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Football

La CAF ouvre le grand casting des CAN futures, trois tournois à pourvoir

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

La Confédération africaine lance officiellement son appel aux candidatures pour les CAN 2028, 2032 et 2036. Un enjeu majeur pour les économies africaines et le prestige continental.

La CAF ouvre le grand casting des CAN futures, trois tournois à pourvoir

La Confédération africaine de football vient de mettre en branle la plus grosse machine organisationnelle du continent. Trois Coupes d'Afrique des Nations à caser en moins d'une décennie, c'est le défi que la CAF propose désormais à ses 54 fédérations membres. Un appel aux candidatures lancé officiellement qui transforme le continent en vaste chantier de la compétition reine du football africain.

Derrière ce calendrier serré se dessine une stratégie bien réfléchie. La CAF parie sur une stabilité relative du contexte politique et économique africain pour verrouiller trois éditions successives. 2028, 2032, 2036 : trois dates qui sonnent comme une promesse de continuité pour une compétition longtemps fragilisée par les annulations, les reports et les changements de dernière minute.

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Qui a réellement les reins solides pour accueillir le continent?

Voilà la vraie question qui occupe les chancelleries footballistiques africaines en ce moment. Car accueillir une Coupe d'Afrique des Nations, ce n'est pas une affaire banale. Les exigences infrastructurelles sont colossales : plusieurs stades aux normes internationales, des routes fiables, de l'électricité stable, des hôtels de qualité et une sécurité garantie. Sans compter les investissements en milliards de francs CFA ou de dollars.

L'Afrique du Sud reste le candidat naturel pour au moins l'une de ces éditions. Le pays possède déjà l'infrastructure : les Sudafricains ont accueilli la Coupe du monde 2010 et maîtrisent l'exercice. Leurs stades modernes, leurs routes bien entretenues et leur bilan sécuritaire relativement contrôlé en font un pari moins risqué que d'autres régions du continent. La Fédération sud-africaine a d'ailleurs montré de l'intérêt pour une nouvelle candidature.

Mais d'autres nations flairent l'opportunité. Le Maroc, qui vient de recevoir la CAN 2023 avec un certain succès organisationnel (plus de 3 millions de spectateurs sur l'ensemble du tournoi), pourrait reposer sa candidature pour 2032 ou 2036. Les Marocains ont démontré qu'ils savaient faire. L'Égypte, puissance footballistique historique du continent avec 7 titres continentaux, rêve aussi de revenir à l'organisation. Lagos ou Abuja au Nigeria représentent des candidatures émergentes, même si la sécurité demeure préoccupante dans plusieurs régions du pays.

La Tanzanie, l'Ouganda, le Kenya, le Cameroun : tous ces pays ont lancé des études de faisabilité. Certains, franchement, n'ont pas les capacités pour accueillir un tel événement dans les conditions appropriées. Mais c'est le jeu démocratique de la candidature. La CAF laisse toutes les portes ouvertes, du moins officiellement.

Quel calendrier international bloque-t-il vraiment?

Là se niche un problème majeur que la CAF doit résoudre avec les fédérations européennes et les ligues continentales. Une CAN dure trois semaines et paralyse immédiatement les calendriers des clubs européens qui emploient massivement les joueurs africains. En janvier 2024, lors de la dernière édition organisée en Côte d'Ivoire, les gros clubs ont encore grogné. Liverpool, Manchester City, Arsenal, le Real Madrid ont tous perdu leurs meilleurs éléments pendant une période sensible de la saison.

La CAF envisage-t-elle de caler ces trois tournois en dehors des périodes classiques de janvier-février? Rien n'a filtré pour l'instant. Historiquement, le tournoi se tient en janvier car c'est une fenêtre moins disputée, même si elle coïncide avec la mi-saison européenne. Décaler la CAN en juin ou juillet, ce serait énorme : cela correspondrait à la fin de saison en Afrique du Sud, au Maroc et en Égypte, créant des problèmes logistiques différents mais tout aussi épineux.

Les clubs européens exercent une pression croissante pour que ces compétitions n'étouffent pas leurs calendriers surchargés. Avec l'ajout d'une Coupe du monde tous les deux ans en phase de test (une idée finalement abandonnée, mais qui circule encore), plus les éliminatoires, plus les Coupes africaines et plus les compétitions continentales de clubs, les agendas ressemblent à des Tetris impossibles. La CAF doit donc jongler avec diplomatie.

Combien cette mécanique va-t-elle vraiment coûter aux candidats?

Les chiffres de la CAN 2023 au Maroc donnent une idée : le Maroc a investi entre 600 et 800 millions de dollars pour préparer l'infrastructure et organiser l'événement. Un investissement colossal pour les économies africaines. L'Égypte, lors de la CAN 2019, avait déboursé environ 500 millions. La Côte d'Ivoire en 2024, malgré une préparation raccourcie, a investi de l'ordre de 400 à 500 millions.

Pour les plus petites nations, c'est un gouffre financier. Pour les grandes puissances économiques comme l'Afrique du Sud ou le Maroc, c'est un enjeu de prestige et de retour sur investissement à long terme : tourisme, infrastructure durable, rayonnement international. Mais pour un pays comme la Tanzanie ou le Cameroun, c'est un pari risqué qui peut fragiliser les finances publiques pour des années.

La CAF aurait-elle intérêt à accompagner financièrement les candidats? Probablement. Mais les ressources de la Confédération africaine demeurent limitées comparées aux géants européens ou sud-américains. Le football africain reste tributaire des revenus télévisuels, des sponsors et des billetterie. Sur ce plan, une CAN bien organisée peut rapporter gros : la billetterie 2023 a généré plus de 100 millions de dollars pour le Maroc.

Conclusion

Ce triple appel aux candidatures ressemble à une prise de pari calculée. La CAF veut stabiliser son calendrier, fidéliser ses tournois majeurs et offrir une visibilité long terme aux partenaires commerciaux. Mais elle doit aussi négocier serré avec les fédérations pauvres, les clubs européens impatients et des contextes géopolitiques parfois instables sur le continent. D'ici la fin 2024, les candidats devront rendre leurs dossiers. Le vrai suspense ne fait que commencer.

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