Depuis le rachat par John Textor, la valeur marchande de l'Olympique Lyonnais a chuté de façon spectaculaire. Le club est désormais en processus de cession.
John Textor avait mis le prix. Aujourd'hui, il n'en récupérerait qu'une fraction. L'Olympique Lyonnais, officiellement entré dans un processus de mise en vente, vaut aujourd'hui bien moins que ce que l'homme d'affaires américain a déboursé pour s'en emparer. Une dépréciation brutale qui interroge sur la gestion du club rhodanien depuis l'arrivée de l'investisseur à la tête d'Eagle Football Group, et sur ce que cette séquence dit, plus largement, des risques du modèle multi-clubs à effet de levier.
À combien Textor a-t-il acheté, et à combien peut-il espérer vendre ?
Lorsque John Textor prend le contrôle de l'OL en janvier 2023, il rachète 77,5 % du capital d'OL Groupe à Jean-Michel Aulas pour une valorisation implicite du club avoisinant les 800 millions d'euros. Un prix élevé, justifié à l'époque par les perspectives de développement du Parc Olympique Lyonnais, le potentiel commercial du club et l'ambition affichée d'un retour en Ligue des Champions.
Selon nos informations, la réalité est aujourd'hui bien différente. Les estimations qui circulent dans les milieux financiers proches du dossier évoquent une valorisation actuelle de l'OL comprise entre 400 et 500 millions d'euros, soit une décote de près de 40 % en l'espace de deux ans. Spectaculaire. Pour un actif censé prendre de la valeur, le résultat est difficile à présenter aux éventuels repreneurs.
Plusieurs facteurs expliquent cette chute. Eagle Football Group, coté sur Euronext à Amsterdam, accumule les pertes et traîne une dette colossale — autour de 500 millions d'euros selon les comptes consolidés du groupe. Des covenants bancaires violés, une DNCG qui a épluché les comptes lyonnais avec une sévérité rare, un passage en Ligue Europa après deux saisons calamiteuses sur le plan sportif : le tableau était suffisamment sombre pour que Textor lui-même actionnaire de plusieurs clubs à travers le monde — Botafogo au Brésil, Crystal Palace en Premier League, le RWD Molenbeek en Belgique — soit contraint d'envisager une cession de l'actif français.
Pourquoi l'OL sportivement compétitif ne suffit pas à rassurer les acheteurs ?
Voilà le paradoxe lyonnais de 2025. Sur la pelouse, l'OL ne démérite pas. Sous la houlette de Pierre Sage, le technicien que personne n'attendait et qui a transformé un vestiaire en déroute en équipe compétitive, le club rhodanien a retrouvé une forme de sérénité. À l'heure où ces lignes sont écrites, Lyon occupe une position respectable en Ligue 1 et a redressé la barre après l'humiliation de la saison précédente. Alexandre Lacazette, capitaine incontesté, continue de peser dans le vestiaire autant que dans la surface de réparation.
Mais un club de football, quand on l'achète ou qu'on le vend, ne se résume pas à ses résultats du week-end. Les repreneurs potentiels regardent d'abord les bilans, les engagements de masse salariale, les investissements en infrastructures. Et de ce côté-là, le Groupama Stadium reste un atout réel — une enceinte de 59 000 places, propriété du club, ce qui est rarissime en France — mais il est grevé par une dette immobilière qui pèse sur les comptes depuis des années.
À en croire plusieurs sources proches des négociations, les acheteurs intéressés ont bien conscience de la valeur du foncier et de la marque OL. Ce qui les retient, c'est précisément l'empilement de passifs financiers hérités, la complexité juridique de la structure Eagle Football, et l'incertitude sur les droits télévisés en France qui fragilisent l'ensemble des clubs de Ligue 1 dans leurs projections à moyen terme. Difficile de valoriser un actif quand le marché dans lequel il évolue est lui-même sous pression.
Qui pourrait racheter l'OL, et à quelles conditions ?
Le processus de vente est officiellement lancé. Plusieurs noms circulent, des fonds d'investissement américains aux groupes du Golfe en passant par des family offices européens qui cherchent à s'offrir un ticket premium dans le football européen. Mais le dossier est complexe, et Textor n'est pas vendeur à n'importe quel prix.
L'Américain aimerait récupérer suffisamment pour rembourser ses créanciers et sauver ce qui peut l'être dans son empire multi-clubs. Il ne le dira jamais publiquement, mais à en croire l'entourage du dossier, l'enjeu est aussi personnel : Textor a engagé des fonds propres significatifs dans cette aventure, et une vente à la casse serait un camouflet retentissant pour celui qui se présentait, il y a encore deux ans, comme le visionnaire capable de réinventer le football de club à l'ère des données.
Botafogo, au Brésil, lui a offert une victoire en Copa Libertadores 2024 — un titre historique pour le club carioca, premier sacre continental de son histoire. Cette réussite sud-américaine est le seul vrai succès tangible du modèle Textor à ce jour. Elle ne suffira pas à compenser ce que Lyon a coûté.
Les candidats sérieux devront, selon toute vraisemblance, proposer une reprise partielle ou totale de la dette, ce qui ramènerait mécaniquement le prix net payé à un niveau bien inférieur aux projections initiales. Une vente autour de 400 millions d'euros, dette comprise, semble être le scénario le plus probable si l'on en croit les estimations qui émergent des milieux financiers du football.
Ce qui se joue à Lyon dépasse le seul cas de John Textor. L'épisode OL est en train de devenir un cas d'école sur les limites du modèle d'acquisition à effet de levier dans le football européen. Quand les résultats sportifs ne suivent pas immédiatement, quand les droits TV stagnent et que les créanciers s'impatientent, la spirale peut être rapide. La Ligue 1 observe. Et quelques propriétaires étrangers installés dans d'autres clubs français regardent ce dossier avec une attention qui n'est pas dénuée d'inquiétude.