'ASSE sur les trois dernières années raconte une histoire d'érosion : des joueurs expérimentés qui partent, des jeunes talents qui ne percent pas ou qui quittent le navire, des investissements en entraîneurs qui n'ont pas fonctionné, une fanbase en proie au doute. Le club a longtemps vécu sur son passé glorieux, mais le passé glorieux ne marque pas de buts en Ligue 2.
Ce qui frappe dans cet échec, c'est qu'il n'y a pas eu d'épopée brisée dans les derniers instants. Pas de pénalty en 95ème minute, pas de rouge polémique, pas l'histoire romanesque d'une remontée qui échoue près du but. Non. Saint-Etienne s'est simplement fait balayer, comme une équipe sans ressort face à un adversaire supérieur. Cela dit quelque chose de plus grave sur l'état du projet sportif.
L'horizon s'assombrit pour les Verts
Où va Saint-Etienne maintenant ? Ce n'est pas une question rhétorique. C'est la question qui obsède chaque responsable du club. Une troisième saison consécutive en Ligue 2 serait non pas une simple malchance, mais une confirmation. Les clubs comme Saint-Etienne ne peuvent pas passer quatre ou cinq ans loin de l'élite sans que cela n'entraine des dégâts irréparables : les contrats deviennent plus durs à négocier, les investisseurs s'éloignent, les staffs expérimentés vont ailleurs.
L'économie du football moderne ne pardonne pas ces spirales. Regardez ce qui s'est passé avec Bordeaux : un club historique qui a dégringolé, finissant même en National. Aucun de ces cas n'est identique, mais ils partagent la même mécanique : l'absence de réaction collective face à la chute crée une atmosphère de fatalité.
Pour Saint-Etienne, la route est étroite. Il faudrait une refonte radicale : trouver un entraîneur charismatique capable de redresser l'estime de soi collectif, faire des choix de marché intelligents en Ligue 2, et surtout recréer une culture du dépassement. Geoffroy-Guichard peut encore faire peur à une équipe. C'est là qu'on verra si ce stade et ce public gardent encore du pouvoir, ou s'ils sont devenus des reliques d'une grandeur envolée.
La chute de Saint-Etienne n'est pas une simple histoire de sport. C'est une alerte sur ce qu'il advient quand un monument perd de vue ses fondations. Nice, ce soir-là, n'a été que le messager.