Un doublé contre Colorado Rapids en MLS. Lionel Messi continue d'écrire son histoire américaine avec une régularité qui commence à ressembler à une évidence.
Huit journées de MLS, et Lionel Messi qui double la mise une nouvelle fois. Contre les Colorado Rapids, l'Argentin a d'abord transformé un penalty avant d'enfoncer le clou pour offrir la victoire à l'Inter Miami CF. Un doublé de plus. Presque banal. Presque.
La loi du penalty et du sang-froid, deux gestes qui résument tout
Il y a quelque chose de très Messi dans la façon dont ce doublé s'est construit. D'abord le penalty, cette prise de responsabilité froide que les grands joueurs revendiquent dans les moments de doute collectif. Puis le deuxième but, qui porte en lui la signature d'un homme qui n'a plus rien à prouver mais qui continue quand même, par habitude ou par amour du jeu — difficile de trancher. À 37 ans, Lionel Messi ne court pas après les records de MLS. Les records courent après lui.
Ce que cette soirée face aux Rapids illustre avec une clarté désarmante, c'est la dépendance structurelle d'Inter Miami à son numéro 10. Depuis l'arrivée de la Pulga en Floride à l'été 2023, le club de David Beckham a changé de visage, de statut, de rayonnement mondial. Mais il n'a pas fondamentalement changé de logique : quand Messi joue, Miami gagne. Quand il est absent, le château de cartes vacille.
Ce n'est pas un reproche. C'est un constat qui traverse l'histoire du football. Le Barça des années 2010 vivait la même équation. L'équipe nationale argentine aussi, jusqu'à ce que le groupe 2021-2022 apprenne enfin à exister sans dépendre exclusivement de lui.
La MLS comme terrain d'une dernière démonstration
Quand Messi a posé ses valises à Fort Lauderdale, beaucoup ont cru à une retraite dorée déguisée. Un contrat astronomique — plus de 50 millions de dollars annuels selon les estimations, toutes sources de revenus confondues — un soleil constant, une ligue moins exigeante physiquement. Un crépuscule confortable, en somme. Ils avaient tort.
Lionel Messi traite la MLS avec le même sérieux maniaque qu'il appliquait à la Liga. Peut-être parce que la compétition lui convient mieux désormais, peut-être parce qu'il a simplement décidé que chaque match méritait d'être joué à fond jusqu'au dernier. Son bilan depuis son arrivée est ahurissant pour un championnat que certains considèrent encore comme une retraite anticipée : plus de 30 buts et passes décisives combinés sur sa première saison, une Leagues Cup soulevée dès l'été 2023, et maintenant une régularité en 2025 qui ne faiblit pas.
La MLS a changé. Elle n'est plus la ligue où Thierry Henry finissait en beauté ou où David Beckham venait faire du tourisme médiatique. Elle a des stades pleins, des droits TV en hausse, une Coupe du Monde 2026 qui se profile sur son sol. Et Messi, qu'il le veuille ou non, est devenu le visage de cette transformation. Apple TV a signé un accord de diffusion globale en 2023 partiellement construit sur la promesse de le voir jouer chaque semaine. L'effet est réel : les abonnements à MLS Season Pass ont explosé dès son arrivée.
Ce que Miami doit construire avant que le rideau tombe
La vraie question que ce doublé soulève n'est pas sportive. Elle est stratégique. Inter Miami a bâti un projet autour d'une étoile dont le contrat court jusqu'en décembre 2025. Que se passe-t-il après ? Gerardo Martino, l'entraîneur argentin qui connaît Messi mieux que quiconque pour avoir travaillé avec lui en sélection, sait mieux que personne combien il est difficile de construire une équipe qui existe indépendamment de lui.
Les associés sont là — Sergio Busquets a apporté sa géométrie de milieu, Jordi Alba ses montées inlassables sur le côté gauche. Mais ce sont aussi des trentenaires en fin de carrière, arrivés dans le sillage de la star, pas pour la remplacer. Le vrai chantier d'Inter Miami, celui que la direction sportive devra affronter à court terme, c'est de savoir si le club peut exister sans Messi sans s'effondrer.
L'histoire des franchises nord-américaines construites sur une superstar unique n'est pas toujours rassurante. Le Los Angeles Lakers de Kobe Bryant a mis des années à se reconstruire après son départ. Les New York Cosmos des années 1970 — Pelé, Beckenbauer, tout ça — ont disparu quelques années après le départ de leurs vedettes. Le football américain a appris, souvent douloureusement, que le star system sans profondeur d'effectif ne survit pas au départ de l'étoile.
Beckham et ses associés ont l'intelligence de le savoir. Le nouveau stade en construction à Miami, prévu pour 2025, est censé ancrer le club dans une réalité pérenne, indépendante du nom sur le maillot. Mais pour l'heure, ce nom-là remplit les stades adverses partout où Miami se déplace, et fait de chaque match de MLS un événement au-delà des frontières américaines.
Alors Messi continue. Un doublé de plus contre Colorado. Une victoire de plus pour Miami. Et quelque part, la certitude que cette parenthèse américaine, que beaucoup ont voulu réduire à un épilogue, ressemble de plus en plus à un chapitre à part entière. Pas une conclusion. Un rebond.