Blessé face à Alavés, Éder Militão replonge dans l'incertitude. Une nouvelle catastrophe défensive pour Carlo Ancelotti.
Soixante-troisième blessure en carrière ? On exagère à peine. Juste avant la mi-temps d'un Real Madrid — Deportivo Alavés pourtant bien engagé, Éder Militão a quitté la pelouse du Santiago Bernabéu sur blessure, contraint de laisser ses coéquipiers terminer le travail sans lui. Kylian Mbappé venait d'ouvrir le score, l'ambiance était à la fête — et puis non. Le spectre de l'infirmerie a de nouveau frappé à la porte de Valdebebas.
Un défenseur central qui devient un luxe que le Real ne peut plus s'offrir
Il faut se souvenir de ce que Militão représentait avant que son corps ne décide de lui jouer des tours. Un défenseur central dominant, physiquement impressionnant, capable de tenir tête aux meilleurs attaquants d'Europe. La saison passée, il avait perdu presque douze mois sur blessure — une rupture des ligaments croisés qui l'avait éloigné de tout jusqu'au printemps. Revenu, il semblait avoir retrouvé son niveau. Et revoilà.
Carlo Ancelotti n'a plus la même marge de manœuvre qu'avant. Avec David Alaba toujours en rééducation depuis sa propre rupture des ligaments, le Real Madrid évolue en permanence avec une paire centrale de fortune. Antonio Rüdiger, irréprochable d'engagement, ne peut pas tout porter. Raul Asencio, jeune talent sorti de la réserve par nécessité plus que par choix tactique, apprend sur le tas — et le tas, c'est parfois la Ligue des champions.
La Liga, elle, ne pardonne rien. Le FC Barcelone de Hansi Flick tourne à plein régime, l'Atlético de Madrid de Diego Simeone reste une machine à points. Chaque match sans Militão, c'est un risque supplémentaire que le champion d'Espagne en titre prend sans vraiment le vouloir. Et quand on sait que le Real a encaissé plus de buts lors des rencontres où sa charnière centrale était remaniée, le calcul devient vite préoccupant.
- Saison 2023-2024 : Militão absent environ 11 mois après sa rupture des ligaments croisés en septembre 2023
- David Alaba : également absent depuis décembre 2023, même blessure, retour encore incertain
- Raul Asencio : 21 ans, propulsé titulaire en première équipe sans transition programmée
- Real Madrid : seul club à avoir perdu ses deux défenseurs centraux titulaires sur la même blessure la même saison
Le mercato hivernal comme seule échappatoire crédible
La question s'impose d'elle-même. Florentino Pérez va-t-il laisser son entraîneur naviguer à vue jusqu'en juin, ou le mercato de janvier va-t-il servir à colmater une brèche qui devient béante ? Le Real Madrid a les moyens d'agir — financièrement, sportivement, en termes d'attractivité. La question n'est pas de savoir s'ils peuvent recruter un défenseur central, mais s'ils le veulent vraiment, eux qui ont toujours préféré attendre leur cible plutôt que de se précipiter.
Les noms circulent depuis des semaines dans les couloirs du Bernabéu. Aymeric Laporte, Jonathan Tah, Dean Huijsen — autant de profils différents pour répondre à la même urgence. Mais le club madrilène a une philosophie bien ancrée : on ne recrute pas dans la panique. On cible, on prépare, on frappe. Sauf que cette fois, la panique n'est peut-être pas le mauvais mot.
Ancelotti, lui, fait ce qu'il sait faire mieux que quiconque dans ces situations : composer. Gérer l'humain, faire tourner sans que ça se voit trop, trouver des solutions dans le vestiaire avant d'en chercher sur le marché. C'est sa marque de fabrique depuis des décennies. Mais même le meilleur chef d'orchestre ne peut pas jouer du violon si l'instrument est cassé.
Ce qui inquiète davantage sur le long terme, c'est la récurrence. Militão n'est plus un accident isolé — il est en train de devenir un risque structurel pour une équipe qui ne peut pas se permettre d'en avoir. Au Real Madrid, on gère les stars, on gère les égos, on gère les attentes d'une planète entière de supporters. Mais gérer un défenseur central qui semble incapable de tenir une saison complète ? C'est une autre paire de manches.
Mbappé a marqué, le Real a sans doute pris les trois points contre Alavés — et demain matin, la page se tourne. Mais le problème Militão, lui, ne disparaît pas avec le coup de sifflet final. Il attend, tapi dans un couloir de Valdebebas, prêt à ressurgir au pire moment. Et dans une saison où le moindre faux pas peut coûter le titre, le Real Madrid sait qu'il joue désormais avec un homme en moins permanent dans sa rotation défensive. La vraie question n'est pas médicale. Elle est stratégique.