Rejeté par Milan, oublié des Bleus à 28 ans, Samuel Mateta va disputer le Mondial 2026. Son retour en grâce raconte bien plus qu'une simple convocation.
À 28 ans, Samuel Mateta n'avait jamais porté le maillot bleu. Pas une fois. Pendant que d'autres formaient déjà leurs premières sélections à 20 ans, lui traînait dans les bas-fonds de la hiérarchie française, invisible aux sélectionneurs. Et puis l'AC Milan lui a claqué la porte au nez cet hiver. Un transfert qui semblait béni des dieux s'est évaporé entre les mains de Silvano Nessi, le sporting director milanais. Mateta s'en est retourné à Crystal Palace, dépité, quasiment oublié. Sauf que quelques mois plus tard, Didier Deschamps l'appelle pour le Mondial 2026. La vie du footballeur professionnel réserve parfois des inversions complètes.
Comment un attaquant de 28 ans reste-t-il invisible à la France?
La question mérite d'être posée sérieusement. Mateta ne sort pas de nulle part. Il a passé cinq saisons à Mayence en Bundesliga avant de rejoindre Crystal Palace en 2021. À la Premier League, il ne stagnait pas. Il progressait même régulièrement. La saison 2023-2024, il a marqué 6 buts et compilé 3 passes décisives en 28 matchs de championnat. Des chiffres honnêtes pour un quatrième attaquant d'une équipe battant en général la moyenne anglaise.
Mais voilà le hic : Crystal Palace n'est jamais un projecteur suffisant. Les éclaireurs français regardent surtout Manchester, Liverpool, Arsenal. Un club de milieu de tableau de Premier League, c'est un point aveugle. Mateta aussi ne faisait pas partie des "sexy" recrues qu'on invite à la sauce médiatique parisienne. Il dégustait ses buts tranquille à Selhurst Park, sans paillettes, sans buzz. Les sélectionneurs passaient leur chemin.
Le timing jouait contre lui. À 25-26 ans, quand on aurait pu le regarder avec sérieux, une foule d'autres avant-centres monopolisaient l'attention : Benzema faisait encore parler, Griezmann dominait, Mbappé explosait les plafonds, Giroud achevait son règne. Mateta n'avait simplement pas de créneau. Il attendait. Puis 28 ans arrived. L'âge où les chances de sélection deviennent des privileges perdus.
Pourquoi Milan a-t-il vraiment tourné le dos à Mateta?
L'intérêt du Milan était réel durant l'hiver 2024. Les Rossoneri cherchaient une solution d'attaque après les galères de Luka Jovic et les blessures chroniques. Mateta arrivait avec un bon profil : jeune dans la tête (malgré l'âge civil), expérimenté en Premier League, capable de jouer seul ou en duo. Sur le papier, ça tenait debout.
Silvano Nessi a pourtant préféré passer son chemin. Selon nos informations, l'écurie milanaise trouvait le profil trop peu singulier pour justifier l'investissement demandé par Crystal Palace. Le club lombard voulait un joueur qui crée de la différence immédiate. Mateta, bon soldat mais sans génie spécifique, ne rentrait pas dans cette optique. Milan voulait quelqu'un qui change un match seul. Pas un attaquant stationnaire.
Ce refus a probablement libéré quelque chose chez Mateta. Le rejet, c'est parlant. Cela vous ramène au sol. Crystal Palace l'a conservé, et l'intéressé s'est remis au travail sans traîner ses pieds. Il savait qu'il n'avait rien à perdre désormais. La France aussi commençait à regarder ailleurs, vers de nouvelles faces. Mais Deschamps voyait juste quelque chose que Milan n'avait pas voulu voir.
Comment Deschamps redécouvre-t-il un oublié quelques mois avant le Mondial?
Didier Deschamps n'est pas du genre à suivre les modes. Il regarde le foot depuis les tribunes comme un chasseur observe sa forêt : sans se presser, en notant les comportements répétables. Mateta avait recommencé à briller à Crystal Palace après le refus milanais. Rien de spectaculaire, mais une constance rassurante. Des buts quand l'équipe en avait besoin. Un professionnalisme qui rassure un sélectionneur.
Le Mondial 2026 n'est pas Paris 2024. Deschamps ne sélectionne plus sur la hype ou le prestige. Il sélectionne sur la fiabilité, l'aptitude à performer quand les enjeux montent d'un cran. Un attaquant de 28 ans qui connaît chaque mètre carré de son métier devient soudain précieux. Particulièrement un gars qui ne sera jamais déstabilisé par le poids de l'événement, qui a déjà tout vu, tout raté, tout rééssayé.
Cette trajectoire de Mateta raconte aussi un championnat anglais qui produit silencieusement. On parle de Manchester, on braille sur les monstruosités de Liverpool. Mais la Premier League fabrique aussi des mecs comme lui, des outils qui fonctionnent. Crystal Palace en a d'ailleurs plusieurs dans ce profil. Deschamps l'a compris avant d'autres.
Avant le Mondial américain de 2026, la France aura encore besoin de bras et de jambes fiables en attaque. Mateta en est. Il arrivera sans étiquette, sans pression personnelle idiote, avec juste l'envie de figurer quelque part. Souvent, c'est suffisant. Ceux qui criaient au scandale en le voyant invisible à 27 ans peuvent se taire : le foot français vient de rattraper un bon coup.