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Mateta enfin à la Coupe du Monde - le pari fou des Bleus qui paye

Par Antoine Moreau··5 min de lecture·Source: Footmercato

Jean-Philippe Mateta débarque à Boston déterminé à saisir sa première chance en Coupe du Monde. L'attaquant français croit au projet de préparation des Bleus avant le choc face au Sénégal.

Mateta enfin à la Coupe du Monde - le pari fou des Bleus qui paye

"J'ai su que j'allais avoir une chance." À cinquante mètres de la côte bostonienne, Jean-Philippe Mateta n'a pas caché son euphorie en descendant du vol qui vient de poser les Bleus à Boston. Quelques jours avant d'affronter le Sénégal le 16 juin à East Rutherford, l'attaquant de Crystal Palace savoure. Non pas d'être là — ça, tous les joueurs de l'équipe de France l'espéraient —, mais d'y être enfin, sans culpabilité, sans la sensation permanente de ne pas mériter sa place.

Trois ans. Il a fallu trois ans pour que Mateta franchisse enfin le Rubicon qui sépare les prétendants des élus. Depuis qu'il a décidé de porter les couleurs tricolores en 2023, il a dû se battre contre le doute, les critiques, la concurrence féroce du secteur offensif français. Et puis voilà, coup de théâtre : Didier Deschamps l'a choisi pour ce Mondial 2026, ce premier défi majeur du sélectionneur depuis son retour estival aux manettes.

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Comment un attaquant aussi discret a-t-il percé la muraille des cadres français?

Mateta ne fait pas partie de ces joueurs qui explosent les records de buts ou qui enchantent les réseaux sociaux chaque dimanche. Crystal Palace, ce n'est ni Manchester City ni l'Atlético Madrid. Avec 7 buts en 22 matches cette saison en Premier League, l'homme de 31 ans ne tape pas dans l'extraordinaire sur le plan des chiffres bruts. Et pourtant, il y a quelque chose chez lui que Deschamps a repéré bien avant que le reste du foot français ne s'intéresse à lui.

C'est d'abord un être de travail, de constance. Un joueur qui ne fait jamais semblant, qui court 85 fois par match si c'est nécessaire, qui ferme les espaces pour les autres. À 31 ans, Mateta offre cette stabilité que la France recherche au moment où elle prépare un cycle de quatre ans. Les Bleus montent à Boston le 15 juin avec une défense repositionnée et un milieu en chantier — les départs de Kylian Mbappé (encore blessé pour cette préparation) et Paul Pogba créent du vide. Dans cet environnement instable, Mateta joue le rôle de l'ancre.

Le second atout : Mateta incarne une certaine vision du football français contemporain. Ni pur buteur de pointe, ni ailier électrique, il évolue dans ce no man's land où la polyvalence vaut de l'or. Il peut jouer en solitaire ou en binôme, pousser à la profondeur ou servir de point de fixation. Dans les arcanes du staff de Deschamps, cette flexibilité a compté lourd. D'autant que, contrairement à beaucoup de ses concurrents, il ne demande rien, n'exige rien. Il arrive simplement, travaille, et rentre dans le rang.

Pourquoi le Sénégal en ouverture? Une cible de choix ou un piège?

Face au Sénégal, le 16 juin, les Bleus jouent leur première cartouche. Les Lions de la Teranga, eux, cherchent à retrouver les chemins du succès après une élimination précoce à la Coupe d'Afrique 2025. C'est l'affrontement qu'on attendait moins spectaculaire en surface — pas d'Angleterre, pas d'Allemagne, pas d'Espagne dans le groupe —, mais qui renferme des pièges redoutables.

Le Sénégal, c'est 5 joueurs évoluant en Premier League ou en Ligue 1, une équipe qui court, qui presse, qui force les Bleus à jouer vite. Or, à Boston, la France cherche encore ses repères. Les trois jours de préparation sur le sol américain suffisent à peine à créer une osmose minimale. C'est précisément le moment où des joueurs comme Mateta deviennent précieux : hommes de terrain plutôt que de génie, ils stabilisent, ils donnent du rythme sans exiger une synchronisation parfaite du collectif.

Deschamps le sait pertinemment. Aussi, en alignant Mateta d'emblée, envoie-t-il un message fort : cette France-là se construit sur la solidité avant l'étincelle. Les trois prochaines années ne seront pas celles des miracles individuels, mais du travail patient. Mateta, avec ses 31 balais et sa certitude de n'avoir qu'une chance à saisir, est le parfait porte-drapeau de cette philosophie.

Les Bleus peuvent-ils vraiment compter sur cet effectif remanié jusqu'en 2026?

La question qui agite les observateurs dépasse largement le cas Mateta. La France arrive en Amérique du Nord avec une ossature changeante. Mbappé revient à peine, Eduardo Camavinga manque, Aurélien Tchouaméni doit se refaire une santé mentale. Le sélectionneur balance entre trois et quatre attaquants de projet, aucun qui fasse l'unanimité.

Et puis il y a ce sentiment que Deschamps, malgré son expérience, construit en direct. Pas de plan B établi, plutôt des ajustements au fil de l'eau. Dans cette instabilité relative, le profil de Mateta — joueur mûr, humble, qui a attendu sa chance — apaise. On ne demande pas à ce type de transporter la France sur ses épaules. On lui demande d'être là, de faire le job, de ne pas pourrir le groupe avec des réclamations.

Les quatre années qui séparent les Bleus du prochain Mondial seront mouvementées. Des blessures, des mauvaises passes, des remises en question. Mateta le sait. À 31 ans, il n'a pas d'illusions. Mais là, maintenant, en débarquant à Boston, il sent que cette fenêtre s'est enfin ouverte pour lui. Et cette fois, il compte bien la traverser sans regarder derrière.

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