Seize ans après sa dernière apparition, le Paraguay a sombré face aux États-Unis (4-1). Son sélectionneur reconnaît l'ampleur du désastre et une préparation insuffisante.
Le Paraguay pensait revenir. Après seize années d'absence des Coupes du monde, l'Albirroja imaginait renouer avec ses traditions de compétiteur sudaméricain, celui qui avait atteint les demi-finales en 2010. La réalité s'est avérée bien plus brutale : une débâcle 4-1 contre les États-Unis, une défaite qui ne souffre aucune interprétation charitable et qui projette déjà la formation paraguayenne vers les profondeurs du dernier carré du groupe.
Ce n'est pas une défaite ordinaire. C'est un effondrement qui interroge bien au-delà des quatre-vingt-dix minutes de jeu. Quatre buts encaissés en première sortie mondiale, c'est le symptôme d'un fossé technique et tactique que le sélectionneur a lui-même reconnu, sans détour, en conférence de presse. Le ton de cette autocritique, lucide et presque résigné, en dit long sur la conscience qu'il a du problème.
Quand le retour au prestige se transforme en humiliation
Le Paraguay ne s'était pas présenté au tournoi planétaire depuis la Afrique du Sud en 2010, une absence de seize ans qui semblait avoir mûri une nouvelle génération, affamée de reconnaissance continentale. L'équipe avait traversé les éliminatoires sud-américaines en mode discret mais régulier, se qualifiant sans catastrophe majeure. Rien ne semblait présager une telle débâcle face à des États-Unis en reconstruction identitaire.
Pourtant, les signaux faibles étaient là. Une préparation jugée inadéquate par le staff technique lui-même, des adversaires de calibre insuffisant en phase préparatoire, une méconnaissance du contexte tactique et physique d'un Mondial moderne. Le Paraguay arrivait au Mexique en 2026 avec un football forgé dans les affrontements sud-américains, d'une intensité certes redoutable, mais qui n'avait pas équipé les joueurs à affronter la mobilité tactique et la profondeur offensive des meilleures sélections mondiales.
Les États-Unis, que l'on imaginait aussi en crise identitaire après une élimination prématurée en 2022, se sont présentés avec une organisation défensive éprouvée et une efficacité clinique en transition. Les quatre buts encaissés racontent une histoire simple : une équipe qui a basculé rapidement du désordre défensif à l'absence totale de ressource offensive. L'Albirroja n'a jamais vraiment pesé, hormis peut-être des moments fugaces, comme si elle jouait deux catégories en dessous de son adversaire.
Ce qui rend cette débâcle particulièrement amère, c'est qu'elle survient après une qualification qui avait coûté des efforts considérables aux clubs sud-américains. Les joueurs paraguayens, en majorité actifs en Amérique latine et en deuxième ou troisième division européenne, représentaient un certain équilibre. Mais cet équilibre s'est avéré fragile face à un processus de sélection américain plus rodé et mieux financé.
- 4-1 : le score de la débâcle contre les États-Unis lors du premier match du groupe
- 16 ans : l'absence du Paraguay aux Coupes du monde (depuis 2010 en Afrique du Sud)
- 1 point : le bilan probable du Paraguay après ce premier match, avec un retour à la maison déjà entrevu
- 7 buts : le nombre de réalisations concédées pour 1 marqué, un différentiel qui paralyse les ambitions mathématiques
L'aveu d'une préparation insuffisante et les enjeux futurs du football paraguayen
Le sélectionneur a mis les mains dans le cambouis en reconnaissant l'insuffisance de la préparation. Ce type d'aveu, dans un contexte de Coupe du monde, relève presque de l'acte de contrition. Il aurait pu invoquer les blessures, les absences de dernière minute, les injustices arbitrales. Il a préféré la vérité : le Paraguay n'était pas prêt, techniquement et mentalement, à affronter ce calibre de compétition.
Cette lucidité, paradoxalement, pourrait servir de fondation pour une reconstruction. Le football paraguayen a toujours oscillé entre deux mondes : celui des passionnés de la CONMEBOL, où l'intensité compense parfois l'absence de structure, et celui des sélections qui ont compris que le Mondial demande une préparation de quatre ans minimum, pas quatre mois. Le Paraguay a choisi la seconde route en se qualifiant, mais sans en assumer les conséquences jusqu'au dernier moment.
Les trois prochains matchs du groupe confirmeront ou non que cette première débâcle n'était qu'une mise à l'épreuve brutale. Mathématiquement, le chemin vers les huitièmes de finale existe encore, mais il faudrait une remontada spectaculaire, du genre que le football sud-américain sait produire mais rarement au moment où il y va de ses dernières cartouches. Le Paraguay aura besoin de retrouver une solidité défensive et de convertir les occasions que les États-Unis lui ont laissées dimanche. Deux choses qu'il n'a su faire.
Au-delà de ce tournoi, la question se pose pour le football paraguayen : comment transformer cette humiliation en leçon de structure ? Le pays possède une tradition de joueurs techniquement doués, mais disséminés en Europe et en Amérique. Inventer une philosophie qui permette à cette diaspora de joueurs de fonctionner comme une unité, plutôt que comme une addition de talents individuels, voilà le vrai défi. Ce dernier n'a visiblement pas été résolu avant le coup d'envoi du Mexique.
Pour l'instant, le Paraguay regarde le reste du tournoi avec l'amertume de celui qui avait cru aux lendemains heureux. Dix-six ans sans Coupe du monde, puis ce retour en apothéose inversée. L'Albirroja devra se reconstruire bien avant le prochain rendez-vous mondial.