Le milieu de terrain français Mayssam Benama, arrivé en janvier de l'AJAJ, quitte déjà le club espagnol. Une aventure éphémère qui relance les questions sur l'intégration des jeunes talents tricolores en Liga.
Six mois. C'est le temps qu'aura duré l'expérience de Mayssam Benama à Valence. Suffisant pour comprendre que l'aventure castillane ne se fera pas. Le milieu de terrain français, autrefois capitaine des U20 de l'équipe de France, débarqué en janvier dernier en provenance d'Annecy pour renforcer l'équipe réserve du club de Liga, vit déjà ses derniers instants au Mestalla. Une trajectoire qui sent l'usure prématurée, celle des promesses qui s'émoussent trop vite sous le poids des réalités du football professionnel.
L'illusion d'une seconde chance ibérique
Benama n'est pas n'importe quel jeune talent. À Annecy, il portait le brassard dans une équipe de Ligue 2 en pleine reconstruction, ce qui témoigne d'une maturité précoce et d'une responsabilité assumée dès l'adolescence. Son profil attirait légitimement : jeune, français, déjà habitué à l'exigence du foot professionnel hexagonal, et surtout avec un CV au-dessus de la moyenne pour son âge avec l'équipe de France des moins de 20 ans. Voilà pourquoi Valence avait cru bon de le recruter en janvier. Les Ches espéraient faire l'affaire du siècle, dénicher un diamant brut avant qu'il ne soit trop tard, avant que les plus grands clubs ne le repèrent.
Sauf que les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Intégré à la réserve, Benama devait logiquement gravir les échelons progressivement, apprendre le système ibérique, s'adapter au style de jeu plus technique et moins aérien qu'en France. Une période d'apprentissage classique pour un jeune continental qui débarque en Liga. Mais voilà, l'apprentissage a tourné au cauchemar. Les semaines ont passé, l'adaptation ne s'est pas faite, et les promesses des premiers mois se sont évaporées comme une rosée de novembre. Le rêve espagnol, celui qui doit transformer les carrières, celui auquel croient tous les jeunes Français ambitieux, s'est transformé en impasse.
Quand la Liga ne paronne pas les talents français
Il n'y a rien de nouveau dans cette histoire. Les échecs de jeunes Français en Espagne sont légion, et les success stories se comptent finalement sur les doigts d'une main. Valence elle-même ne brille pas comme académie de développement pour les talents étrangers, malgré son histoire glorieuse. Le club espagnol vit des années charnières, loin de l'époque où il glanait des Coupes d'Europe et des titres en Liga. Avec ses difficultés financières chroniques et son instabilité institutionnelle, Valence ne dispose plus des ressources et de la stabilité nécessaires pour accueillir et chouchouter les pépites étrangères.
L'expérience de Benama rejoint un pattern décourageant : nombre de jeunes Français quittent leur club formateur avec le sentiment de partir pour une nouvelle aventure, une nouvelle vie, et se retrouvent isolés dans un réserve espagnole où les perspectives restent floues. Sans certitude sur l'avenir, sans vraie intégration au projet, ils s'érodent. Les semaines passent, la confiance vacille, et le jeune talent commence à douter de lui-même. Après quelques mois seulement, certains ont déjà perdu trois, quatre mois précieux de développement, des périodes qu'on ne rattrape jamais à ce niveau de l'âge.
Benama aurait mérité mieux. Lui qui avait porté le brassard à Annecy, lui qui connaissait les responsabilités, lui qui incarnait une certaine excellence française des catégories jeunes. Mais La Liga n'a eu que faire de ses références tricolores, de sa jeunesse ou de son potentiel avéré. Elle l'a avalé et l'a recraché après seulement quelques mois.
Vers un retour aux sources ou une nouvelle impasse
Reste à savoir ce qui l'attend désormais. Un retour à Annecy ? Une autre destination européenne ? La question se pose avec urgence, car Benama n'a pas le luxe d'attendre indéfiniment. À 20 ans, on ne peut pas se permettre de trainer des mois à chercher la bonne porte. Chaque période sans compétition régulière, c'est un retard accumulé face à ses concurrents du même âge. Les clubs qui suivaient sa progression à la loupe il y a encore six mois regarderont peut-être maintenant avec un sourcil levé : pourquoi ce mec n'a pas réussi à Valence ?
Son histoire pose aussi une question plus large sur la stratégie des clubs français qui laissent partir leurs jeunes talents, parfois trop facilement. Annecy aurait-il dû le retenir ? Certainement aurait-il eu davantage de chances de jouer régulièrement en Ligue 2 que croupir en réserve à Valence. C'est l'éternel dilemme : lâcher un talent pour qu'il trouve sa chance ailleurs, ou le garder près du feu pour qu'il continue à se forger ?
Benama devra rebondir vite. Car dans le football, contrairement à ce qu'on raconte parfois, il n'y a pas de deuxième acte après six mois d'oubli dans une réserve espagnole. Il y a juste l'urgence de se projeter ailleurs, de retrouver la compétition, et de prouver que ce passage n'était qu'une parenthèse, pas l'annonce d'un déclin. Le jeune capitaine français a encore du temps devant lui pour écrire une belle histoire. Mais il ferait bien de tourner la page Valence au plus vite.