Le Mans FC renforce son aile droite avec le retour de Billal Brahimi après une aventure brésilienne. Patrick Videira se dote d'une arme offensive pour aborder l'élite.
Quand un club accède à l'élite, il doit rapidement se transformer en alchimiste. Au Mans FC, Patrick Videira comprend l'équation : il faut des équilibristes sur les flancs, des joueurs capables de survivre à la vitesse de la Ligue 1 tout en conservant cette intelligence tactique acquise ailleurs. Le retour de Billal Brahimi, 26 ans, en provenance de Santos, correspond exactement à cette philosophie. C'est un pari calculé, pas une restauration nostalgique.
Pourquoi ramener un ancien quand on monte ?
Brahimi n'est pas un fantôme du passé revenant hanter les terrains du stade Mmm de Coulaines. C'est un ailier qui a connu des cycles différents : formé au Mans, il s'en est échappé, a roulé sa bosse en Ligue 2, puis en France du côté de Nîmes et Angers où il a côtoyé l'élite sans jamais y dominer vraiment. Puis le Brésil. Santos, c'est une école différente. Le championnat pauliste forge les caractères, enseigne une rigueur défensive que le football français ne dispense pas toujours aux ailiers. À 26 ans, Brahimi revient non comme un débutant prometteur mais comme un homme qui a appris à ses dépens que le talent seul ne suffit pas.
Patrick Videira, lui, ne fait pas du sentimentalisme. Le coach portugais connaît précisément ce qu'il cherche sur l'aile droite : de la percussion, mais aussi du positionnement. Durant son passage en Ligue 2 à Nantes et Amiens, Videira a toujours privilégié les extremos capables de marquer des territoires et pas seulement de dribbler. Brahimi, après dix-huit mois en Amérique du Sud, offre une autre dimension que les jeunes joueurs formés à la française. Il a le dribble, certes, mais il a aussi acquis ce timing défensif, cette capacité à basculer dans le cœur du jeu sans se perdre.
Comment le Mans construit-il son rêve d'élite ?
Le club manceau n'a pas attendu le mercato pour bouger. Depuis l'annonce de la promotion, la direction travaille sur un modèle d'évolution progressive. Recruter des joueurs d'expérience qui ne sont pas des ultra-célébrités résume la stratégie : des hommes qui ont connu Ligue 1, qui ont au moins 500 minutes d'élite au compteur, mais qui n'exigent pas des salaires de stars. Brahimi rentre dans ce profil. Il a joué 14 matchs de Ligue 1 avec Angers en 2022-2023. Ce n'est pas rien. Ce n'est pas tout non plus. Mais c'est suffisant pour un club qui monte et doit apprendre l'étiquette de l'élite.
Le Mans n'a pas l'argent d'un Lens ou d'un Toulouse. Le Mans doit fonctionner autrement, en valorisant la continuité, la stabilité, l'intelligence collective. Patrick Videira incarne cette philosophie. Durant ses années en Ligue 2, le Portugais n'a jamais fait sensation, mais ses équipes finissaient toujours par fonctionner comme des horloges suisses. Le football n'est pas un mélodrame hollywoodien. C'est un ensemble de mécaniques. Brahimi, s'il retrouve son niveau brésilien, peut être l'une de ces rouages essentiels sur l'aile.
Peut-on vraiment réussir après une parenthèse brésilienne ?
L'histoire du football français regorge de ces retours. Certains deviennent des fables heureuses, d'autres des cautionnaires silencieux. Brahimi n'est pas Franck Ribéry revenant auréolé de Milan. Il n'est pas non plus un Youri Tielemans qui refusait Lens. C'est un ailier de milieu de tableau qui a choisi de revenir au Mans, son ancienne maison, après une parenthèse exotique. Cela suppose une certaine humilité, voire une certaine faim retrouvée.
Le risque existe, évidemment. Dix-huit mois au Brésil, c'est long. Les jambes peuvent perdre de leur vivacité, l'agressivité peut s'émousser. Mais la jeunesse de Brahimi joue en sa faveur. À 26 ans, il n'entre pas dans une retraite dorée ; il entre dans une deuxième chance. Avec un coach qui sait construire des équipes humbles et solides, avec un championnat qui demande plus de robustesse qu'à Série A, les conditions pourraient être réunies. Les Manceaux ont une histoire de résilience : ils reviennent après chaque chute. Brahimi aurait tort de penser différemment.
La Ligue 1 attend le Mans comme elle attend tous les promus : avec curiosité mêlée d'indifférence. Les projecteurs sont braqués sur les éternels favoris. Le Mans devra écrire sa propre histoire, pierre par pierre, match après match. Billal Brahimi, ailier revenu du Brésil, pourrait bien être l'une de ces pierres invisibles mais indispensables. Pas le héros, mais le complice.