Alors que José Mourinho figure parmi les favoris pour succéder à Álvaro Arbeloa au Real Madrid, la Catalogne se moque ouvertement. Un retour qui raviverait les plaies d'une rivalité éternelle.
José Mourinho revient. Pas physiquement encore, mais déjà dans les esprits, là où il n'a jamais vraiment disparu. Quelques années après son départ mouvementé du Real Madrid en 2013, voilà que le nom du Special One réapparaît dans les discussions madrilènes, crédité comme l'un des candidats pour remplacer Álvaro Arbeloa si ce dernier venait à quitter le banc blanc. À Madrid, on rêve. En Catalogne, on ricane. C'est dire si cette simple hypothèse suffit à remettre en lumière l'une des rivalités les plus délicieuses du football moderne.
Comment un coach qui a quitté Madrid peut-il encore faire rêver ?
Mourinho, c'est d'abord une histoire d'amour devenue tempête. Entre 2010 et 2013, le Portugais a remporté deux Liga, une Coupe du Roi et construit une armada défensive légendaire au Bernabéu. Les chiffres racontent une histoire de domination : 100 buts marqués en 100 matchs de Liga, un record qui tiendrait encore si ce récit s'était déroulé différemment. Mais il y a aussi les débordements, les polémiques arbitrales, les tensions avec Villarreal et surtout avec le FC Barcelone.
Son éviction en 2013 s'est déroulée comme un divorce à l'amiable de façade. Carlo Ancelotti arrivait, Mourinho partait, les choses se feraient proprement. Sauf que rien ne l'a jamais été avec lui. Depuis, le Special One a traversé Chelsea (turbulent), Manchester United (théâtral), l'AS Rome (rémission provisoire). À chaque étape, il a laissé des traces : des trophées, certes, mais aussi des blessures, des déclarations incendiaires, des regards noirs lors des retrouvailles.
Pourquoi Madrid le redemanderait-elle ? Parce que Mourinho possède une arme que peu managers possèdent : la capacité à bâtir des remparts psychologiques. À une époque où le Real Madrid cherche à retrouver des certitudes défensives après les débâcles récentes, où l'effectif vieillit et se désagrège par endroits, l'idée d'un Mourinho qui revient en connaisseur du terrain, avec l'expérience de ses campagnes européennes tempétueuses, elle possède une logique. Pas séduisante, mais logique.
Pourquoi la Catalogne explose-t-elle de rire à cette seule évocation ?
Allez comprendre l'humour barcelonais. Le FC Barcelone traverse une période de reconstruction : les succès de la décennie précédente s'éloignent, les blessures déciment l'équipe, Hansi Flick fait son chemin cahoteux. Mais peu importe. L'arrivée potentielle de Mourinho au Real Madrid serait, pour les Catalans, une forme de validation de leur propre supériorité.
Parce que Mourinho à Madrid, c'est d'abord l'homme qui n'a jamais su écrire un conte de fées face au Barça d'avant la débâcle. Entre 2010 et 2012, les Clásicos ont été des théâtres de cruauté, certes, mais le Barça de Guardiola puis du jeune Tito Vilanova conservait des avantages narratifs. Quatre victoires de Ligue des champions en six ans, c'était l'argument catalan absolu. Mourinho pouvait gagner les chocs domestiques avec ses stratagèmes militaires, il ne pouvait pas écrire l'histoire continentale.
Alors oui, quand les journalistes barcelonais voient le nom de Mourinho ressurgir, ils voient d'abord un homme qui incarne une époque révolue. Son retour serait presque une confession : Madrid reconnaîtrait ne pas être capable de produire un projet moderne sans recourir aux exorcistes du passé. C'est cruel, c'est un peu injuste, mais c'est délicieusement efficace comme moquerie.
Le Real Madrid peut-il vraiment se permettre une telle nostalgie ?
Ici, on touche le cœur du débat. Depuis la fin des années Zidane, le Real Madrid navigue en eaux troubles. Carlo Ancelotti a apporté une stabilité douce ; son départ crée un vide que personne n'a rempli de façon convaincante. L'effectif blanc vieillit sans qu'une nouvelle génération cohérente ne prenne forme. Les blessures de Vinícius Jr et Jude Bellingham ont montré à quel point les marges d'adaptation du club sont minces.
Álvaro Arbeloa, nom qui aurait dû rester associé aux gloires défensives des années Mourinho, s'efforce de tracer une voie progressiste. Mais Madrid n'est pas patient. Madrid veut des trophées. Madrid veut des certitudes. Et Mourinho, malgré ses rides et ses tempêtes récentes, offre une garantie de métier.
Sauf que ramener Mourinho serait un aveu d'impuissance. Ce ne serait pas un choix d'avenir, mais une capitulation devant le présent. Le football moderne valorise les architectes, les penseurs positifs, les bâtisseurs d'harmonie collective. Mourinho s'inscrit dans une autre temporalité. Il y a des clubs pour lesquels c'est un atout ; Madrid, avec toute son fierté, a du mal à le reconnaître.
L'ironie, c'est que si Mourinho devait revenir, ce serait dans une position affaiblie par rapport à sa première venue. Il serait un homme du renouveau par défaut, pas par conviction. Et pour quelqu'un qui a toujours joué les prophètes infaillibles, c'est un habit qu'il ne porterait jamais avec l'aisance d'antan. La Catalogne le sait. Madrid aussi, probablement. Mais tant qu'on en parle, tant que le nom du Special One résonne dans les couloirs du Bernabéu, l'histoire reste en suspens. Et c'est peut-être là que Mourinho excelle vraiment : faire en sorte qu'on se demande toujours si, malgré tout, il ne pourrait pas encore nous surprendre.