Alors que le champion du monde 2018 approche de son arrivée à la tête du handball dunkerquois, le club des Hauts-de-France jouerait les trouble-fête pour le séduire au poste de directeur sportif.
Demba Ba n'a pas encore franchi la porte de l'USL Dunkerque que déjà d'autres portes s'ouvrent. L'ancien attaquant international, nommé à la présidence déléguée du club nord-français cet automne, voit son nom circuler du côté du HAC, le Havre Athlétic Club, qui recherche un directeur sportif pour remplacer Mathieu Bodmer. Une situation qui amuse le président dunkerquois, qui n'hésite pas à faire rempart.
Un BA en or pour le handball français
Le timing est pour le moins étrange. Demba Ba a peine commencé à poser ses valises au sein de l'organisation dunkerquoise qu'un concurrent de Ligue 1 vient frapper à sa porte. Le HAC, institution du football normand, envisage sérieusement de confier son projet sportif à celui qui a marqué l'histoire du foot français en remportant le Mondial 2018 avec Strasbourg. Non, attendez—avec l'équipe de France. C'est de cela qu'on parle. Ba, c'est le mec qui sait ce qu'est la victoire au plus haut niveau, qui a goûté à la pression des grands rendez-vous, qui comprend les rouages d'une institution sportive digne de ce nom.
Sauf que voilà. Dunkerque, ce n'est pas rien non plus. Le club du Nord, champion de France de handball en 1999 et 2002, cherche à retrouver de la lustre après des années compliquées. Avec un budget estimé à environ 6 millions d'euros annuels, l'USLM (son nom officiel complet) ne joue pas dans la même cour que les géants du Puy-en-Velay ou du Paris Saint-Germain, mais c'est un projet ambitieux. Ba, qui a déjà des racines en Nord-Pas-de-Calais par ses liens personnels, aurait vu en Dunkerque une opportunité de construire quelque chose.
Le président dunkerquois, lui, ne laisse rien au hasard. Selon nos informations, il aurait déjà pris la température auprès de l'intéressé pour vérifier que le HAC n'était qu'une passade, une simple flirtation médiatique. Car laisser partir Ba maintenant serait catastrophique pour l'image du projet. Le handball français regarde du coin de l'œil cette arrivée d'une personnalité aussi en vue. Et perdre celle-ci en route serait un coup de massue pour la crédibilité de Dunkerque.
Bodmer et la succession en suspens
Mathieu Bodmer, lui, a tranquillement quitté ses fonctions sans grand bruit. L'ancien milieu de terrain de l'Olympique Lyonnais et du Paris Saint-Germain avait tenu bon pendant plusieurs saisons à la direction sportive du HAC, mais le projet du club havrais a besoin de sang neuf. C'est précisément là que Ba intervient dans les réflexions normandes. Un champion du monde comme directeur sportif, c'est le genre de casting qui fait mouche auprès des investisseurs et des supporters.
Mais le football et le handball ne se pilotent pas de la même manière. La structure d'un club, la gestion d'un effectif, le recrutement dans un sport collectif aussi technique que le handball—c'est une autre affaire. Ba aurait-il le background nécessaire pour ça? À en croire l'entourage du joueur devenu entrepreneur, oui. Il a déjà des expériences de direction dans d'autres secteurs, une compréhension fine des enjeux de performance et une légitimité qui ne se discute pas. Son nom seul ouvre des portes. Des portes à Dunkerque, à Havre, et potentiellement ailleurs.
Le HAC n'a d'ailleurs pas caché ses ambitions. Le club normand dispose de moyens financiers décents—environ 8 millions d'euros de budget annuel—et cherche à faire la différence en Ligue 1. Recruter Ba, c'est envoyer un signal fort : on ne plaisante pas, on veut progresser, on ne regarde pas que le foot de l'Île-de-France.
Le jeu du chat et de la souris
Ce qui amuse les observateurs, c'est la sérénité affichée par le président dunkerquois. Loin de dramatiser la situation, il plaisante volontiers avec la presse sur les tentatives de séduction du HAC. C'est un signal: on n'est pas en détresse. Ba a signé pour Dunkerque, le projet tient debout, et si le HAC veut jouer à ce jeu, libre à lui. Mais Ba, lui, sait où il a posé ses conditions initiales.
Reste que dans le handball français, ces mouvements de direction sportive ne sont pas chose courante. Le milieu est petit, fermé, peuplé de figures qui construisent leur réputation sur le long terme. Ba arrive comme une comète. S'il s'impose à Dunkerque et que le club joue les play-offs d'ici deux ans, son profil explosera. Et à ce moment-là, d'autres portes s'ouvriront encore. Paris, Nantes, Montpellier—tous voudront un mec qui a ramené la Coupe du Monde à la France.
Pour l'instant, c'est Dunkerque qui a remporté la mise. Le HAC peut appeler, textoter, envoyer des signaux. Ba vient de signer. Et un champion, ça tient parole.