Après l'élimination du Brésil face à la Norvège, Neymar met fin à sa carrière internationale à 34 ans. Un départ qui marque la fin d'une génération dorée.
Les larmes coulaient sur les joues de Neymar da Silva Santos Júnior quand l'arbitre a sifflé la fin du match. C'est dans cet instant de désillusion, après l'élimination de la Seleção face à la Norvège, que l'attaquant de 34 ans a tranché : sa route avec le maillot jaune-vert s'arrête là. Pas de négociations ultérieures, pas de porte restée entrouverte pour un hypothétique dernier tournoi. L'homme qui a longtemps incarné les espoirs brésiliens a choisi d'écrire le point final lui-même, plutôt que de le laisser imposer par le temps ou les sélectionneurs successifs.
Le poids d'une génération sans titre
Il faut remonter à 2002 pour trouver un Brésil champion du monde. Depuis, les attentes n'ont cessé de peser sur les épaules des stars exportées en Europe, particulièrement sur celle de Neymar. Recruté à 26 millions d'euros en 2013 par le Barça, le prodige de Santos s'était présenté comme l'héritier naturel de Ronaldinho et Ronaldo, ceux qui avaient marqué les années 1990 et 2000 d'une patte brésilienne inoubliable.
Or le destin international de Neymar s'est construit davantage sur des exploits individuels que sur des triomphes collectifs. 124 sélections, 79 buts : les statistiques parlent d'un attaquant de classe mondiale, certes. Mais elles occultent aussi une vérité qui ronge le football brésilien depuis deux décennies. Entre la Coupe du monde 2014 perdue à domicile (7-1 face à l'Allemagne) et celle de 2022 au Qatar, le Brésil n'a décroché aucun titre majeur. Coupe d'Amérique 2019, certes, mais guère plus. Pas un seul Mondial depuis Corée-Japon 2002.
Neymar aura tout tenté pour combler ce vide. Les dribbles fougueux qui déroutent les défenses, les appels de balle qui créent du jeu, les accélérations impérieuses vers les buts adverses. À Paris, au Barça, puis en Ligue Saoudienne, il a porté le poids de cette attente nationale. En bleu auriverde, il a joué pour dix, assumant le rôle de catalyseur d'une équipe souvent désorganisée, privée des véritables structures tactiques qui font les champions. La frustration accumulée a probablement compté davantage que l'âge dans sa décision de baisser les bras.
Cette élimination face à la Norvège, adversaire redoutable mais loin de la hiérarchie traditionnelle du football nordique classique, symbolise l'effondrement progressif d'une hégémonie. Autrefois, les Scandinaves n'auraient jamais eu le luxe de poser autant de problèmes à la Seleção. Aujourd'hui, le Brésil ne possède plus ce supplément d'âme qui faisait la différence au moment crucial.
L'après-Neymar : chaos ou renaissance ?
L'annonce fait figure de pont symbolique dans l'histoire du football brésilien. Avec Neymar s'en va une génération entière, celle qui a grandi dans la nostalgie des années glorieuses et a porté l'étiquette de sauveur depuis l'adolescence. Ses compagnons de route, les Thiago Silva, David Luiz et autres, avaient déjà rangé le maillot. Maintenant, c'est au tour du dernier étendard de cette époque de se plier.
Pour la Confederação Brasileira de Futebol et son prochain sélectionneur, la question devient existentielle : comment rebâtir sans ces piliers ? Vinícius Júnior, Rodrygo, Antony, Éder Militão : le vivier de talent existe, mais il manque cruellement de cohésion, d'expérience partagée de grands tournois. Le Brésil comptera sur une moyenne d'âge considérablement rajeunie, ce qui pourrait signifier une phase d'apprentissage coûteuse avant la prochaine Coupe du monde en 2026.
L'ironie de l'histoire, c'est que Neymar quitte à 34 ans, alors que Cristiano Ronaldo en a 39 et continue de répondre présent avec la Sélection portugaise, alors que Lionel Messi approche les 38 ans et joue toujours pour l'Argentine. Deux monstres de longévité qui ont remporté des titres majeurs avec leurs nations, contrairement au Brésilien. Peut-être que cette inégalité des destins explique mieux que tout discours la soudaineté de sa retraite.
Restent les images : Neymar au sol après une blessure, Neymar provoquant l'arbitre, Neymar transcendé lors des victoires en Copa América, Neymar frustré quand les attentes nationales pesaient trop lourd. Ces souvenirs survivront à son absence du terrain. Mais le football brésilien, lui, doit apprendre à vivre sans son prophète déçu, et trouver en lui-même les forces qu'il n'a pas su canaliser à travers lui.
- 22 ans : l'âge de Neymar lors de sa première convocation majeure en 2014, déjà porteur des espoirs nationaux
- 79 buts en 124 sélections : le bilan offensif d'un attaquant au service d'une nation frustrée depuis deux décennies
- Zéro Mondial remporté : l'absence qui définit sa carrière internationale, malgré quatre participations aux éliminatoires
- 2002 : la dernière fois que le Brésil a soulevé la Coupe du monde
La page Neymar se tourne donc sans dramatisation excessive, mais sans gloire véritable non plus. C'est un adieu à la fois logique et poignant, celui d'un homme qui a donné tout ce qu'il pouvait à son maillot national sans jamais atteindre l'apothéose. Le football brésilien devra désormais regarder ailleurs pour trouver son messager. Et cette quête, inévitablement, risque de révéler à quel point l'époque Neymar, malgré son lot de frustrations, représentait encore une certaine forme de grandeur au sein d'une nation en déclin relatif.