L'Olympique de Marseille, 6e de Ligue 1 après sa défaite à Lorient, doit gérer deux incertitudes majeures avant le choc face à Nice.
Une 6e place, deux blessés incertains, et une fin de saison qui ressemble davantage à une descente de croix qu'à une course à l'Europe. L'Olympique de Marseille aborde les dernières échéances de sa saison 2025-2026 dans un état de fragilité que le club n'aurait sans doute pas imaginé il y a quelques mois. La défaite concédée à Lorient a fait basculer les Phocéens hors du top 5, et voilà que le staff médical vient compliquer davantage l'équation de Roberto De Zerbi avec les incertitudes pesant sur Igor Paixão et Amine Gouiri avant la réception de l'OGC Nice.
Que valent vraiment Paixão et Gouiri dans le système marseillais ?
La question mérite d'être posée sans détour. Si les deux joueurs sont incertains, c'est précisément parce qu'ils comptent. Igor Paixão, le winger portugais recruté pour apporter la verticalité et l'électricité sur le côté gauche, s'est progressivement imposé comme l'un des éléments les plus déstabilisants de l'attaque marseillaise. Sa capacité à éliminer en un contre un, à créer le déséquilibre dans les derniers trente mètres, constitue une arme que De Zerbi a régulièrement utilisée pour casser les blocs adverses.
Amine Gouiri, lui, incarne une autre logique. Celui qui avait longtemps cherché sa voie entre Lyon, Nice et Rennes avant de rejoindre l'OM représente ce profil hybride, attaquant capable d'évoluer en soutien comme en pointe, dont la présence offre des solutions dans la phase de transition. Gouiri a signé plusieurs performances notables cette saison, confirmant que ses qualités techniques restaient intactes lorsqu'il bénéficiait d'une continuité. Perdre les deux simultanément, c'est amputer l'attaque marseillaise de sa créativité la plus immédiate, au pire des moments.
Car le calendrier ne pardonne pas. Nice, actuel concurrent direct dans la course aux places européennes, représente bien plus qu'un match de fin de saison. C'est une confrontation à six points, comme on dit dans le jargon, où chaque unité perdue peut avoir des conséquences durables sur la qualification continentale.
Comment expliquer ce naufrage de fin de championnat ?
La défaite à Lorient — un club qui joue lui-même sa survie en bas de tableau — n'est pas un accident de parcours. Elle est le symptôme d'une accumulation. Marseille a joué un nombre de rencontres considérable cette saison, naviguant entre les exigences de la Ligue 1 et les obligations européennes, et le corps des joueurs a fini par envoyer la facture. La 6e place représente un recul symbolique et sportif que l'institution phocéenne, avec ses ambitions affichées et son nouveau projet sous la direction de De Zerbi, ne peut pas se permettre d'accepter sans analyse sérieuse.
Il y a dans ce décrochage quelque chose qui dépasse la simple fatigue physique. La gestion des fins de match, la capacité à tenir un résultat, la solidité défensive dans les moments où l'adversaire pousse — autant de paramètres sur lesquels Marseille a montré ses limites à répétition. On a parfois eu l'impression d'un groupe capable du meilleur dans les grandes soirées mais fragile dès que le contexte se compliquait, dès que l'adversaire refusait de jouer le jeu.
Roberto De Zerbi, technicien exigeant dont le jeu de possession et de pressing haut a séduit à Sassuolo puis à Brighton, fait face à une réalité que tout entraîneur ambitieux connaît : construire une culture de la gagne prend du temps, et les premières saisons ressemblent souvent à des chantiers. Marseille a produit du beau jeu par séquences, mais la régularité, ce carburant indispensable pour les clubs qui visent le haut, a manqué cruellement.
Que risque vraiment l'OM sur le plan sportif et économique ?
Terminer 6e plutôt que dans le top 5, ou pire, rater une qualification européenne, ce n'est pas qu'une déception sportive. Pour un club comme l'Olympique de Marseille, dont le modèle économique reste structurellement dépendant des recettes de la scène continentale, l'absence des Coupes d'Europe aurait des répercussions concrètes sur le mercato estival et sur la capacité à retenir les éléments les plus attractifs de l'effectif.
Les revenus UEFA peuvent représenter plusieurs dizaines de millions d'euros selon la compétition et le parcours réalisé. Pour un club qui doit constamment jongler entre ses ambitions et la réalité de son budget, cette manne est loin d'être anecdotique. Elle conditionne en partie la politique de recrutement, la capacité à prolonger des contrats importants, et plus largement le message envoyé aux joueurs qui hésitent entre rejoindre Marseille ou opter pour un concurrent mieux classé.
Le Vélodrome, avec ses 67 000 places et son atmosphère incomparable, reste un argument de poids dans les discussions de recrutement. Mais l'argument sportif doit suivre. Un club qui finit régulièrement dans la partie médiane du classement finit par perdre sa force d'attraction, peu importe la beauté de son stade ou la ferveur de ses supporters.
Igor Paixão et Amine Gouiri, au-delà de leur état physique immédiat, sont précisément le type de profils que l'OM doit absolument conserver pour prétendre franchir un palier. Les rumeurs de mercato n'épargnent jamais les clubs qui déçoivent en fin de saison, et Marseille sait par expérience que l'été peut être cruel.
La rencontre face à Nice aura donc une valeur bien au-delà des trois points en jeu. Elle dira quelque chose sur la capacité du club à réagir sous pression, à puiser dans ses ressources quand l'effectif est amoindri, à transformer une fin de saison douloureuse en déclic plutôt qu'en épilogue amer. Roberto De Zerbi, lui, a l'habitude de construire sur les ruines des désillusions. Reste à savoir si Marseille, ville et club fusionnés dans une même exigence passionnée, lui accordera le temps nécessaire pour que le chantier devienne cathédrale.